En France, 160 000 enfants seraient victimes de violences sexuelles chaque année, selon les estimations de la CIIVISE. Face à cette réalité, Véronique Béchu insiste sur le rôle essentiel de la prévention, mais aussi sur celui des enseignants, qui peuvent repérer les premiers signes de mal-être et recueillir la parole des enfants. Véronique Béchu est directrice de l’Observatoire du harcèlement et des violences numériques faites aux mineurs de l’association e-Enfance / 3018. Ancienne commandante de police, elle possède plus de vingt ans d’expérience dans la lutte contre les violences faites aux enfants. Spécialisée dans les risques liés au numérique, elle travaille notamment sur le cyberharcèlement, les violences sexuelles en ligne et la protection des mineurs.

Trois à six enfants par classe
Cortex Média : Es ce que l’on sait aujourd’hui combien d'enfants sont victimes de violences sexuelles dans les écoles ? Dispose-t-on de chiffres consolidés ?
VB : Il y a eu une estimation effectuée par la CIIVISE. La commission indépendante a estimé que cela représentait 160 000 enfants par an. Cela ramène à trois enfants par classe, c’est un enfant sur dix. Il faut néanmoins préciser que cette estimation ne prend en compte que le volet « vie physique ». Or les mineurs ont aujourd'hui également une vie numérique. C’est d'ailleurs très souvent celle qui a le plus d'importance pour eux. Et en 2019, le Conseil de l'Union européenne avait rendu un rapport où il estimait qu'en Europe, un enfant sur cinq était victime de violences sexuelles. Ramené à une classe, cela fait six enfants, qu'il s'agisse de violences subies hors ligne ou en ligne.
Cortex Média : Comment explique-t-on, en 2026, une telle ampleur ?
VB : Si vous additionnez cela au pourcentage estimé par un sondage réalisé par l'association « Face à l'inceste » sur les adultes ayant été victimes dans l'enfance, vous avez 10 % de la population adulte actuelle qui s'est déclarée victime de violences sexuelles dans l’enfance. Tout cumulé, les enfants d'aujourd'hui et les enfants d'hier, cela fait une part non négligeable de la société. Qu'est-ce qui explique qu'en 2026 ce soit encore aussi important ? Peut-être parce qu’il n'y a pas réellement de prise en compte de cet état de fait par les décideurs publics, les politiques, les institutions.
Cortex Média : Pourquoi ?
VB : Parce que les priorités sont mises ailleurs, tout simplement.
Cortex Média : Est-ce que d’autre pays font autrement ?
Véronique Béchu : Certains pays mettent les moyens pour endiguer, « stopper » serait assez utopiste,ce raz-de-marée, qu'il s'agisse de violences en ligne ou hors ligne. Le premier moyen d'endiguer les choses est clairement de faire de la prévention de masse auprès des enfants. On peut le faire dès le plus jeune âge, dès la maternelle et cela fonctionne extrêmement bien. Les pays scandinaves le font et ont de très bons résultats. Apprendre à connaître son corps, savoir qu’il nous appartient, connaître ses droits c’est extrêmement important dès tout petit.
Cortex Média : Comment mettre cela en place en France aujourd'hui, dans un contexte de tension autour des cours d’éducation sexuelle ?
