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Parentalité

Récit d'un burn-out maternel : « Je voulais être sans mon enfant tout le temps et avec mon enfant tout le temps »

Publié le
17.04.2026

Céline L. donne naissance en mai 2021 à son fils, Nino. Malgré un projet de naissance très élaboré et un accouchement qui ne se déroule pas comme prévu, lorsque Nino vient au monde par césarienne, toutes les inquiétudes de Céline s’envolent. Elle se sent à sa place, « tout était doux », résume la jeune maman de 29 ans, qui tisse un lien très fusionnel avec son fils.

 

De retour au domicile, Céline allaite Nino et l’enfant dort entre ses deux parents. Elle bénéficie de treize semaines de congé maternité mais son compagnon Marceau, travailleur saisonnier en Corse, doit reprendre ses activités six jours après l’accouchement. Céline passe alors l’essentiel de son temps seule, avec le nouveau-né.  

 

À la fin de sa grossesse, Céline souffrait déjà d’un burn-out professionnel. Lorsque son fils atteint l’âge de deux mois, elle décide de quitter son emploi, submergée par le stress. Elle met ses priorités sur Nino et se sent apaisée.

 

Mais, confrontée à des remarques pressurisantes et culpabilisantes venues de l’extérieur, Céline reprend le travail en septembre, « car c’est ce qu’on attendait de moi ». S'installent en elle, progressivement, plusieurs symptômes du burn-out maternel.

 

Pour Cortex, Céline raconte le récit de cette période compliquée de sa vie.

 

Quand ont eu lieu les premiers signes de votre burn-out maternel ?

« La première rupture a eu lieu quand j’ai tenté d’allaiter mon fils et que c’est devenu trop compliqué avec la crèche. Je disais à mon conjoint, Marceau, que je ne servais plus à rien. Il me rassurait en me disant que je ne me rendais pas compte de ce que je disais, que je n’étais pas que la mère nourricière de notre fils.

Donc, il a fallu que j’apprenne à composer ; j’ai culpabilisé très vite par rapport à mon rôle de mère. Puis quand en hiver mon conjoint a eu plus de disponibilités, notre fils a eu sa période “papa” et me rejetait un peu. J’avais l’impression qu’on essayait d’étirer le cordon entre nous deux, je l’ai mal vécu. »

 

Quelles émotions ressentiez-vous, à ce moment-là ?

« Je ne savais plus si j’étais la personne que Nino aimait le plus au monde. Tout ça s’est installé de manière insidieuse. On arrivait à en parler avec mon conjoint mais j’avais des réactions de colère et j’en voulais à notre enfant de me rejeter. Paradoxalement, je ressentais le besoin de prendre du temps pour moi, sans y parvenir.

J’avais besoin qu’on me laisse dormir mais je n’arrivais pas à l’exprimer. Plus je m’agaçais, plus mon fils s'agaçait et je lui criais dessus. Et quand quelqu’un d’autre s’occupait de lui, j’étais en colère. En fait, j’aurais voulu être à deux endroits en même temps. Sans lui tout le temps et avec lui tout le temps. »

 

Est-ce que vous vous sentiez suffisamment entourée à ce moment-là ?

« Le second été de mon fils, j’ai commencé à me sentir seule. J’avais l’impression de n’avoir que mon boulot et mon enfant, je n’avais plus de contacts sociaux, on ne faisait plus grand chose avec mon conjoint, on ne se voyait plus. Je ne prenais pas de temps pour moi non plus. Petit à petit, j’ai ressenti une solitude grandissante. J’ai essayé d’exprimer que j’avais besoin d’aide.

Mes parents venaient une fois par semaine s’occuper de mon fils à la maison. Mais j’avais l’impression que j’étais la cinquième roue du carrosse, que Nino prenait tout l’amour des autres. Mon fils ressentait mes inquiétudes et à ses 1 ans et demi, il s’est mis à l’exprimer en me frappant.Parfois, je n’avais plus envie d’être sa personne de référence et en même temps, c’est l’être que j’aime le plus au monde. »

 

Vous sentiez que vous aviez trop de poids sur les épaules ?

« Mon monde entier a tourné autour de mon enfant pendant près de deux ans. On attend des jeunes parents d’être sur tous les fronts à la fois : il faut gérer le boulot, la maison, les finances. Et au milieu de tout ça, c'est facile de se perdre. Je n’avais pas quelqu’un à côté de moi qui pouvais me dire : “vas-y, prends cette demi-heure pour toi si tues au bord de la crise, va marcher”.

