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Troubles du neurodéveloppement

Émotions, confiance en soi, amitié : comment aider un enfant avec un TND à s’épanouir ?

Publié le
20.10.2026

Dans le cadre de la série Santé mentale à tous les âges, réalisée par Cortex Média, la neuropsychologue Agathe Ferrandis apporte son éclairage sur les troubles du neurodéveloppement (TND). Comment aider un enfant concerné à gérer ses émotions, à prendre confiance en lui et à développer des relations sociales épanouissantes ? En somme, comment favoriser sa santé mentale dès l’enfance ?

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Comme l’explique la neuropsychologue, la santé mentale repose sur un état de bien-être psychique qui permet de faire face au stress, de travailler, de trouver sa place dans la société et de développer ses compétences. Des difficultés peuvent apparaître dès l’enfance et affecter différentes dimensions physiques, cognitives, émotionnelles et/ou sociales.

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Agathe Ferrandis appelle notamment à une vigilance particulière concernant les enfants présentant un TDAH ou un TSA : « Ces enfants-là vont avoir beaucoup plus de difficultés à construire une bonne confiance en soi, une bonne estime de soi, à développer des relations sociales. Ce sont des enfants qui ont plus de risques de développer d'autres troubles, comme des troubles anxieux ou des troubles dépressifs, qui vont impacter leur santé mentale ».

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Cortex Média : Comment accompagner un enfant porteur d'un Trouble du neurodéveloppement (TND) à gérer ses émotions ?

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AF : La première chose à mettre en place est de parler des émotions avec l’enfant et de l’aider à les nommer. Il ne faut pas le forcer à se confier, mais il est important qu’il sache qu’il peut le faire s’il en ressent le besoin.

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Il est également essentiel de l’aider à comprendre les situations et les intentions des autres. Les enfants ne comprennent pas toujours l’origine de leurs propres émotions, ni celles des personnes qui les entourent. Il faut donc leur expliquer pourquoi telle personne est en colère ou pourquoi elle est triste. Pour les enfants qui ont du mal à exprimer leurs émotions, je conseille notamment d’utiliser la roue des émotions.

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Accompagner l’enfant en validant ses ressentis est tout aussi important. En revanche, il faut veiller à la manière dont il exprime ses émotions. Si votre enfant se met en colère et frappe un camarade, il faut lui expliquer que ce comportement n’est pas acceptable. Les raisons de sa colère peuvent être légitimes, mais cela ne signifie pas que toutes les façons de l’exprimer le sont. Il faut donc reconnaître son émotion pour qu’il se sente compris, sans pour autant cautionner un comportement inadapté.

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L’objectif est ensuite de chercher une solution avec lui : « À ce moment-là, tu n’étais pas content, mais il fallait aller voir la maîtresse et lui en parler. »

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Cortex Média : Et plus particulièrement, comment accompagner un enfant porteur d’un TDAH ?

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AF : Un enfant présentant un TDAH peut éprouver davantage de difficultés à gérer ses émotions. Il peut notamment traverser des crises parfois difficiles à maîtriser, qui peuvent ensuite entraîner de la culpabilité et des regrets, et ainsi affecter son estime de soi.

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Dans ces moments de crise, il est important d’en reparler avec l’enfant et de reconnaître ses ressentis, sans pour autant cautionner son comportement. Il faut aussi lui faire comprendre que l’on a conscience de la difficulté qu’il a pu éprouver à maîtriser ses émotions. Le parent peut ensuite l’aider à trouver des solutions pour exprimer sa frustration et sa colère de manière adaptée, sans que cela ne perturbe les autres.

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Il est également essentiel de lui rappeler ses qualités et de valoriser ce qu’il fait de bien. Un fonctionnement différent de celui des autres ne signifie pas qu’il a moins de valeur.

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Cortex Média : Quelles thérapies sont préconisées pour les enfants porteurs d’un trouble du neurodéveloppement (TND) ?

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AF : Les thérapies cognitives et comportementales (TCC).

