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Enseigner la science : Paroles de lycéen

Publié le
15.09.2026

L’Académie des sciences poursuit ses séries de podcasts en partenariat avec Canal Académies. Au micro, Étienne Ghys, l’un de ses deux secrétaires perpétuels, part à la rencontre de celles et ceux qui font la science, l’apprennent ou la transmettent. Cortex Média a retranscrit ces échanges, à lire ci-dessous.

Que pense un lycéen de dix-sept ans de la science ? Étienne Ghys rencontre Juan Lacort, élève au lycée Jules-Supervielle d’Oloron, quelques semaines avant le baccalauréat.

Entre curiosité scientifique et vocation pour l’informatique, foi catholique et laïcité, stress de Parcoursup et goût du théâtre, il livre un regard direct sur l’école, la vérité et le métier d’enseignant.

Étienne Ghys : Je suis face à Juan Lacort. Juan, vous êtes espagnol ?

Juan Lacort : Je suis lycéen, ici en France, au lycée Jules-Supervielle à Oloron. Ma famille est espagnole et mes parents parlent espagnol à la maison, moi aussi.

Étienne Ghys : Ce qui m’intéresse, c’est votre perception de la science. Avez-vous des projets d’avenir un peu scientifiques ?

Juan Lacort : Ça m’intéresse beaucoup, je suis assez curieux de ce milieu-là. Je ne sais pas si j’en utiliserais beaucoup dans mon avenir, mais ce serait surtout pour le temps libre : le soir au coin du feu, regarder un petit documentaire.

Étienne Ghys : Pas pour la vie professionnelle ?

Juan Lacort : Peut-être, l’avenir me le dira. Je voudrais plutôt aller vers l’informatique.

Étienne Ghys : L’informatique, c’est de la science.

Juan Lacort : Oui, mais ça dépend de ce qu’on fait dedans.

Étienne Ghys : Beaucoup de jeunes s’intéressent aux questions écologiques, au futur climatique. Est-ce que ça vous préoccupe ?

Juan Lacort : Bien sûr, parce que l’écologie va être l’un de nos centres d’intérêt principaux. La biologie en tant que telle m’a intéressé, mais pas plus qu’autre chose.

Étienne Ghys : Donc plutôt l’informatique. Et ça veut dire jeux vidéo ?

Juan Lacort : Oui, mais pas que. Ce que j’apprécie beaucoup du jeu vidéo, c’est que c’est assez créatif. Ce dont j’ai peur dans mon avenir, c’est de ne pas faire un métier créatif et de toujours faire la même chose. J’ai peur de la banalité, finalement.

Étienne Ghys : Pourquoi est-ce que la science, par elle-même, ne vous propose pas une solution de créativité ?

Juan Lacort : Je n’ai pas dit ça, j’ai parlé de la biologie. Je n’ai pas eu de réel intérêt pour elle et ça s’est vu dans mon dossier scolaire. Pareil en physique-chimie : ça m’intéresse un peu moins que les mathématiques. Les mathématiques m’intéressent.

Étienne Ghys : Vous diriez que vous êtes un bon élève ?

Juan Lacort : Oui, mais pas extraordinaire. Dans la moyenne, mais curieux.

Étienne Ghys : Curieux, c’est le principal. En première, il y a un enseignement qu’on appelle l’enseignement scientifique, où plusieurs professeurs proposent des thèmes qui se conjuguent. Qu’y avez-vous fait ?

Juan Lacort : En physique-chimie, on a fait la création de l’univers, et en SVT la création de la vie. Notre planète, c’est la seule qu’on connaît qui abrite la vie.

Étienne Ghys : Vous dites « création » de l’univers. Le mot est très fort. Vous voulez dire l’origine ?

Juan Lacort : Oui, le Big Bang. C’est un sujet assez compliqué pour moi, parce qu’il y a aussi des questions religieuses qui peuvent rejoindre les questions scientifiques à ce moment-là. Moi, je suis catholique.

Je pense que les sciences et la religion sont sœurs. L’une explique de façon plus carrée, plus rationnelle, tandis que l’autre explique ce qui est pour l’instant inexplicable.

Étienne Ghys : Croyez-vous que tout est explicable ?

Juan Lacort : Oui, mais pas de manière rationnelle.

Étienne Ghys : Une proportion importante d’Américains est créationniste et pense que le monde a été créé tel quel. Qu’en pensez-vous ?

Juan Lacort : Aujourd’hui, on est arrivés à prouver de façon assez concrète qu’il y a bel et bien eu un Big Bang, une évolution, et que la Terre ne s’est pas créée en six jours.

