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Science et politique : Une élection disputée à l’Académie des sciences en 1942

Publié le
15.09.2026

L’Académie des sciences consacre une série de podcasts, en partenariat avec Canal Académies, aux liens entre science et politique. Au micro, Étienne Ghys, l’un de ses deux secrétaires perpétuels. Cortex Média a retranscrit ces échanges, à lire ci-dessous.

En pleine Occupation allemande, la mort du mathématicien Émile Picard oblige l’Académie des sciences à élire un nouveau secrétaire perpétuel. Plusieurs de ses membres sont absents, exilés ou empêchés par les lois de Vichy. Émile Borel, figure majeure des mathématiques françaises, vient quant à lui de passer plusieurs semaines à la prison de Fresnes.

C’est finalement Louis de Broglie qui est élu en février 1942. Mais à la Libération, Borel souhaite remettre en cause cette élection. Avec Étienne Ghys, l’historien des mathématiques Laurent Mazliak raconte cette lutte institutionnelle et humaine, éclairée par la découverte récente d’une correspondance longtemps restée inconnue.

Étienne Ghys : Je suis face à Laurent Mazliak. Je voudrais te présenter, mais je ne sais pas si je dois parler de toi comme d’un mathématicien probabiliste ou comme d’un historien spécialiste de l’histoire des probabilités.

Laurent Mazliak : Je suis historien des mathématiques, spécialisé notamment dans l’histoire des probabilités au XXe siècle.

Étienne Ghys : Nous allons aujourd’hui parler d’une question particulièrement intéressante pour l’Académie des sciences : son fonctionnement pendant cette période sombre de notre histoire qu’est l’Occupation allemande.

Laurent Mazliak : Je vais surtout parler de quelque chose que j’ai découvert complètement par hasard. Je cherchais aux Archives nationales des renseignements sur le mathématicien Émile Borel et je suis tombé sur des documents qui, visiblement, n’avaient jamais vraiment été exploités.

Étienne Ghys : Décris-nous un peu Émile Borel, ce grand personnage aux multiples facettes.

Laurent Mazliak : Émile Borel est né en 1871. C’est le seul cas que je connaisse de quelqu’un nommé dans l’enseignement supérieur avant même d’avoir soutenu sa thèse. Très rapidement, il devient également un homme de réseau. Sur le plan scientifique, il va surtout franchir un pas considérable en s’engageant dans le domaine des probabilités. À cette époque, il existe en France une sorte de damnatio memoriae des probabilités qui remonte aux années 1840. Borel fait preuve d’un véritable courage scientifique et d’une intuition remarquable dans cette direction. On peut dire, sans trop exagérer, que si les probabilités prennent une place aussi importante dans les mathématiques françaises du XXe siècle, c’est d’abord grâce à Borel.

Étienne Ghys : Quel âge a-t-il en 1940 ?

Laurent Mazliak : Il est né en 1871, donc il a 69 ans.

Étienne Ghys : Un jeune homme.

Laurent Mazliak : Exactement !

En 1940, on fête les 50 ans de son entrée à l’École normale supérieure. Un grand jubilé est d’ailleurs organisé au début de l’année. Il est membre de l’Académie des sciences depuis 1921 et y a rapidement pris une place très importante. Comme il dirige l’Institut Henri Poincaré, on lui demande également de superviser l’organisation de plusieurs laboratoires mis au service de la mobilisation scientifique.

Étienne Ghys : J’ai cru comprendre que, pendant la guerre de 1914-1918, il n’y avait pratiquement aucun scientifique pacifiste. En revanche, pendant la Seconde Guerre mondiale, certains scientifiques prennent-ils la parole pour dire : « Arrêtons cette guerre » ?