Véronique Béchu : C'est assez compliqué. Si vous regardez les données, les programmes EVAR et EVARS ne sont pas assez appliqués . La première séance est plutôt mise en place, mais le programme en compte trois dans l’année scolaire, ce qui est actuellement rarement fait. Il y a plusieurs raisons aux difficultés de mise en oeuvre : ce peut-être une résistance parentale, ces derniers pensant que l’on parle de ces sujets à leurs enfants alors qu’ils sont trop jeunes et que cela peut les inciter à s’y intéresser, les personnels enseignants sur lesquels peuvent erposer la mise en application du programme ne se sentent pas légitimes dans ce rôle et très peu ou pas formés pour cela…
Mais la prévention, ce n'est pas mettre en lumière des sujets pour faire peur aux enfants: c'est leur apporter des conseils de vigilance et de compréhension de leurs propres réactions face à des situations qui peuvent être problématiques. Et cela peut aller bien au-delà des violences sexuelles. Le programme destiné aux plus jeunes n'est pas un programme d'éducation à la sexualité ou aux relations affectives : c'est un programme de compréhension de soi-même, des autres , c’est une éducation aux compétences psychosociales en tout premier lieu. permettant à l’enfant de comprendre ses interactions avec autrui. C'est extrêmement important, mais les parents ont encore du mal à le comprendre. Or de nombreux parents ont aussi du mal à parler de ces sujets avec leurs enfants. Ceux-ci sont donc souvent livrés à eux-mêmes avec une incapacité de comprendre et de signaler ce qui leur arrive que ce soit hors ligne ou en ligne. Ce sont des sujets sur lesquels on doit accompagner l'enfant dans son éducation, dans sa construction mais également les parents. L’un ne va pas sans l’autre..
Ceux-ci sont parfois vent debout parce qu'ils méconnaissent les thématiques qui vont être abordées, la façon dont elles vont l'être. Je comprends que certains qui n'osent pas eux-mêmes en parler à leurs propres enfants se disent : « À l'école, ils vont leur parler d'un sujet que je n'aborde pas. Est-ce que cela ne va pas mettre en difficulté mon enfant, et ensuite me mettre en difficulté ? » Mais encore une fois, ce sont des sujets essentiels à aborder puisque chaque année des enfants sont victimes. Mais la prévention doit impérativement être accompagnées d’une formation des professionnels. Ils sont au contact des mineurs. Il est donc important qu’ils connaissent les signaux faibles permettant de détecter une situation, de savoir accueillir la parole d’une victime, d’un témoin, et de transformer ces informations en un signalement qui permettra de venir en aide rapidement à la victime. Les signaux faibles : « le mot, c'est rupture »
Cortex Média : Justement, quels sont ces signaux faibles ?
VB : Déjà, ce n'est pas à un instant T. Un signal qu'un enfant projette, c'est une façon d'alerter, de faire comprendre à l'autre qu'il se passe quelque chose: cela peut être des violences physiques, de la négligence, de la maltraitance, il n'y a pas que les violences sexuelles, c'est valable pour tout mal-être, toute violence psychologique. Il faut donc que l'adulte ait la capacité de décrypter ce signal : savoir ce que ce signal peut être, comment l'interpréter, et comment le mettre en perspective avec la globalité de ce qu'il sait de l'enfant.
Un exemple simple : un enfant qui entre en maternelle, qui était propre jusque-là, et qui a un accident, voire deux dans la semaine. Cela ne veut pas dire qu'il souffre d'énurésie ou d’encoprésie, et cela ne veut pas dire que cet état résulte de violences, notamment sexuelles, que l’enfant subit. Néanmoins, si cela est perdure dans le temps, si l’enfant devient par exemple apathique alors qu’il était très dynamique, s’il s’isole alors qu’auparavant le contact aux autres ne le dérangeait pas, il faut se poser des questions sur cette manifestation d’un mal-être.
Cortex Média : Ces faisceaux changent selon les âges : un ado ne va pas faire d'énurésie ?
VB : Exactement, j'allais y venir. Un : il faut plusieurs signaux. Deux : ces signaux sont souvent consécutifs sur une même temporalité, l'enfant ne va pas présenter tous les signaux. Ils vont être consécutifs, voire évolutifs en fonction de l'âge de l'enfant.
Et surtout, vous allez peut-être être alerté par un signal, mais ne pas faire le rapprochement avec le suivant, parce que vous n'êtes pas la personne qui aura l'enfant sur plusieurs mois ou plusieurs années. C'est pour cela que le suivi de l'enfant est extrêmement important.
Cortex Média : Le décrochage scolaire est-il un indicateur fort ?
