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Axel Allétru : « Le handicap ne doit pas empêcher de rêver grand »

Publié le
16.09.2026

Pilote professionnel, champion de natation handisport, finisher du Dakar et habitué des défis sportifs hors normes, Axel Allétru a vu sa vie basculer à 20 ans après un grave accident de motocross. Seize ans plus tard, il continue de repousser ses limites, mais porte désormais un regard plus large sur le handicap, l’accessibilité et la place du sport dans la société. Les 19 et 20 septembre 2026, Axel Allétru organise, en partenariat avec le Triathlon Audencia - La Baule dont il sera le parrain officiel pour cette édition, un événement sportif et humain inédit.

À l’occasion de se nouveau projet baptisé « Je peux 2026 », il revient pour Cortex Média sur son parcours, les difficultés du handisport de haut niveau et la nécessité de sensibiliser au handicap dès le plus jeune âge.

Axel Allétru avant l'accident

Cortex Média : Ton parcours sportif commence bien avant ton accident. Comment résumerais-tu ton histoire ?

Axel Allétru : J’ai commencé par le vélo, avec plusieurs titres de champion d’Europe et de champion du monde, avant de passer à la moto. Je suis devenu pilote professionnel et champion de France. Puis, le 27 juin 2010, lors du Grand Prix de Lettonie en championnat du monde, j’ai eu un accident. En une fraction de seconde, je suis passé du statut de pilote professionnel à celui de personne en situation de handicap. Mon premier objectif a simplement été de retrouver le maximum d’autonomie. Après deux ans de rééducation, j’ai réussi à remarcher avec deux béquilles et des attelles, malgré un déficit musculaire important.

Cortex Média : Tu avais 20 ans. Comment traverse-t-on un bouleversement pareil à cet âge-là ?

C’est très dur. Il n’y a évidemment pas d’âge pour vivre quelque chose comme ça, mais à 20 ans, toute ta vie bascule.Au début, tu ne penses pas aux grands projets. Mon premier objectif était de retrouver de l’autonomie. Ensuite, petit à petit, tu reconstruis le reste : ta vie professionnelle, ta vie sportive, ton quotidien. J’ai toujours eu cette philosophie : aller au bout des choses pour ne pas avoir de regrets. Face à ce qui m’arrivait, j’ai choisi de me battre.

Cortex Média : Est-ce que ton passé de sportif de haut niveau t’a donné un avantage mental dans cette reconstruction ?

Non. Et je trouve important de le dire. J’ai vu des personnes qui n’avaient jamais fait de sport accomplir des récupérations extraordinaires. À l’inverse, j’ai aussi vu des sportifs de très haut niveau sombrer après un accident. Le sport permet de bien connaître son corps, bien sûr. Mais lorsque tu te retrouves en fauteuil, nous sommes tous égaux face à ce bouleversement. Être sportif avant son accident ne garantit pas d’être plus fort mentalement après.

Cortex Média : Pourtant, le sport va rapidement redevenir central dans ta vie.

Oui. J’avais besoin de retrouver cette sensation de compétition et de me prouver que je pouvais redevenir un champion malgré le handicap. Je me suis tourné vers la natation handisport parce que j’aimais l’eau et cette sensation de liberté. Pendant cinq ans, je suis devenu douze fois champion de France, j’ai remporté les Jeux européens et décroché trois records de France. Ça a été une reconstruction physique, mais aussi sociale. Le sport m’a permis de rebondir et m’a ouvert énormément de portes.

Cortex Média : Puis tu retournes vers les sports mécaniques avec le Dakar.

Le Dakar était un rêve d’enfant. Je me suis lancé dans le projet avec mon copilote François, en buggy, au milieu des concurrents valides. Nous l’avons terminé et j’ai réussi à gagner face à des valides. Pour moi, ça a représenté une revanche extraordinaire. Après le Covid, j’ai également voulu remonter seul sur une moto au Touquet. C’était un énorme défi, avec notamment cette ligne droite de plusieurs kilomètres à très haute vitesse. Puis il y a eu Paris-Roubaix à vélo, cette fois avec une dimension beaucoup plus collective puisque nous étions environ 170.

Cortex Média : Tu es pourtant assez critique sur la situation du handisport de haut niveau en France.

Oui, parce qu’il y a un énorme problème de moyens et de visibilité. Pendant les Jeux paralympiques, le grand public découvre les athlètes, s’enthousiasme pendant quelques semaines, puis on n’en parle quasiment plus. Quand je faisais de la natation, je voyais aussi l’écart de professionnalisation et de financement entre la France et certains autres pays. Pourtant, l’exigence du handisport de haut niveau est immense. Un athlète handisport doit à la fois gérer son entraînement et son handicap. Quand, par exemple, vous nagez uniquement avec les bras puis que vous devez ensuite pousser votre fauteuil ou vous déplacer avec des béquilles, la fatigue est double. Il faut gérer les deux en permanence.  

Axel Allétru (C) DR
Cortex Média : À quoi sert, selon toi, le sport de haut niveau au-delà de la performance ?