Laurent Mazliak : Les deux situations sont très différentes. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale et celui de la Seconde se produisent dans des contextes qui n’ont rien à voir. L’Union sacrée qui se met très rapidement en place en 1914 n’a pas vraiment d’équivalent en 1939. Il y a également la « drôle de guerre » : jusqu’en mai 1940, il se passe finalement assez peu de choses en France. Chez les mathématiciens, en tout cas, je n’ai pas trouvé d’expression publique très nette. Une mobilisation scientifique se met bien en place. À partir d’octobre 1939, certains laboratoires sont officiellement placés au service de la Défense nationale, mais, d’après les documents que j’ai consultés, tout cela reste d’abord assez administratif. Les choses deviennent beaucoup plus concrètes en juin 1940, lorsque le front français s’effondre. Les Allemands approchent de Paris et il faut organiser l’évacuation de laboratoires et de matériels, notamment du laboratoire de calcul de l’Institut Henri Poincaré. Borel, en tant que directeur de l’IHP, est chargé de superviser cette évacuation avec Louis de Broglie, qui appartient lui aussi au conseil scientifique.

Étienne Ghys : Disons un mot de Louis de Broglie. C’est évidemment le grand physicien, l’un des fondateurs de la théorie quantique, qui devait également être sensible aux probabilités.

Laurent Mazliak : En travaillant sur cette période, je suis tombé sur des archives de l’administration allemande. Elles m’ont notamment permis d’étudier un événement singulier de la fin de l’année 1941 : l’arrestation de plusieurs académiciens par la Gestapo, parmi lesquels Émile Borel.

Étienne Ghys : Et il ne s’agissait pas uniquement de scientifiques juifs ?

Laurent Mazliak : Pas du tout. Borel n’était pas juif et cette arrestation n’était pas liée aux persécutions raciales. Les archives que nous avons retrouvées ne permettent d’ailleurs pas de savoir exactement pourquoi il a été arrêté. Plusieurs éléments semblent s’entremêler. D’abord, une sorte de guerre interne entre différents services de l’administration allemande à Paris, qui cherchent chacun à avoir la haute main sur certaines affaires. Ensuite, depuis l’été 1940, les autorités allemandes établissent des listes de membres de l’enseignement supérieur français considérés comme plus ou moins suspects.

Étienne Ghys : Qu’est-ce qui était reproché précisément à Borel ?

Laurent Mazliak : C’est justement ce que je ne peux pas dire précisément. Il est clair qu’il est identifié comme quelqu’un qui n’a aucune sympathie pour la nouvelle situation politique. Il n’a évidemment aucune sympathie pour les occupants, mais probablement pas davantage pour le régime de Vichy. À partir de l’automne 1940, les difficultés commencent vraiment pour l’université française. L’Université de Paris est fermée, Paul Langevin est placé en résidence surveillée et l’administration allemande commence clairement à observer de très près le monde universitaire.

Étienne Ghys : Revenons à Borel. Les Allemands viennent donc l’arrêter chez lui ?

Laurent Mazliak : Oui. Nous disposons d’un récit de son arrestation parce que son épouse l’a racontée dans un livre de souvenirs.

Étienne Ghys : Dans l’article que tu as écrit, un élément m’a particulièrement interpellé. Madame Borel cherche alors du soutien auprès de la section de mathématiques de l’Académie des sciences, mais elle n’en trouve pratiquement pas.

Laurent Mazliak : Effectivement.

Dans ses souvenirs, elle emploie des mots assez durs à propos de l’Académie des sciences. Elle explique qu’on l’a en quelque sorte envoyée promener. On lui a fait comprendre que l’Académie ferait le minimum pour obtenir quelques informations, mais qu’elle avait les mains liées et ne pouvait rien faire.

Étienne Ghys : Et Louis de Broglie, à ce moment-là, est-il déjà impliqué dans cette histoire ?

Laurent Mazliak : Pas directement.

Il n’a alors aucun rôle administratif ou politique particulièrement important à l’Académie. Mais cela va rapidement changer. En décembre 1941, Émile Picard, qui est depuis longtemps l’un des deux secrétaires perpétuels de l’Académie des sciences, meurt. En février 1942, Louis de Broglie sera élu pour lui succéder.

Étienne Ghys : Pour nos auditeurs, Émile Picard est lui aussi un très grand mathématicien.