Véronique Béchu — S'il y a une synthèse à faire de l'ensemble des signaux faibles, ce qu'il faut vraiment retenir c'est le mot : rupture. Rupture dans le soma : si, d'un seul coup, il y a des troubles du sommeil, des troubles de l'alimentation, des troubles gastro-intestinaux, des troubles du contrôle sphinctérien, des troubles du langage, des troubles psychomoteurs. Tout cela, ce sont des indices parce que vous connaissez l'enfant, que vous savez comment il était avant, quel était son comportement, et comment il est devenu d'un coup. C'est une rupture. C'est pareil pour les troubles marqués par l'inhibition : un enfant jusqu'à présent joyeux qui devient triste ; un enfant qui était hypermoteur, dynamique, et qui s'isole et commence à s'ennuyer ; un enfant qui était extrêmement investi sur le plan scolaire et cognitif et qui décroche complètement. Ou l'inverse, car cela peut être l'inverse : un enfant jusqu'alors moyen qui va se jeter à corps perdu dans les devoirs, passer son temps au CDI, parce qu'en fait il n'a pas envie d'être avec les autres. Un enfant qui a peur de se déshabiller, par exemple, c'est quelque chose qu'on peut noter : chez les professionnels, s'il a peur d'exposer son corps, cela peut être un signal. Tout cela est à noter, et à réfléchir.
Cortex Média : Et pour les adolescents ?
VB : Pour les ados, ce sont souvent des mises en danger.
Cortex Média : C'est assez genré ? Chez les garçons, plutôt l'alcool, la drogue ?
VB : Voilà, tout ce qui est comportement addictif. Vous avez aussi tout ce qui est comportement auto-agressif. Les bagarres, tout cela, ce sont plutôt les garçons. Chez les filles, il y aura peut-être une tendance aux troubles alimentaires, les automutilations Et puis tout ce qui est hypersexualisation. Un trouble du comportement sexuel peut être un indicateur. Des jeunes filles qui subissent ou ont subi des violences sexuelles dans l'enfance peuvent enchaîner les petits copains, enchaîner les relations, se mettre en danger sciemment par une activité sexuelle à risques (pour leur santé notamment).
Les enseignants, « des vigies »
Cortex Média : Pour les enseignants qui voudraient se former, et pour les parents qui voudraient s'informer, qu'est-ce qui existe ?
VB : Vous avez des associations qui font des actions de sensibilisation, de formation et de prévention dans ce domaine. Hier après-midi encore, j'ai passé trois heures avec les enseignants d'un groupe scolaire parisien.
Cortex Média : Comment travaillez vous avec les enseignants ?
VB : En général, je commence par un état des lieux, parce qu'il est toujours compliqué de démêler le vrai du faux et d'avoir quelque chose de clair sur ce que subissent les enfants aujourd'hui. Je leur explique ce que sont les violences sexuelles, dans quel environnement elles ont lieu. Il faut vraiment comprendre que presque huit cas sur dix sont commis dans le cercle de confiance de l'enfant : l'enfant connaît son agresseur. C'est évidemment le premier cercle, la famille, puis les amis proches, et ensuite les personnes ayant autorité sur l'enfant. Cela les concerne donc au premier chef, puisqu'il peut s'agir de personnels de l'Éducation nationale. La chose que j'essaie vraiment de leur faire comprendre, c'est qu'ils sont des vigies. En dehors de la famille, ce sont les professionnels le plus en contact quotidien avec les enfants.On peut également y inclure les autres lieux de regroupement de mineurs : les clubs de sport, d’activités artistiques, d’activités spirituelles. C'est évidemment une charge supplémentaire pour ces professionnels, mais cela fait aussi partie de leurs missions. On ne leur demande pas de gérer l’ensemble de la problématique, mais de repérer au besoin, puis de faire parvenir l’information à qui de droit pour que l’enfant soit pris en charge..
Cortex Média : Ils ont un devoir de protection ?
