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Burn-out parental : savoir l'identifier et comprendre ses mécanismes

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Première partie de l'échange avec Agata Raymond, psychologue spécialisée dans le burn-out parental.

Aujourd'hui en France, 6 à 9% des parents sont concernés par le burn-out parental. Il n'est pas possible d'affirmer que le burn-out parental est en augmentation car les recherches à ce sujet sont récentes. Il n'existe pas de données datant d’il y a vingt ou trente ans qui permettraient une véritable comparaison. En revanche, les parents sont aujourd’hui plus sensibilisés à ce sujet et des outils (utilisés par des psychologues, médecins...) existent pour identifier les parents à risque ou déjà en burn-out.

Agata Raymond est docteure en psychologie clinique et enseignante-chercheuse à l'Université Grenoble Alpes. Spécialisée dans le burn-out parental, sa thèse a reçu le prix "spécial" innovation 2023 (Prévenir et réduire l'épuisement parental : un essai clinique de trois interventions basées sur la thérapie cognitive et comportementale, la deuxième vague de la psychologie positive et les pratiques informelles de pleine conscience). Elle répond aux questions posées par Cortex Média sur les mécanismes du burn-out parental. 

Cortex Média : Quels sont les principaux symptômes du burn-out parental ?

Agata Raymond : On peut identifier quatre groupes de symptômes. Le premier est la fatigue, avec un épuisement émotionnel et physique. Le parent se réveille déjà épuisé à l’idée de recommencer une journée avec les enfants.

Le deuxième est la distance émotionnelle. Les parents commencent à fonctionner en pilote automatique. Ils continuent à prendre soin des besoins physiques de l’enfant — donner à manger, habiller, emmener à l’école — mais ne sont plus réellement disponibles émotionnellement.

Le troisième symptôme est la perte de satisfaction et de plaisir dans le rôle de parent. Les parents ne prennent plus plaisir à jouer ou à passer du temps avec leurs enfants et peuvent parfois regretter d’en avoir.

Enfin, il y a un contraste dans la perception de soi en tant que parent. La personne peut se dire : « Avant, je savais faire, j’étais un bon parent. Aujourd’hui, je ne le suis plus. » Cela peut générer beaucoup de culpabilité.

Comment distinguer une fatigue parentale normale d’un burn-out parental ?

AR : Il arrive à tous les parents de se réveiller épuisés, de ne pas avoir envie de jouer avec leur enfant, de ne pas prendre plaisir à certaines interactions ou de se sentir comme un "mauvais parent".

Ce qui compte, c’est la fréquence de ces symptômes et leurs conséquences. S’ils apparaissent ponctuellement, cela fait partie de la normalité. En revanche, s’ils deviennent de plus en plus fréquents — plusieurs fois par semaine, tous les jours ou plusieurs fois par jour — on peut parler d’un risque important de burn-out, voire d’un burn-out parental.

Quelle différence existe-t-il entre le burn-out parental et la dépression ?

AR : Les symptômes peuvent être assez proches : tristesse, perte de plaisir, perte de motivation. La différence principale concerne leur contexte. Dans le burn-out parental, les difficultés se concentrent sur la parentalité.

Une personne peut être épanouie dans son travail, sortir avec ses amis, avoir une vie sociale et des passions, tout en n’ayant plus aucune ressource dans son rôle de parent.

Dans la dépression, les symptômes sont généralisés à l’ensemble de la vie.

Il faut néanmoins noter qu’un burn-out parental peut évoluer vers une dépression lorsque les symptômes se généralisent, et qu’une dépression peut également évoluer vers un burn-out parental. Les deux champs sont donc très proches.

Quels mécanismes exposent les parents au risque de burn-out parental ?

AR : Le principal mécanisme est le stress parental. Tous les parents y sont exposés, car le stress fait partie de la parentalité.

Certains contextes multiplient cependant les facteurs de stress, comme la maladie d’un enfant. Le burn-out parental a d’ailleurs d’abord été identifié chez des parents d’enfants souffrant de maladies chroniques, avant que l’on constate que tous les parents pouvaient être exposés à des stresseurs liés à la parentalité.

Il faut distinguer les facteurs liés au contexte de vie et ceux qui concernent la manière dont la personne gère son stress. Certaines personnes sont plus anxieuses ou perfectionnistes, d’autres ont davantage de difficultés à déléguer.

Des facteurs sociodémographiques peuvent également augmenter le stress. À situation similaire, certains parents vont donc vivre les difficultés beaucoup plus difficilement que d’autres.

Retrouver sur Cortex Méda le témoignage de Céline, « Je voulais être sans mon enfant tout le temps et avec mon enfant tout le temps »

Quels facteurs individuels peuvent augmenter le risque de burn-out parental ?

AR : Le perfectionnisme est l’un des facteurs les plus étudiés. Il peut conduire à se surinvestir dans la parentalité et à avoir des exigences très élevées envers soi-même. D’autres facteurs peuvent intervenir : une personnalité anxieuse ou encore une tendance à ruminer.

La charge mentale concerne tous les parents, mais la manière de la gérer est importante.

Certaines ruminations peuvent être concrètes et constructives : on cherche par exemple comment résoudre un problème ou organiser sa journée. Les ruminations abstraites quant à elles, sont plus problématiques : « Pourquoi est-ce que cela m’arrive ? Pourquoi ai-je autant de problèmes ? » Elles ne débouchent pas sur la recherche de solutions concrètes et peuvent favoriser le burn-out parental.

Le site burnoutparental.com propose un questionnaire en ligne qui permet au parent d'obtenir une indication sur son niveau de risque du burn-out parental : faible, modéré, élevé ou situation de burn-out parental. Il existe également le programme Parents sur le fil, conçu par des chercheuses belges, qui propose plusieurs modules autour du burn-out parental et de la parentalité afin d’apporter des informations, des ressources et des outils pour commencer à travailler sur les difficultés rencontrées. 

Propos recueillis par Ophélie Barbier dans le cadre de la série documentaire Santé mentale à tous les âges, diffusée sur la plateforme cortex-media.tv

Ophélie Barbier
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