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Le volet « cognitif » concerne les pensées qui apparaissent de manière involontaire dans certaines situations et qui peuvent influencer notre perception de la réalité. Par exemple, un enfant peut se dire : « Je suis nul, je ne vais pas y arriver. » L’objectif est de travailler sur ces pensées pour l’aider à développer des raisonnements plus adaptés.

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Le volet « comportemental », quant à lui, concerne les actions. Lorsqu’on est stressé, on peut avoir tendance à éviter certaines situations. Or, cet évitement peut renforcer l’anxiété et la conviction de ne pas être capable d’y faire face. Pour y remédier, l’idée est d’apprendre progressivement à affronter ces situations.

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Chez les enfants porteurs d’un TND, cette approche comportementale consiste notamment à mettre en place des outils concrets au quotidien pour favoriser l’acquisition de comportements plus adaptés.

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Cortex Média : Existe-t-il une méthode comportementale plus spécifique pour les enfants porteurs d’un TND ?

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AF : Chez les enfants, on peut notamment utiliser l’analyse appliquée du comportement, appelée méthode ABA. Elle repose sur le principe qu’un événement déclenche un comportement, auquel succède une conséquence. Selon cette conséquence, le comportement peut être renforcé et avoir davantage de chances de se reproduire, ou au contraire diminuer en fréquence.

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Prenons l’exemple d’un enfant qui veut un gâteau, mais dont la maman refuse la demande. L’enfant se met alors à pleurer et à taper des pieds. Finalement, la maman lui donne le gâteau. L’enfant peut alors comprendre que ce comportement lui permet d’obtenir ce qu’il souhaite. Il risque donc de le reproduire dans des situations similaires. L’objectif est de lui apprendre progressivement à adopter un comportement plus adapté pour exprimer sa demande ou sa frustration.

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Cortex Média : Les enfants porteurs d’un TDAH peuvent rencontrer des difficultés de motivation. Quel outil conseilleriez-vous aux parents pour les aider ?

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AF : Les personnes porteuses d’un TDAH peuvent en effet rencontrer des difficultés motivationnelles. Les études montrent également que leur système motivationnel fonctionne différemment. Pour les aider, il est possible de mettre en place des outils, dont par exemple un système de jetons : chaque fois que l’enfant réalise une action attendue, il gagne un jeton. Lorsqu’il en a accumulé un certain nombre, il obtient une récompense.

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Ce système permet d’encourager progressivement les comportements que les parents souhaitent voir se développer, en valorisant les efforts de l’enfant. Il peut ainsi l’aider à s’engager davantage dans certaines activités. Avec le temps, l’objectif est qu’il puisse adopter ces comportements sans avoir systématiquement besoin d’une récompense.

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Le système de jetons constitue donc un levier de motivation positive, et non un outil punitif. A noter que ce système ne marche pas avec tous les enfants, il s'agit d'un exemple.

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Cortex Média : Existe-t-il des aides pour les parents d’enfants porteurs d’un TND ?

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AF : Oui, il existe notamment la guidance parentale. Les enfants présentant un TND ont un fonctionnement qui peut être différent de celui auquel les parents sont habitués, ce qui peut parfois rendre l’accompagnement difficile. La guidance parentale leur apporte des outils pour mieux comprendre les difficultés de leur enfant et savoir comment réagir selon les situations. Elle permet notamment d’apprendre à l’accompagner lors d’une crise, à l’aider à exprimer ses émotions et à mettre en place un cadre structurant au quotidien.

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Cortex Média : Les enfants porteurs d’un TND ont-ils davantage de difficultés à avoir confiance en eux ?

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AF : Tout d’abord, il faut distinguer l’estime de soi, la confiance en soi et l’affirmation de soi. L’estime de soi correspond à la valeur que l’on s’attribue. Par exemple : « Je suis une bonne personne » ou « Je suis une mauvaise personne ». La confiance en soi renvoie à la perception que l’on a de ses propres capacités, c’est-à-dire à ce que l’on pense être capable de faire ou non. Quant à l’affirmation de soi, elle désigne la capacité à exprimer ses besoins tout en respectant ceux des autres.

