À 24 ans, Côme Girardot est l’une des figures françaises du døds, aussi appelé death diving. Vice-champion du monde 2026, champion du monde par équipe en 2025 et auteur de quatre records du monde, il pratique une discipline encore méconnue en France, où les athlètes s’élancent de plusieurs dizaines de mètres avant de se réceptionner dans l’eau. Derrière les images spectaculaires se cachent pourtant préparation physique, concentration et gestion de la peur. Une réalité que le Français connaît particulièrement bien : en 2025, un accident lui a fracturé le dos et a failli le laisser paraplégique.

Cortex Média : Pour commencer, comment présenterais-tu le døds à quelqu’un qui ne connaît absolument pas ce sport ?
Côme Girardot : Le døds, ou death diving, est encore un sport en développement. Les championnats du monde existent depuis 2008, mais la discipline a beaucoup gagné en visibilité pendant le Covid. Il y a encore cinq ou six ans, nous n’étions vraiment pas nombreux à pratiquer en France. Aujourd’hui, nous sommes des milliers.
Moi, j’ai 24 ans, je suis athlète professionnel. Je suis vice-champion du monde 2026, champion du monde par équipe 2025 et j’ai battu quatre records du monde. L'année dernière, j’ai aussi eu un gros accident qui a failli me laisser paraplégique.
Comment es-tu arrivé dans une discipline aussi particulière ?
CG: J’ai toujours fait énormément de sport. J’ai d’ailleurs un master en management et marketing spécialisé dans le sport outdoor. J’ai longtemps voulu devenir athlète professionnel, mais mon problème, c’est justement que je pratiquais beaucoup trop de disciplines différentes pour vraiment me spécialiser.
Le døds m’est un peu tombé dessus. J’ai découvert des vidéos sur YouTube et j’ai voulu essayer, notamment parce que je faisais déjà des sauts de falaise par les pieds.
Ma première saison a été assez folle. J’ai participé à une compétition qualificative pour les championnats du monde et je l’ai remportée devant les deux champions du monde en titre. Je me suis ensuite qualifié pour les Mondiaux et, juste avant, j’ai battu le record du monde. C’est à ce moment-là que je suis vraiment devenu un dødser.
Qu’est-ce qui te plaît autant dans le døds ?
CG : Au moment où l’on saute, il ne se passe plus rien autour de soi. On est uniquement dans le moment présent. Tout est comme au ralenti et on entre dans un état d’hyperconcentration.
Mais ce qui m’attire aussi, c’est tout ce qu’il reste à inventer. C’est un sport encore jeune, avec énormément de potentiel. On peut repousser certaines choses, créer de nouvelles figures, explorer différents axes et différents styles.
C’est aussi un moyen d’expression. Quand je regarde quelqu’un que je connais sauter, je peux parfois le reconnaître uniquement à sa silhouette et à sa manière de bouger. Chacun développe son propre style.
Vu de l’extérieur, on pourrait penser que la peur est justement l’ennemie. Comment la gères-tu ?
CG : La peur se maîtrise avec l’entraînement. Plus on est préparé et habitué à ce que l’on s’apprête à faire, plus on est capable de se calmer et de visualiser son saut.
Mais la peur est aussi importante. Elle nous permet de vivre des émotions hors du commun et, surtout, elle nous canalise. Sans elle, je pense qu’il y aurait beaucoup plus d’accidents. Elle nous oblige à travailler davantage avant de pouvoir la surmonter.
Ton sport donne pourtant l’impression qu’il faut justement réussir à ne plus réfléchir pour se lancer…
CG: HC’est exactement l’inverse. Beaucoup de gens disent : « Il faut complètement débrancher le cerveau pour y aller. » Non, pas du tout.
Il faut être en pleine capacité physique et psychique. Il faut être totalement concentré sur ce que l’on fait, avec la volonté de vaincre sa peur, mais aussi avec une bonne préparation.
C’est un équilibre entre beaucoup de choses. Il est assez facile de se tromper ou de rater quelque chose. Mais lorsque tout est bien fait, la sensation est inimitable. J’ai du mal à retrouver quelque chose de comparable ailleurs.
À quel point les impacts sont-ils importants lorsque vous entrez dans l’eau ?
CG : Lors d’un saut à 44 mètres, j’ai subi environ 15 G. On peut l’estimer à partir de la vitesse d’arrivée dans l’eau et de la décélération.
Sur ce saut, je suis descendu à environ trois mètres, trois mètres cinquante sous l’eau. C’était beaucoup : j’ai dû faire trois brasses pour remonter alors que, normalement, une seule me suffit. Généralement, on descend plutôt autour de deux mètres cinquante.
En 2025, tu as justement été victime d’un accident très grave. Avec le recul, est-ce que tu comprends ce qui s’est passé ?
CG : Oui. Je me suis rendu compte que je n’avais pas suffisamment respecté certaines règles que je me fixe aujourd’hui.
Cette année-là, ma préparation n’était pas suffisante. Je n’avais fait que quatre ou six sauts à 20 mètres avant de passer directement à 34 mètres. J’avais déjà sauté de 44 mètres auparavant, donc la hauteur n’était pas nouvelle pour moi, mais je n’étais pas préparé de la même manière.
Que se passe-t-il au moment où tu touches l’eau ?
CG : Au début, je ne comprends pas vraiment. Je suis sous l’eau et j’envoie à mes jambes l’ordre de bouger, de nager normalement, mais elles ne répondent pas.
Comme je n’avais jamais été K.-O., je me demande si c’est ce qui vient de m’arriver. Puis je réalise que je peux bouger les bras et je parviens à rester à la surface.
Je n’ai pas immédiatement ressenti la douleur. Mes amis m’ont installé sur un paddle et c’est à ce moment-là qu’elle est arrivée, extrêmement forte. J’avais du mal à respirer, à parler, à bouger. Mon corps était complètement contracté.
À l’hôpital, les médecins évoquent alors le risque de paraplégie. Comment vit-on ces quelques jours d’attente ?
CG : HLes quatre ou cinq jours avant l’opération ont été assez compliqués. J’avais peur de dormir parce que le moindre mouvement me faisait mal et qu’on m’avait expliqué qu’il existait un risque de paraplégie.
J’essayais donc de ne pas bouger jusqu’à l’opération. Mais l’intervention elle-même comportait des risques. Il y avait cette idée qu’au moment de me réveiller, je pouvais être paraplégique. C’était compliqué à accepter.
Finalement, l’opération s’est bien passée.
Est-ce que ton accident a changé ta manière d’aborder le risque ?
CG : Forcément. Je pense avoir eu une bonne étoile, mais j’étais également très préparé physiquement. Ma masse musculaire a probablement contribué à limiter les conséquences de l’accident.
Aujourd’hui, je suis aussi beaucoup plus attentif à mes règles de préparation et à ce que je ressens avant un saut. Cet accident m’a permis de comprendre certaines choses que je n’avais peut-être pas suffisamment formalisées auparavant.
Malgré tout cela, qu’est-ce qui te pousse encore vers ce sport ?
CG : Il faut vraiment pratiquer ce sport pour soi. Il ne faut pas se lancer simplement pour se lancer.
Ce que j’aime dans le døds, c’est cet équilibre entre la peur, la préparation, la concentration et la capacité à la dépasser. Et lorsque tout fonctionne, la sensation reste incomparable.
Mais il y a aussi tout ce qu’il reste à construire. En France, je considère un peu ce sport comme mon bébé. J’ai envie de participer à son évolution, de le professionnaliser et d’explorer tout son potentiel.
Retrouvez le documentaire de Côme Girardot : The CômeBack


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