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Burn-out parental : comment le prévenir, agir et s'en sortir

Publié le
12.08.2026

Seconde partie de l'échange avec Agata Raymond, psychologue spécialisée dans le burn-out parental. La première partie de l'échange est à retrouver ici

Agata Raymond est docteure en psychologie clinique, vacataire à PPG, et enseignante-chercheuse à l'Université Grenoble Alpes. Spécialisée dans le burn-out parental, sa thèse a reçu le prix "spécial" innovation 2023 (Prévenir et réduire l'épuisement parental : un essai clinique de trois interventions basées sur la thérapie cognitive et comportementale, la deuxième vague de la psychologie positive et les pratiques informelles de pleine conscience). Elle répond aux questions de Cortex Média sur les mécanismes du burn-out parental. 

Peut-on guérir d’un burn-out parental ?

Oui, on peut sortir du burn-out parental ! Un parent en burn-out n’est pas condamné à vivre toute sa parentalité dans cette situation. Cependant il est important d’en prendre conscience et de commencer à agir concrètement.

Cela peut passer par l’allègement du quotidien, la diminution de ses propres exigences, davantage de bienveillance envers soi, la recherche d’aide dans son entourage et l’accompagnement par des professionnels. Cela demande du temps et peut nécessiter également de remettre en question certaines pratiques ou croyances sur soi-même, l’éducation des enfants ou la parentalité.

Il faut se faire aider et ne pas attendre que cela passe tout seul ou simplement que les enfants grandissent.

Il est important de ne pas rester isolé, de chercher du soutien qu’il soit formel ou informel, notamment auprès de groupes de parents. Les réseaux sociaux peuvent aussi permettre de rejoindre certains groupes. Cela peut être difficile lorsque l’on va mal, mais recréer des relations sociales peut être très aidant.

Retrouvez sur Cortex Média le témoignage de Céline, « Je voulais être sans mon enfant tout le temps et avec mon enfant tout le temps »

Comment peut-on sortir d’un burn-out parental ?

AR : La première étape est de reconnaître que l’on est en difficulté. Cela peut se faire avec l’aide d’un professionnel ou lorsque le parent prend lui-même conscience que les choses sont devenues plus difficiles et qu’il a besoin d’aide.

Il faut ensuite agir sur les facteurs sur lesquels on dispose d’une marge de manœuvre.

On peut voir le burn-out comme une balance : d’un côté se trouvent les facteurs de stress et, de l’autre, les ressources personnelles.

Lorsque c’est possible, il faut alléger le quotidien, diminuer certaines sources de stress et certaines exigences, développer son réseau de soutien et travailler sur son perfectionnisme. La bienveillance envers soi est également importante : pouvoir se dire « je fais comme je peux et c’est très bien ».

Il faut aussi augmenter les temps de repos et les moments qui permettent de se ressourcer. J’utilise souvent la métaphore du masque à oxygène dans l’avion : dans la parentalité, on a toujours quelque chose à faire, mais si le parent ne prend pas soin de lui-même en premier, il ne pourra pas être disponible pour ses enfants.

Sortir du burn-out parental est donc un travail multidimensionnel. L’accompagnement d’un psychologue ou d’un professionnel de santé peut permettre de travailler sur ses exigences, sa culpabilité, ses compétences émotionnelles et psychosociales, la communication dans le couple ou encore la répartition des tâches. Il faut aussi apprendre à demander de l’aide et reconstruire son cercle de soutien social.

Il est intéressant de trouver un groupe de parent (par exemple à Grenoble, participer aux ateliers du Café des enfants - La Soupape) qui vit les mêmes difficultés ou qui se retrouve dans la même situation. Cela permet de relativiser, de partager ses vulnérabilités et des solutions, de s'entraider, de ne pas avoir à tout gérer seul.

Justement, quel rôle joue le soutien social dans la prévention du burn-out parental ?

AR : Le soutien social est un facteur protecteur très important. Les parents bien entourés et qui disposent de différents relais sont moins exposés au risque de burn-out parental. Mais il existe plusieurs formes de soutien. Le soutien émotionnel vient des amis ou des personnes capables de nous encourager et de nous aider lorsque nous allons mal. Le soutien informationnel peut venir de professionnels qui donnent des conseils sur l’éducation ou la santé de l’enfant et du parent. Enfin, le soutien matériel correspond à une aide concrète : nounou, crèche ou membres de la famille qui peuvent s’occuper des enfants.

Les personnes isolées sont davantage exposées au burn-out parental. Des études interculturelles montrent également davantage de burn-out parental dans les pays dits "développé"s que dans certains pays "en développement", notamment en Amérique du Sud.