Le sport de haut niveau représente de l’exigence, de la discipline et du travail. Même lorsqu'un sportif n'arrive pas jusqu'au titre de champion, tout ce qu'il apprend pendant ces années peut ensuite lui servir dans sa vie professionnelle et personnelle. Et le parasport peut aussi inspirer. Quand j’ai découvert les Jeux paralympiques après mon accident, ça m’a fait rêver. Ça ne changera évidemment pas à lui seul le regard de toute une société sur le handicap, mais ça fait partie des leviers qui peuvent faire évoluer les choses.

Cortex Média : Ton nouveau projet, « Je peux 2026 », semble justement vouloir sortir de la seule logique de performance.

Complètement. « Je peux », c’est l’idée de permettre à chacun de se dire : moi aussi, à mon niveau, je peux essayer. Je voulais quelque chose de très concret. Pratiquer un sport lorsqu’on est en situation de handicap peut coûter extrêmement cher. Rien qu’un handi-bike peut représenter 7 000 ou 8 000 euros. Ce coût peut empêcher quelqu’un d’essayer un triathlon simplement pour le plaisir. Avec « Je peux 2026 », nous mettons donc le matériel à disposition : handi-bike, fauteuil, équipement pour la natation… Nous prenons également en charge les déplacements et les inscriptions. Et nous avons volontairement choisi des participants qui ne sont pas nécessairement des sportifs de haut niveau. L’objectif est justement que ce soit accessible. Ils sont accompagnés par des collaborateurs d’entreprises qui se relaient avec eux au cours des différentes disciplines.  

Cortex Média : Aujourd’hui, quelle place le handicap occupe-t-il encore dans ton quotidien ?

Je suis environ 80 % du temps en fauteuil. Je suis capable de me mettre debout, mais pour préserver mes articulations et pouvoir faire certaines choses au quotidien, le fauteuil reste indispensable. Et avec le temps, j’ai aussi compris qu’il fallait préserver ma santé. J’adore les grands défis, mais ils demandent énormément de temps et d’énergie. Le handicap est déjà suffisamment exigeant au quotidien. Mon capital numéro un aujourd’hui, c’est ma santé.

Cortex Média : Quel regard portes-tu sur l’accessibilité en France après quinze années de handicap ?

Il faut être nuancé. On peut toujours dire que rien n’est accessible et critiquer tout ce qui ne fonctionne pas. La France n’est certainement pas la meilleure, mais elle n’est pas non plus la pire. En quinze ans, j’ai vu énormément de choses évoluer. Il reste néanmoins beaucoup à faire, notamment lorsqu’on construit de nouvelles infrastructures. Mais pour moi, le sujet ne se limite pas aux bâtiments et aux rampes d’accès. Il faut aussi travailler sur le regard que la société porte sur les personnes handicapées.

Cortex Média : Tu constates encore régulièrement des comportements discriminants ?

Oui. Par exemple, il m’arrive encore très souvent que des taxis refusent de me prendre à cause de mon fauteuil. Au début, ça m’énervait énormément. Puis à force que cela arrive, tu finis presque par ne plus savoir quoi dire. Il y a aussi les places PMR occupées par des personnes qui n’en ont pas besoin, les comportements dans les files d’attente… Ce sont parfois de petites choses pour les autres, mais elles compliquent réellement la vie quotidienne d’une personne en situation de handicap.

Cortex Média : Si tu pouvais changer une chose pour faire évoluer durablement le regard sur le handicap, laquelle serait-ce ?

Je commencerais par l’école. Il faudrait sensibiliser les enfants au handicap dès leur plus jeune âge. Pas forcément en cherchant à provoquer de l’empathie ou de la compassion, mais simplement en expliquant que la société est composée de personnes différentes. Quand un enfant grandit avec un parent en fauteuil, par exemple, il ne regarde plus le fauteuil comme quelque chose d’étrange. Ça fait simplement partie de sa réalité.

Moi-même, j’ai été assez jeune en centre de rééducation après une blessure. J’y ai rencontré des personnes en fauteuil, des personnes amputées… Cela a fait disparaître énormément de tabous. Il faudrait expliquer ce qu’est le handicap, comment aborder quelqu’un, quand proposer son aide et surtout comment ne pas en faire trop. Si cette sensibilisation commençait dès l’enfance, je suis convaincu que beaucoup de comportements changeraient à l’âge adulte.

Cortex Média : Après tous ces défis, comment imagines-tu la suite ?

Je pense que les très gros défis sportifs vont devenir plus rares. Ils demandent une organisation énorme et beaucoup d’énergie. Aujourd’hui, j’ai mes enfants, mes conférences, ma santé à préserver. Et puis j’ai toujours fonctionné comme ça : les projets arrivent au fur et à mesure. Je ne cherche pas forcément à savoir ce que je ferai dans cinq ans. La vie me ramène des projets. Je les prends simplement les uns après les autres.

Axel Allétru avant l'accident
Benjamin Laurent
5 min

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