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Science et politique : La libération de Léonid Pliouchtch, dissident soviétique, en 1976

Publié le
15.09.2026

L’Académie des sciences consacre une série de podcasts, en partenariat avec Canal Académies, aux liens entre science et politique. Au micro, Étienne Ghys, l’un de ses deux secrétaires perpétuels. Cortex Média a retranscrit ces échanges, à lire ci-dessous.

Dans les années 1970, le mathématicien et cybernéticien ukrainien Léonid Pliouchtch est interné de force dans un hôpital psychiatrique soviétique en raison de son opposition au régime. En France, plusieurs mathématiciens, parmi lesquels Laurent Schwartz, Henri Cartan et Michel Broué, décident de se mobiliser pour obtenir sa libération.

Michel Broué raconte à Étienne Ghys comment est né le Comité des mathématiciens, comment une mobilisation scientifique s’est transformée en campagne internationale pour les droits humains, et comment Léonid Pliouchtch a finalement été libéré en janvier 1976.

Étienne Ghys : Michel, tu es mathématicien, mais tu t’es aussi beaucoup impliqué dans des questions politiques. En guise de préambule, commençons par évoquer l’affaire Audin. Nous sommes en 1957, en pleine guerre d’Algérie.

Michel Broué : Maurice Audin était un jeune assistant d’une vingtaine d’années, membre du Parti communiste algérien. Il préparait alors sa thèse avec René de Possel1.

Maurice Audin était venu voir Laurent Schwartz2 à Paris. Schwartz avait repéré un certain nombre d’erreurs dans sa thèse, mais il estimait que le travail en valait la peine et qu’Audin devait poursuivre.

Maurice Audin est ensuite rentré à Alger. En juin 1957, il a été arrêté par les parachutistes français. Quelques jours plus tard, il a disparu. Il est mort le 21 juin. À sa veuve, on a raconté qu’il avait tenté de s’évader et qu’on ne le retrouvait plus. Cette version a persisté pendant des décennies. Ce n’est que bien plus tard qu’Emmanuel Macron, en tant que président de la République, a reconnu que Maurice Audin avait été tué par l’armée française. On ne sait néanmoins toujours pas précisément comment il est mort. À l’époque, l’historien Pierre Vidal-Naquet avait mené une enquête. Pendant longtemps, on a pensé connaître le nom de son assassin et on supposait qu’Audin avait été étranglé pendant une séance de torture. Il semble que cela ne soit pas établi. On ignore encore s’il est mort sous la torture, si son organisme n’a pas résisté ou s’il a été exécuté sur ordre. Maurice Audin était un jeune militant communiste, et une partie des militaires français engagés en Algérie avaient auparavant combattu des communistes en Indochine. L’hypothèse d’une exécution n’est donc pas exclue, mais nous n’en savons rien. On ne sait toujours pas où se trouve sa dépouille. Beaucoup de mystères demeurent et, puisque la plupart des témoins sont aujourd’hui morts, il n’est pas certain que nous connaissions un jour tous les détails. René de Possel n’était pas particulièrement engagé à gauche, mais la disparition d’Audin l’avait profondément révolté. Il a proposé à Laurent Schwartz d’organiser à la Sorbonne une soutenance de thèse in absentia. D’une voix de stentor, de Possel a demandé si Maurice Audin était présent. Le silence lui a répondu. Il a alors présenté les résultats de sa thèse en présence de Schwartz.

Laurent Schwartz est ensuite devenu membre, puis président, du Comité Audin, créé à la suite de cette soutenance et de la disparition de Maurice Audin. Le Comité Audin n’était pas uniquement composé de mathématiciens, même si ceux-ci se sont fortement engagés dans la mobilisation. Laurent Schwartz a souvent souligné l’importance de la communauté mathématique dans cette affaire. Pendant des années, le Comité Audin a réclamé la vérité sur la disparition de Maurice Audin et a consacré une grande partie de ses activités à la lutte contre la torture en Algérie, notamment avec Pierre Vidal-Naquet. Je connaissais Laurent Schwartz depuis longtemps. Vers quatorze ou quinze ans, j’avais commencé à lire France Observateur, qui deviendra ensuite Le Nouvel Observateur, où l’on parlait notamment de la torture en Algérie. Je lisais également L’Express, alors dirigé par Jean-Jacques Servan-Schreiber. J’admirais beaucoup Schwartz. Je trouvais extraordinaire que l’on puisse être un « grand mathématicien », comme on disait, tout en faisant preuve d’un tel courage et d’un tel engagement. Un autre événement m’a particulièrement marqué. Pendant la nuit des émeutes du 11 mai 1968, Laurent Schwartz et Henri Cartan3 ont publié un communiqué annonçant que, si la police continuait à matraquer les étudiants, ils démissionneraient de l’université. Cela m’avait énormément frappé.