Étienne Ghys : Vous arrivez à concilier sans problème la religion et la croyance en la vérité scientifique ?

Juan Lacort : Les textes religieux sont en quelque sorte des métaphores de la science : lorsque la Bible a été écrite, le Big Bang n’était pas prouvé, ils ne pouvaient pas savoir. Mais l’avantage de ces textes, c’est d’apprendre de bonnes valeurs comme la générosité ou la famille.

Étienne Ghys : Comment faites-vous le tri entre ce qui n’est pas vrai et ce qui est une inspiration pour vous ?

Juan Lacort : C’est toujours un peu épineux. Jésus, par exemple : est-ce qu’il a existé ? Sûrement que quelqu’un comme lui a vécu en Palestine. Mais la multiplication des pains, c’est étonnant. C’est peut-être vrai, c’est peut-être faux.

Étienne Ghys : Pensez-vous qu’il est important, dans un pays comme la France, qu’on soit clair sur ce qui est vrai et ce qui est faux ?

Juan Lacort : Pour une nation, oui. Je pense qu’elle doit être laïque, pas forcément athée, mais laïque, pour réunir les différentes religions. La laïcité, c’est ce qu’il y a de plus important.

Étienne Ghys : Prenons un exemple : le théorème de Pythagore, il est vrai ?

Juan Lacort : Il est vrai parce qu’il est démontré.

Étienne Ghys : J’aime bien qu’on dise ça. Mais il y a des choses qui ne sont pas démontrées et qui ne sont peut-être pas démontrables.

Juan Lacort : Voilà, ça dépend de chacun. Je crois ce que je crois, vous croyez ce que vous croyez.

Étienne Ghys : À part les sciences, qu’est-ce qui vous intéresse ?

Juan Lacort : J’aime beaucoup le théâtre, je le pratique en extrascolaire. Le fait de se plonger dans un personnage différent de nous, c’est un beau devoir de recul. Voir la vie de quelqu’un d’autre à travers un personnage, c’est plus facile que de se mettre à la place de quelqu’un à qui on parle directement.

Étienne Ghys : Vous ne savez pas encore exactement ce que vous ferez plus tard. Vous n’êtes pas spécialement angoissé ?

Juan Lacort : Non, je pense qu’il faut limiter à tout prix l’angoisse et le stress. Le lycée, pour ça, ce n’est pas simple. C’est quand même un gros facteur de stress. Mais justement, prendre du recul comme au théâtre, c’est important.

Étienne Ghys : Les profs ont l’air sympas, ici.

Juan Lacort : Les profs, oui. Mais le système, je ne sais pas comment, mais je sais qu’il faudrait le changer.

Étienne Ghys : On vous écoute : que proposez-vous comme modification dans l’Éducation nationale ?

Juan Lacort : Je pense que les examens, c’est déjà un gros facteur de stress. Mais en même temps, c’est nécessaire.

Là, par exemple, je vais passer le bac de français. On fait quatre devoirs communs avant, comme des bacs blancs. Ça contribue à diminuer le stress. Mais être tous dans une salle silencieuse, avec deux adultes qui surveillent, chacun à sa table, pendant quatre heures, où l’on n’entend que les stylos écrire, c’est peu agréable.

Étienne Ghys : Est-ce que le bac vous stresse ?

Juan Lacort : Le bac, en travaillant, on l’a. C’est plus la mention qui me stresse.

Étienne Ghys : On me dit que Parcoursup est très stressant.

Juan Lacort : Parcoursup est très stressant parce qu’on vous voit à travers un écran, à travers ce que les autres disent de vous. Les notes sont au centre, et là-dessus, un élève n’est pas juste un chiffre. Sur Parcoursup, on ne connaît pas l’élève tel qu’il est en dehors du lycée. C’est dommage, parce que le monde du travail est quand même différent du lycée.

Étienne Ghys : Que font vos parents ?

Juan Lacort : Mes deux parents sont profs. Mon père est professeur d’espagnol à la faculté de droit de l’université de Pau, et ma mère est professeure des écoles depuis quelques années.

Étienne Ghys : Avec des parents profs, auriez-vous envie d’être prof ?

Juan Lacort : Non. Je pense surtout qu’aujourd’hui, en France, l’État fait peu pour les profs. Ils font tout pour en avoir le moins possible. Et ça, c’est mauvais. Pour les profs d’abord, et pour les élèves.

Étienne Ghys : Merci pour vos réponses extrêmement sincères et directes. J’ai l’impression que vous êtes un lycéen heureux. C’est vrai ?

Juan Lacort : Oui.

Étienne Ghys
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