Laurent Mazliak : Oui, un grand mathématicien de la génération précédente, qui avait connu lui aussi une carrière extrêmement rapide. Après sa mort, une question se pose : est-il réellement possible et légitime d’organiser une élection dans une situation aussi troublée ? Il faut se souvenir qu’en raison des lois de Vichy, plusieurs membres de l’Académie ne siègent plus.

Étienne Ghys : Parmi eux, Jacques Hadamard.

Laurent Mazliak : Exactement.

Hadamard est le premier nom auquel on pourrait penser puisqu’il est le doyen et, en quelque sorte, le successeur naturel. Mais il est alors exilé à Toulouse et va rapidement partir pour les États-Unis. D’autres membres sont également absents pour différentes raisons. Il y a donc au minimum une discussion sur l’opportunité d’organiser rapidement cette élection.

Étienne Ghys : Mais moi qui connais les statuts de l’Académie des sciences par cœur, je peux te dire qu’elle est obligatoire.

Laurent Mazliak : Et c’est exactement ce qui va être répondu !

Après Hadamard, le deuxième nom en termes d’ancienneté est celui de Borel. À ce moment-là, il n’est plus emprisonné. Il a été libéré au début du mois de décembre 1941 dans des circonstances, là encore, assez mystérieuses. Les archives montrent notamment les rivalités entre services allemands. Certains scientifiques allemands travaillant en lien avec la marine semblent avoir fait pression en expliquant qu’il était absurde d’emprisonner des personnes comme Borel, susceptibles d’être scientifiquement utiles.

Étienne Ghys : Il est donc libéré ?

Laurent Mazliak : Oui, mais dans un état assez mauvais après cinq semaines passées à Fresnes pendant l’hiver 1941. Sa santé suscite des interrogations. On se demande notamment s’il serait en mesure d’assumer la fonction de secrétaire perpétuel. D’autant qu’il vient officiellement de prendre sa retraite.

Étienne Ghys : C’est un peu « l’effet Joe Biden » ?

Laurent Mazliak : Voilà, quelque chose comme ça. L’autre secrétaire perpétuel, Alfred Lacroix, intervient alors fermement. Il rappelle que les statuts de l’Académie imposent une élection et que celle-ci doit donc avoir lieu. Au début de février 1942, Borel est de nouveau arrêté. Cette fois, il n’est détenu que quelques jours. Nous n’avons trouvé aucun document expliquant cette nouvelle arrestation. Cela le décide définitivement à partir pour Saint-Affrique.

Étienne Ghys : Là où il est né.

Laurent Mazliak : Oui, là où il est né et dont il a d’ailleurs été maire. L’élection est finalement organisée sous la pression d’Alfred Lacroix. Il faut également obtenir l’accord du ministre de l’Éducation, Jérôme Carcopino. Lacroix échange beaucoup avec lui afin que l’élection puisse avoir lieu rapidement. Il convoque les membres de l’Académie pour la mi-février 1942 et joint à la convocation une copie des statuts, notamment les règles concernant les absents. En substance, l’élection peut être validée dès lors qu’une majorité est atteinte, sans que les membres empêchés d’être présents soient nécessairement comptés parmi les électeurs. Louis de Broglie est donc élu secrétaire perpétuel.

Borel se trouve alors à Saint-Affrique. Il est retraité et, à ma connaissance, n’a pratiquement plus de contact avec l’Académie. Il n’est pas heureux de cette élection.

Ce qui se passe ensuite jusqu’à la Libération est difficile à reconstituer. Je n’ai pas trouvé, pendant cette période, de lettres dans lesquelles Borel affirme explicitement que cette place aurait dû lui revenir. L’histoire reprend véritablement à la Libération. Borel revient à Paris et l’une de ses premières démarches auprès de l’Académie consiste à demander que l’on revienne sur l’élection du secrétaire perpétuel. Il prend contact avec Maurice de Broglie, le frère aîné de Louis. Après cet entretien, il écrit à Alfred Lacroix pour lui expliquer que Maurice de Broglie ne semble pas hostile à cette idée et qu’il va en parler avec son frère.