J’ai eu la chance et l’honneur de connaître Henri Cartan.

Son père, Élie Cartan, était déjà un immense mathématicien du début du XXe siècle. Henri Cartan, lui, a occupé une place très importante dans les mathématiques à partir des années 1930. Il est mort à 104 ans. Il a notamment dirigé le département de mathématiques de l’École normale supérieure. Pendant la guerre, il avait caché des passeports et des papiers appartenant à des Juifs dans les livres de la bibliothèque de la rue d’Ulm. À l’époque où je m’occupais de l’École normale, quelqu’un est un jour venu me voir avec des papiers retrouvés dans un livre en me disant : « J’ai trouvé ça dans le bouquin, je ne sais pas ce que c’est. » J’étais très ému parce que, moi, je savais très bien ce que c’était.

Étienne Ghys : L’affaire Maurice Audin a fait énormément de bruit. Est-ce qu’elle finit par s’apaiser ? Est-ce qu’on l’oublie progressivement ?

Michel Broué : Je ne sais pas si elle a été oubliée. Moi, en tout cas, je ne l’ai jamais oubliée. Laurent Schwartz en parlait régulièrement et le Comité Audin s’est progressivement transformé en un comité de lutte contre la torture en Algérie. La question est restée présente pendant longtemps. Je ne sais donc pas si « on » a oublié Maurice Audin, mais moi, je ne l’ai pas oublié.

Étienne Ghys : Et c’est un peu sur cette lancée que se crée, en 1974, le Comité des mathématiciens ? C’est différent, mais le principe est assez proche.

Michel Broué : Oui, c’est le même principe. Laurent Schwartz et moi avons été alertés sur le cas de deux mathématiciens soviétiques, Iouri Chikhanovitch et Léonid Pliouchtch.

Schwartz m’a dit : « Tu vois, on va s’occuper de deux cas précis, de deux hommes. Mais, à travers eux, on luttera pour tous les autres. » C’est exactement ce que nous avions fait avec Maurice Audin. En nous concentrant sur une personne précise, nous avions réussi à agir plus largement contre la torture en Algérie. Nous avons conservé cette ligne. Personnellement, j’ai parfois dû la défendre avec beaucoup de mauvaise humeur face à ceux qui nous reprochaient : « Vous, les mathématiciens, vous ne vous occupez que des mathématiciens. » Je répondais qu’il valait mieux s’occuper de quelqu’un que de ne s’occuper de personne. Et cela a fonctionné.

Étienne Ghys : Qui était Léonid Pliouchtch ?

Michel Broué : C’était un jeune cybernéticien de Kiev, en Ukraine. Il était très à gauche et représentait une forme d’opposition de gauche au régime de Brejnev, ce qui était relativement rare. Il avait notamment soutenu les manifestations contre l’invasion de la Tchécoslovaquie. C’était un homme extrêmement courageux et très déterminé.

Il était marié à une femme extraordinaire, Tatiana Pliouchtch. C’est l’occasion de rappeler que, dans ce type de campagne, les épouses ont souvent joué un rôle essentiel. Josette Audin avait elle aussi occupé une place de tout premier plan dans la campagne menée autour de son mari. Pour Léonid Pliouchtch, c’était également le cas : Tatiana a joué un rôle absolument déterminant.

Nous avons été alertés sur son cas par Lipman Bers, un mathématicien américain d’origine lettone, membre de l’Académie américaine. Il avait écrit à Laurent Schwartz en lui disant en substance : « Vous vous occupez de Chikhanovitch, mais faites attention : il existe un cas beaucoup plus dramatique, celui de Pliouchtch. » C’est également lui qui a eu l’idée de créer un Comité des mathématiciens.