Dans les sociétés plus individualistes, comme en France, les familles sont souvent éloignées.

L'aide peut également passer par des structures d’accueil parents-enfants (LAEP) la crèche, l’école ou les amis. La coparentalité ne désigne d’ailleurs pas nécessairement un deuxième parent biologique. Une autre personne proche et investie dans l’éducation de l’enfant peut remplir ce rôle : un grand-parent, un ami, un voisin ou un nouveau partenaire.

La vie professionnelle peut-elle favoriser ou, au contraire, protéger du burn-out parental ?

AR : Le contexte professionnel peut jouer dans les deux sens. Pour certains parents, le travail ajoute des facteurs de stress et peut contribuer au burn-out parental, notamment lorsqu’il est stressant, que les horaires sont exigeants, qu’il offre peu de flexibilité ou que les relations professionnelles sont difficiles.

Pour d’autres, le travail peut au contraire être une ressource. Il permet d’avoir des relations sociales, une activité épanouissante et de mettre en pratique des compétences qui ne sont pas liées à la parentalité. Tout dépend donc de la manière dont le parent vit sa vie professionnelle.

Les femmes sont-elles davantage touchées par le burn-out parental que les hommes ?

AR : Les recherches existantes indiquent que les mères, dans un couple hétérosexuel, sont davantage touchées que les pères. Il faut néanmoins être prudents avec ces résultats car les études sur le burn-out parental comptent très peu de pères : les participants sont majoritairement des femmes. Cela peut signifier que les mères sont plus à l’aise à l'idée de rechercher de l’aide.

Néanmoins, les mères sont davantage exposées à certains facteurs de stress. Elles peuvent avoir davantage d’exigences envers elles-mêmes et rencontrer plus de difficultés à articuler vie professionnelle, maison et enfants. Cela est aussi lié à la charge mentale : rendez-vous médicaux, vêtements, repas et autres tâches du quotidien qu'elles doivent assumer parfois seules. Cela reste cependant très spécifique à chaque foyer et à chaque couple, car les pères peuvent eux aussi souffrir de burn-out parental.

Comment faire lorsque le burn-out parental influence la dynamique de couple ?

AR : Pour les parents en couple, il est très important de communiquer et d’être attentif à l’autre : observer quand son partenaire a davantage besoin de repos, de soutien ou de temps pour se ressourcer. Quand cela est possible, il faut prendre du temps individuellement mais également pour le couple.

Valoriser l’autre parent est aussi important, car le manque de reconnaissance au sein du couple peut constituer un facteur de risque.

Le burn-out parental peut provoquer davantage de conflits et le parent en difficulté peut rendre son partenaire responsable de sa situation. Cela peut conduire à des tensions importantes, voire à des séparations. Il faut donc éviter de laisser cet état s’installer. Prendre soin du couple est important, mais cela passe aussi par le fait de prendre soin de soi individuellement. Dans certaines situations, une aide professionnelle peut être nécessaire.

Quelles peuvent être les conséquences du burn-out parental sur les enfants ?

AR : Dans les situations les plus graves, on peut observer un risque de négligence et de violences envers les enfants. Car le parent en burn-out peut avoir davantage de difficultés à gérer ses émotions, sa colère et sa frustration. Il peut aussi continuer à répondre aux besoins physiques de l’enfant — l’habiller ou lui donner à manger — sans être réellement disponible émotionnellement. Les enfants ressentent les tensions et le manque de disponibilité à la maison ; leurs réactions peuvent à leur tour augmenter la frustration du parent et créer un cercle vicieux dans la dynamique familiale.

Les réactions des enfants dépendent notamment de leur âge. Certains peuvent se sentir coupables de l’état de leur parent. Cela peut se traduire par des troubles du comportement, de la désobéissance ou des accès de colère. À l’inverse, certains enfants, notamment lorsqu’ils sont plus grands, vont essayer de « sauver » leur parent. Ils peuvent inverser les rôles et être responsabilisés très tôt, par exemple en prenant soin de leur fratrie.

Le site burnoutparental.com propose un questionnaire en ligne qui permet au parent d'obtenir une indication sur son niveau de risque du burn-out parental : faible, modéré, élevé ou situation de burn-out parental. Il existe également le programme Parents sur le fil, conçu par des chercheuses belges, qui propose plusieurs modules autour du burn-out parental et de la parentalité afin d’apporter des informations, des ressources et des outils pour commencer à travailler sur les difficultés rencontrées.

Propos recueillis par Ophélie Barbier dans le cadre de la série documentaire Santé mentale à tous les âges, diffusée sur la plateforme cortex-media.tv
Ophélie Barbier
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