Borel paraît alors assez optimiste. Il semble considérer que le changement sera presque une formalité et qu’il pourra récupérer ce qu’il estime être la place qui aurait dû lui revenir. Pendant longtemps, nous en étions restés là. Dans un article, nous avions simplement constaté que Borel semblait s’attendre à une démission de Louis de Broglie… et que Louis de Broglie n’avait finalement jamais démissionné. Puis il y a eu un petit miracle archivistique.

Étienne Ghys : À ton avis, y avait-il derrière tout cela une véritable lutte de pouvoir universitaire, ou simplement une affaire humaine entre Borel et de Broglie ?

Laurent Mazliak : Borel est avant tout un homme d’action. Il appartient pleinement à cet esprit radical-socialiste dans lequel il faut participer à l’éducation du peuple, à son élévation intellectuelle et scientifique et créer des institutions concrètes. Après la Première Guerre mondiale, son engagement politique répond à cette volonté d’agir. L’Institut Henri Poincaré est en grande partie une création de Borel. C’est également le cas de l’ISUP, l’Institut de statistique de l’Université de Paris. Louis de Broglie est plus jeune. On pourrait dire que son ambition institutionnelle se révèle davantage à ce moment-là.

Étienne Ghys : Il est un peu plus opportuniste ?

Laurent Mazliak : On peut en tout cas parler d’un certain opportunisme consistant à saisir l’occasion qui se présente. Et puis est arrivé ce petit miracle archivistique. Il y a quelques années, nous sommes allés présenter une exposition consacrée à Borel à Saint-Affrique. Un responsable de la Maison de la Mémoire nous a alors signalé l’existence d’un fonds d’archives complètement inconnu. Ces documents étaient arrivés là par l’intermédiaire d’une habitante de Saint-Affrique qui les conservait dans son grenier. Une histoire assez rocambolesque. J’étais sur place avec Hélène Gispert, qui avait participé à l’organisation de l’exposition. Nous avons découvert plusieurs centaines de lettres originales. Nous étions médusés. J’ai ensuite négocié avec la Maison de la Mémoire afin d’en faire réaliser des copies, qui ont été déposées à l’Académie.

Étienne Ghys : Quelle période couvrent-elles ?

Laurent Mazliak : Pratiquement toute la vie conjugale de Borel, donc une grande partie de la première moitié du XXe siècle.

Étienne Ghys : À cette époque, lorsqu’on écrivait une lettre, on faisait encore souvent un brouillon que l’on conservait ?

Laurent Mazliak : Il existe effectivement certaines minutes et certains brouillons. Mais nous avons surtout les lettres reçues par Borel et son épouse. Certaines découvertes tiennent vraiment du miracle. Ces documents apportent des informations tout à fait remarquables sur la vie scientifique de l’époque. Parmi eux, nous avons retrouvé des échanges entre Louis de Broglie et Émile Borel datant précisément d’octobre et novembre 1944. Ils permettent de compléter l’histoire. Jusqu’ici, notre article se terminait simplement par ce constat : Louis de Broglie n’a pas démissionné. Nous avions éventuellement émis quelques hypothèses, mais nous n’avions aucun document permettant de comprendre pourquoi. Avec ces lettres, nous savons désormais non seulement qu’il n’a pas voulu démissionner, mais aussi pourquoi il a refusé. Nous sommes juste après la Libération, au moment des commissions d’épuration. Louis de Broglie se trouve dans une situation délicate. Je veux être très clair : nous n’avons pas de dossier permettant d’identifier chez lui une collaboration directe, comme cela a pu être le cas pour Georges Claude, qui est exclu de l’Académie des sciences dès la fin du mois d’août 1944.

Louis de Broglie est néanmoins considéré comme suspect et fait provisoirement l’objet d’une interdiction d’enseigner à la Sorbonne pendant que sa situation est examinée.