Léonid Pliouchtch avait été arrêté. Mais, comme cela se pratiquait à l’époque sous Brejnev, il n’avait pas été envoyé en prison : il avait été interné dans ce qu’on appelait un « hôpital psychiatrique spécial ». De nombreux opposants au régime soviétique y étaient enfermés. On les déclarait atteints de ce que l’on appelait la « schizophrénie torpide ». Ce prétendu diagnostic servait en réalité à pathologiser leur opposition au régime, et à justifier des traitements extrêmement lourds : les internés recevaient de très fortes doses de neuroleptiques et leur état physique pouvait se dégrader considérablement.

Il n’y avait pas de condamnation judiciaire, puisqu’ils étaient officiellement considérés comme malades et non comme prisonniers politiques. Pliouchtch était ainsi interné dans un hôpital psychiatrique spécial à Dnipropetrovsk.

Étienne Ghys : Savait-il que vous aviez créé un comité pour le soutenir ?

Michel Broué : Il l’a su, mais il n’était pas vraiment en état d’en mesurer toute la portée. Sa femme, en revanche, était parfaitement au courant. Nous avions un contact très particulier avec l’Union soviétique : une psychologue française nommée Tania Maton. C’était une Juive russe qui, enfant, avait été amie avec l’épouse d’Andreï Sakharov. Elle parvenait parfois à joindre Sakharov ou sa femme par téléphone. C’est essentiellement par leur intermédiaire que nous recevions des nouvelles de Pliouchtch. Sakharov disposait d’un peu plus d’autonomie que beaucoup d’autres opposants, ce qui nous permettait d’obtenir des informations et d’agir.

Étienne Ghys : Concrètement, en quoi consistait votre action ?

Michel Broué : Notre action a progressivement pris de l’ampleur. Nous avons commencé par informer les mathématiciens. Puis, comme Lipman Bers nous l’avait suggéré, nous avons constitué un Comité des mathématiciens. Au départ, il fonctionnait essentiellement en France, avec une trentaine de correspondants dans les universités de province. Nous avons ensuite développé un réseau international, avec des correspondants dans une vingtaine de pays, peut-être même davantage.

Nous avons également édité un bulletin du Comité. À l’époque, je faisais moi-même tourner la ronéo dans mon garage pour l’imprimer. À la fin de chaque séminaire Bourbaki, nous demandions un peu d’argent pour financer nos activités. Nous avons écrit des lettres à l’ambassade soviétique. Nous n’écrivions pas directement à Brejnev.

En France, le régime soviétique avait un relais politique extrêmement important : le Parti communiste français, alors très fidèle à la ligne de Brejnev. Nous avons donc beaucoup discuté avec nos collègues membres du PCF. Les échanges étaient parfois difficiles. Certains nous expliquaient que Pliouchtch était d’extrême droite, ce qui était faux : c’était clairement un opposant de gauche. Il appartenait plutôt à cette gauche qui avait écrit sur les murs de Prague en 1968 : « Lénine, réveille-toi, Brejnev est devenu fou. »

Petit à petit, nous avons réussi à convaincre certains de nos collègues communistes. Nous leur fournissions les documents et les écrits de Pliouchtch. Ils constataient également que la droite française n’était pas particulièrement impliquée dans cette campagne.

Mais, au sein de la communauté mathématique elle-même, la question politique se posait assez peu. Nous n’étions pas divisés entre mathématiciens de droite et mathématiciens de gauche. Il s’agissait simplement de faire libérer un homme injustement interné et odieusement traité.

La mobilisation a ensuite franchi une nouvelle étape avec le Congrès international des mathématiciens de Vancouver, en 1974. Henri Cartan et moi avons décidé d’y aller — Laurent Schwartz trouvait le voyage trop long. Aucun de nous deux n’était invité, mais nous y sommes allés pour faire connaître le cas de Pliouchtch.

Et, chose probablement unique dans l’histoire de ces congrès, nous avons distribué des tracts et organisé une réunion publique dans le cadre même du Congrès, avec l’accord des organisateurs. La réunion était présidée par Lipman Bers, et Henri Cartan y a pris la parole. Cela a constitué l’un des temps forts de la mobilisation internationale.