Donc, j’étais une boule de nerf. J’ai cassé une porte un jour à la maison, en la claquant, car mon fils n’arrivait pas à s’endormir et je n’en pouvais plus de l’entendre hurler. Je voulais que mon enfant vive dans un monde de tendresse, de douceur… j’ai un côté très bisounours, mais ma colère prenait de plus en plus d’espace. »

 

Quand a eu lieu le pic de votre burn-out maternel ?

« Un weekend, je suis partie en famille au lac de Serre-Ponçon, mon conjoint Marceau n’était pas là. Un matin, je n’arrivais pas à mettre son pyjama à Nino. Et au lieu de demander à quelqu’un de le faire à ma place pour me laisser souffler, j’ai hurlé sur mon fils. “ Mais qu’est-ce que t’attends ? Que maman se foute en l’air ? Que je me mette la tête dans le mur ? ”. Je tremblais… puis je le regardais en me disant “ mais Céline, il a deux ans ”. Il pleurait et je me disais que j’étais la pire maman du monde. »

 

Que s’est-il passé ensuite ?

« Mes proches m’ont aidé à me relaxer. Puis un jour où je me baladais avec ma mère, qui est aussi ma médecin généraliste et qui sait que j’ai un terrain propice à la dépression car ça m’a touché pendant mon adolescence, elle m’a dit qu’il serait bon de reprendre des antidépresseurs. Au départ, j’ai refusé.

Puis, j’en ai repris quand Nino avait environ 2 ans. Mon conjoint était contre les antidépresseurs, donc ça a créé pas mal de culpabilité en moi, mais je n’avais pas le choix. C’est ma vie et si Marceau avait été là 24h sur 24 avec nous et que nous avions eu un rythme différent, plus familial, on aurait pu s’arranger autrement. Mais ça n’était pas le cas. Je ne pense pas qu’on ait été sa priorité. Son travail et ses responsabilités prenaient le pas sur le reste. »

 

Vers quels autres professionnels de santé vous êtes-vous tournée ?

« Après cet épisode, j’ai pris le problème à bras le corps, j’ai eu un suivi thérapeutique, j’ai repris le sport, marcher me faisait un bien fou. Tout ça pour essayer d’être en forme pour moi et pour mon petit garçon. Je suis allée consulter une psychologue, qui m’a confirmé que je faisais un burn-out parental. En parallèle, j’ai fait du neuro-training, c’est ce qui m’a le plus aidée, c’est un peu similaire à la kinésithérapie.

Ça m'a beaucoup apaisée pendant deux ans, elle a calmé mes angoisses et j’ai compris qu’il fallait, pour le bien de ma famille et mon bien-être à moi, qu’on arrête le rythme saisonnier que l’on avait en Corse : c’était vraiment le nœud du problème. Donc on a déménagé, changé de vie et j’ai arrêté les antidépresseurs.Aujourd’hui je suis apaisée, ma relation avec mon fils est pleine d’amour, mais je continuerai toujours à culpabiliser et à me demander si ce que je fais est bien. »

 

Si vous deviez donner des conseils à une maman qui souffre d’un burn-out parental, que lui diriez-vous ?

« Si je pouvais retenir quelque chose de ma maternité, c’est de me faire confiance. Si tu as des doutes, vas voir un professionnel de santé, parles-en avec des gens bienveillants en qui tu as confiance. Prends de la distance aussi, avec ce que tu entends. Et surtout,dis-toi que cette période est limitée dans le temps : quand tu deviens maman,tout est une passade. Quand ton enfant refuse de s’endormir et te réveille dès 5h du matin, à un moment ça va s’arrêter.

Prends du temps pour toi, écoute-toi. En fait, le fond du problème, c’est la santé publique : on ne peut pas envoyer de lettres aux jeunes pour relancer la natalité alors qu’on ne nous aide pas. Cela vaut aussi pour les professionnels de la petite enfance et de l’éducation quine sont pas aidés. Il faut mettre plus de solutions en place pour que nos enfants grandissent bien, que tout le monde soit entendu et vive une parentalité apaisée. »

Pour aller plus loin, retrouvez notre article sur le burn-out parental via Cortex.fr
Ophélie Barbier
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