Je suis tombé sur une lettre qu’il adresse à Alfred Lacroix. Il explique qu’il se trouve dans une situation impossible, qu’il considère cette situation comme profondément injuste et que, parallèlement, Borel cherche à lui faire quitter sa fonction de secrétaire perpétuel. Il demande donc implicitement le soutien de Lacroix. Je n’ai pas retrouvé la réponse de Lacroix. En revanche, nous possédons une lettre envoyée ensuite par de Broglie à Borel. Il y explique que Lacroix l’a convaincu de ne pas démissionner.

Il avance deux raisons. D’abord, dans le contexte des commissions d’épuration, une démission pourrait être interprétée comme la reconnaissance qu’il aurait quelque chose à se reprocher. Il écrit en substance : « Qu’en penseraient mes amis si je démissionnais ? »

Ensuite, Lacroix lui explique qu’une telle démission pourrait être très mauvaise pour l’Académie elle-même.

Étienne Ghys : Parce que cela reviendrait aussi à reconnaître que l’Académie avait commis une erreur en 1942.

Laurent Mazliak : Exactement.

Cela pourrait installer le désordre et créer un précédent institutionnel. De Broglie décide donc finalement de ne pas démissionner. Borel, de son côté, fait circuler auprès de ses confrères de l’Académie un texte dans lequel il explique sa position. Les échanges deviennent assez tendus. Puis, en novembre 1944, nous trouvons une dernière lettre qui semble montrer que Borel a renoncé. Peut-être pense-t-il que le combat est perdu. Peut-être estime-t-il simplement qu’il a désormais d’autres choses à faire.

La lettre est assez savoureuse sur le plan rhétorique. Borel commence par flatter de Broglie. Il lui explique qu’il espère que cette affaire ne laissera aucune trace dans leurs relations, qu’il l’admire et qu’il n’oublie pas le soutien qu’il lui a apporté auparavant. Puis vient en quelque sorte le coup de pied de l’âne : Borel lui fait comprendre que la fonction de secrétaire perpétuel apporte finalement beaucoup d’ennuis et que de Broglie peut très bien continuer à les assumer.

Étienne Ghys : En quelque sorte : « Je vous aide en vous laissant rester. »

Laurent Mazliak : Exactement !

L’Académie envisage ensuite d’attribuer un prix à Borel, une sorte de prix de consolation. Je précise tout de suite qu’il ne l’a finalement pas reçu. Et je pense que, si on lui avait demandé son avis, il aurait probablement rejeté cette proposition avec indignation.

Étienne Ghys : Aujourd’hui, les statuts précisent d’ailleurs qu’un membre de l’Académie ne peut pas recevoir un prix de l’Académie.

Laurent Mazliak : C’est le dernier élément de cette histoire. Par la suite, Borel ne semble plus avoir évoqué cette affaire. Il meurt en 1956 et reste très actif jusqu’à la fin de sa vie.

Étienne Ghys : Louis de Broglie, lui, meurt beaucoup plus tard ?

Laurent Mazliak : Oui. Il était plus jeune.

Étienne Ghys : Peut-on finalement parler d’une lutte de pouvoir entre les deux hommes ?

Laurent Mazliak : Oui, mais « lutte de pouvoir » est à la fois un terme un peu faible et un peu décalé. Il s’agit d’une lutte de pouvoir, bien sûr, mais aussi d’une lutte de présence et de légitimité dans une période extrêmement particulière. Pendant l’Occupation, beaucoup de scientifiques ont fait preuve d’une très grande prudence dans leurs prises de position publiques. Des personnes comme Georges Claude, qui se sont engagées de manière tout à fait explicite, restent relativement rares.

À ma connaissance, Louis de Broglie est lui-même resté prudent dans son expression publique. En revanche, il paraît assez clair qu’il était davantage en phase avec l’esprit de la France de Vichy que Borel. Je ne parle pas d’une collusion avec les Allemands. Simplement, politiquement et socialement, Borel était identifié depuis longtemps comme un homme engagé dans la tradition radicale-socialiste, ce qui le plaçait dans une position très différente.

Étienne Ghys : Laurent, un grand merci pour cette tranche d’histoire. C’est assez passionnant. La découverte d’un ensemble de lettres comme celui-là doit être particulièrement émouvante pour un historien.

Étienne Ghys
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