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Ces trois dimensions se construisent dès l’enfance et s’influencent mutuellement. Une bonne estime de soi peut contribuer à renforcer la confiance en ses capacités. À l’inverse, le fait de douter de soi peut fragiliser l’estime que l’on se porte.

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La confiance en soi joue un rôle important dans la santé mentale : elle aide à se sentir bien, à moins douter de ses capacités et à mieux faire face aux échecs. Elle se développe dès l’enfance, mais peut aussi se renforcer à l’âge adulte.

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Un enfant présentant un TDAH peut rencontrer davantage de difficultés à développer sa confiance en lui, notamment en raison de son impulsivité, qu’il peut avoir du mal à maîtriser. Il peut également recevoir de nombreuses remarques de la part des adultes, qu’il s’agisse de ses parents ou de ses enseignants. Il peut aussi prendre conscience de son décalage avec les autres enfants, ce qui ne l'aide pas à avoir confiance en lui.

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Cortex Média : Comment l’aider à prendre confiance en lui ?

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AF : En tant qu’adulte, parent ou enseignant, il est important d’encourager et de valoriser l’enfant lorsqu’il accomplit quelque chose de positif, en particulier lorsqu’il fait des efforts dans les domaines qui lui posent des difficultés, même pour de toutes petites choses qui peuvent sembler anodines.

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Il faut valoriser les efforts plutôt que de se concentrer uniquement sur le résultat. Même si l’enfant a mis vingt minutes à faire son exercice, il a réussi à le terminer, et c’est cela qu’il faut souligner !

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Cortex Média : Les relations sociales sont-elles importantes pour un enfant ? Sont-elles plus difficiles à développer lorsqu’un enfant a un TND ?

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AF : Le lien social est un facteur protecteur pour la santé mentale. Les études montrent qu’il contribue à réduire l’anxiété, à renforcer la confiance en soi et à développer le sentiment d’appartenance à un groupe. Apprendre à créer des liens dès l’enfance permet également de mieux gérer les conflits, car c’est à cette période que l’on apprend à exprimer ses besoins tout en respectant ceux des autres.

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Les enfants présentant un TDAH ou un TSA peuvent rencontrer davantage de difficultés à nouer des relations sociales, mais pour des raisons différentes. Par exemple, un enfant avec un TSA peut avoir des difficultés à comprendre certains codes sociaux et à adapter son comportement aux situations. Il peut alors tenir des propos susceptibles de blesser les autres, sans en avoir l’intention. Ces incompréhensions peuvent parfois entraîner un rejet de la part des autres enfants.

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Certains enfants avec un TSA peuvent également rencontrer des difficultés dans les jeux d’imagination qui impliquent d’incarner des personnages ou des rôles, comme jouer à la maîtresse ou faire parler des figurines. Ces difficultés peuvent compliquer les interactions avec les autres enfants et rendre la création de liens amicaux plus difficile. Les relations sociales peuvent ainsi leur demander davantage d’efforts et d’adaptation.

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Les enfants présentant un TDAH peuvent, eux aussi, rencontrer des difficultés relationnelles, notamment en raison de difficultés à réguler leurs émotions et leur impulsivité. Ils peuvent réagir vivement, bouger beaucoup ou se mettre facilement en colère, ce qui peut parfois compliquer leurs relations avec leurs camarades. Ces comportements peuvent les exposer au rejet et à la stigmatisation.

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Cortex Média : Si le soutien parental ne suffit pas, vers quelles ressources se tourner ?

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AF : Si l’on constate que son enfant rencontre des difficultés relationnelles ou qu’il est rejeté par les autres, il est important de consulter un professionnel de santé.

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Il existe aussi des groupes d’habiletés sociales, qui permettent aux enfants de développer leurs compétences relationnelles, de mieux comprendre les codes sociaux et de gagner en confiance en eux. Les enfants présentant un TSA peuvent notamment éprouver des difficultés à comprendre les codes sociaux, ce qui peut être source d’anxiété. Les groupes d’habiletés sociales les aident à mieux comprendre comment interagir avec les autres, à reconnaître et décoder les émotions.

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Propos recueillis par Ophélie Barbier.

Ophélie Barbier
10 minutes de lecture

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