Il n’y a pas très longtemps, une collègue de l’Université Paris Cité, spécialiste des relations avec l’Union soviétique, est venue me raconter ce qu’elle avait découvert dans les archives du régime de Brejnev : les autorités soviétiques avaient abondamment discuté de toute cette agitation que nous avions provoquée au Congrès.

Je pensais à l’époque que cela ne servait peut-être à rien, qu’elles se moquaient complètement de ce que nous faisions. En réalité, elles étaient parfaitement informées. Je parlais assez peu avec lui. Laurent Schwartz davantage, même si les discussions étaient parfois compliquées. Nous le tenions néanmoins au courant. Il savait ce qui se passait.4

Jean-Pierre Kahane n’était d’ailleurs pas le seul. Plusieurs mathématiciens proches du Parti communiste ont d’abord été très réticents. Mais il est incontestable que, par leur intermédiaire, l’information remontait : l’affaire Pliouchtch était sérieuse et la communauté mathématique internationale était réellement mobilisée.

Mais cela ne suffisait toujours pas. Nous avons donc décidé de monter encore d’un cran. Nous avons mobilisé la Fédération internationale pour les droits humains, Amnesty International, les syndicats. Nous avons organisé des conférences de presse et demandé à nos collègues étrangers d’en faire autant. L’affaire a progressivement pris une dimension politique beaucoup plus importante.

Nous arrivons alors en 1975. À l’époque, j’étais trotskiste, plus précisément lambertiste, comme on dirait aujourd’hui. Je me souviens avoir été convoqué par Lambert, qui m’a dit : « Petit père, viens me voir. Il faut que tu organises un meeting à la Mutualité. »

Je lui ai répondu : « Mais je n’en ai pas les moyens ! Nous ne sommes que des mathématiciens, nous n’allons jamais remplir la salle… »

Il m’a simplement répondu : « Je te dis qu’il faut que tu l’organises. »

Nous avons donc organisé, en octobre 1975, un grand meeting à la Mutualité pour la libération de Léonid Pliouchtch. Cela a été quelque chose d’assez extraordinaire, peut-être le sommet de la mobilisation internationale contre le stalinisme que j’ai connue. Le mouvement lambertiste a joué un rôle important dans l’organisation, mais il n’était évidemment pas seul. La salle était pleine.

Deux jours après le meeting, L’Humanité a publié un article. Pour la première fois, le journal disait en substance : nous savons que cette campagne est soutenue par certains à droite ou à l’extrême droite, mais s’il y a quelque chose de vrai dans l’affaire Pliouchtch, alors il faut y regarder sérieusement.

À ce moment-là, nous avons compris que nous étions en train de gagner. Le discours du représentant de la Fédération de l’Éducation nationale, mon ami Louis Astre, avait notamment beaucoup marqué les esprits. Il avait déclaré : « Il y a des absents ici. Ils devraient être là : la CGT, le Parti communiste. Ils devraient être là. C’est ça, la gauche. » La salle l’avait énormément applaudi. L’article de L’Humanité, signé René Andrieu, a constitué un tournant. Nous avons compris que la libération de Pliouchtch n’était plus qu’une question de mois.

Le meeting a eu lieu le 23 octobre 1975. Léonid Pliouchtch a été libéré au début du mois de janvier suivant.

Nous l’avons appris quelques jours avant son arrivée. Il a alors été décidé que j’irais l’accueillir à la frontière et que je le ramènerais en France. Cela n’a pas été de tout repos.

Avant son départ, on l’avait sorti de l’hôpital, exposé sous une lampe à bronzer pendant plusieurs heures et un peu nourri de force pour améliorer son apparence physique. Puis on l’avait installé dans un train sans même qu’il sache réellement où il allait.

Il a retrouvé sa famille et ils sont arrivés au petit matin dans une petite gare proche de la frontière entre l’Autriche et la Tchécoslovaquie. J’étais là pour les accueillir. Il était encore complètement bouffi à cause des traitements qu’il avait subis.

Il nous a expliqué qu’il ne voulait pas parler immédiatement et qu’il souhaitait d’abord récupérer. Il nous a également dit, en nous regardant avec un air de défi, qu’il sortait des mains de bandits et qu’il n’avait aucune intention de tomber entre les mains d’autres bandits. Il nous a aussi expliqué qu’il avait beaucoup de respect pour Trotski.

Grâce à l’intervention de Louis Astre, j’ai réussi à obtenir du consulat français des documents exceptionnels pour que toute la famille puisse entrer en France. À l’époque, lorsque l’Union soviétique expulsait certains dissidents, elle leur délivrait généralement des visas pour Israël, y compris lorsqu’ils n’étaient pas juifs.

Schwartz, Cartan et moi avions décidé que Pliouchtch et sa famille logeraient chez moi, parce que c’était la solution la plus simple. J’avais une maison en banlieue, à Montereau. Pendant environ un mois, ma femme et moi avons dormi sur un matelas pneumatique dans mon bureau. Les journalistes venaient sans arrêt. C’était infernal !

Cela a duré jusqu’à ce que Pliouchtch accepte enfin de donner une conférence de presse. Toute la presse internationale était présente. Tout cela se passait en 1976.

Étienne Ghys : Et ensuite, qu’est devenu Léonid Pliouchtch ?

Michel Broué : Il est mort en 2015 d’un cancer extrêmement rapide. Sa femme est morte quelques années plus tard. J’ai également défilé dans les rues de Paris avec leur petite-fille Julie contre l’agression russe en Ukraine.

Étienne Ghys : Au début de notre entretien, tu expliquais que l’idée était de se concentrer sur un homme pour mettre en lumière un problème beaucoup plus général. Est-ce que cela a fonctionné ?

Michel Broué : Je pense que oui. Je vais m’abriter derrière l’autorité de Laurent Schwartz, qui écrit dans ses mémoires que nous avons « ébranlé le stalinisme ». Il ne dit pas seulement que nous avons contribué à faire libérer Pliouchtch, ce qui est vrai. Il affirme que cette mobilisation a contribué à ébranler le stalinisme.

Je pense qu’il a raison. L’affaire a eu un retentissement mondial considérable à l’époque, même si elle a été largement oubliée depuis.

Je me souviens encore de la conférence de presse organisée au premier étage de la Mutualité. Toute la presse américaine était présente. Joan Baez avait même traversé l’Atlantique. Elle nous avait invités, Pliouchtch et moi, dans sa chambre d’hôtel et nous avait chanté des chansons pendant près d’une heure. Ce sont des souvenirs extraordinaires.

Le livre de Laurent Schwartz se termine d’ailleurs par une réflexion qui résume très bien cette histoire. Il y explique que, pour des causes liées aux droits humains, la communauté internationale des mathématiciens s’est mobilisée, s’est adressée à de puissants chefs d’État et a fini, après de longs efforts, par obtenir les libérations qu’elle réclamait.

Il souligne également que ce type d’engagement contredit l’image de scientifiques enfermés dans leur tour d’ivoire et indifférents au monde extérieur. Pour lui, le Comité des mathématiciens était précisément une brillante illustration du contraire.

Étienne Ghys : Merci beaucoup, Michel.

1René de Possel, né en 1905 et mort en 1974, est un mathématicien. Il est l’un des fondateurs du groupe Bourbaki, créé en 1934. Il travaillera par la suite sur la reconnaissance optique de caractères en informatique.

2Laurent Schwartz, né en 1915 et mort en 2002, obtient la médaille Fields en 1950 pour ses travaux sur la théorie des distributions. Professeur à l’École polytechnique de 1959 à 1980, il est élu à l’Académie des sciences en 1975 et appartient au groupe Bourbaki de 1943 à 1965.

3Henri Cartan, né en 1904 et mort en 2008, est le fils du mathématicien Élie Cartan. Il est considéré comme l’un des mathématiciens français les plus influents de son époque, notamment pour ses travaux sur les fonctions de plusieurs variables complexes, la topologie et l’algèbre homologique. Il reçoit la médaille d’or du CNRS en 1976, est élu à l’Académie des sciences en 1974 et fait partie des membres fondateurs du groupe Bourbaki.

4Jean-Pierre Kahane est un mathématicien né en 1926 et mort en 2017. Son œuvre couvre de nombreuses branches de l’analyse mathématique, notamment l’analyse harmonique, les fonctions holomorphes et le traitement du signal. Il est élu à l’Académie des sciences en 1998.

Étienne Ghys
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