VB : Un devoir de protection et de bien-être de l'élève. Alors je leur dis : si vous êtes dans cette dynamique-là et que vous vous dites « mon élève ne va pas bien », essayez de savoir au-delà de « ça se passe mal en classe, il ne fait pas ses devoirs, il se met au fond de la salle et ne travaille pas ». C’est aussi peut-être le symptôme de quelque chose d'autre, et pas juste qu'il n'a pas envie de travailler. Peut-être qu'il n'a pas envie de travailler pour d'autres raisons que le simple portrait caricatural de l'ado qui n'a pas envie.
Cortex Média : Est-ce qu'il faut qu'un changement de mentalité s'opère aussi dans le corps enseignant, à votre avis ?
VB : Je pense que beaucoup sont demandeurs de ce type de formation. Parce qu'ils sont de plus en plus confrontés à des situations de crise : soit ils ont découvert des violences, soit l'enfant leur a révélé quelque chose, soit c'est un enfant de leur classe qui en aura parlé par ailleurs, soit il y a une procédure judiciaire enclenchée et qu’ils en ont connaissance. Ils sont de toute façon mêlés à ce qui se passe.
Cortex Média : Comment faut-il parler à ces enseignants ?
VB : Ils ont majoritairement besoin de repères fiables et solides, pour ne pas ou ne plus être en difficulté. En règle générale, quand on leur expose les choses, quand on leur explique, ils participent. Au départ ils sont plutôt sur leurs gardes, mais au final ils participent beaucoup. Ils ont toujours beaucoup de questions, et ce sont des questions très pertinentes, des questions qui portent sur leur (s) expérience(s)et surtout sur leur méconnaissance. Parce que quand ils sont confrontés à des situations et qu'ils ne savent pas réagir, en voulant tenter de faire quelque chose, ce n'est pas forcément la bonne méthode, et ils font pire que mieux tout en voulant bien faire. C'est très compliqué pour eux. Le but, c'est de leur expliquer qu'avec une formation, on ne va pas leur dire « vous avez tel symptôme, cela veut dire ceci, il faut faire cela ». C'est illusoire. Je leur explique en gros le schéma dans lequel ils vont se placer, quel sera leur rôle, comment être le maillon de la chaîne du continuum d’acteurs au bénéfice de la protection de l’enfant, comment repérer en analysant correctement les signaux faibles, tout en s'appuyant s'il le faut sur d'autres personnes. Parce que dans ces cas-là, ils se sentent souvent très seuls. Parfois, ce sera l'enfant qui décidera d'aller vers l'adulte pour lui parler. L'adulte se doit alors de jouer son rôle d'adulte de confiance, de personne de confiance, et de prendre correctement en compte ce qu'il lui dit, de manière à ce que les éléments transmis dans le signalement soient les plus fidèles possible. Car c'est de ces éléments, ceux du premier signalement, quand on est primo-intervenant, que découle l'enquête qui sera menée ensuite.
Cortex Média : La première personne qui recueille la parole a une importance clé pour la suite ?
VB : Tout à fait. Il faut savoir dans quelles circonstances, comment organiser un environnement sécurisant pour que l'enfant puisse parler, comment le laisser parler, ne pas poser de questions ou si des questions sont impératives, savoir les formuler correctement sans en suggérer les réponses. Et ensuite : à qui signaler.
Cortex Média : Justement, à qui signaler ?
VB : Cela dépend de ce que la personne qui a repéré a constaté, et s'il y a eu ou non des révélations par un enfant. On procède par niveau de gravité, de danger et d'urgence.
Premier niveau : il n'y a pas de fait constaté, aucun enfant n'a parlé, mais il y a des suspicions, ou en tout cas des signaux qui ne sont pas normaux, émis par l'enfant, et l'enseignant se pose des questions, est préoccupé. On fait alors une information préoccupante, auprès de la cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) de l'aide sociale à l'enfance. Ce sont eux qui gèrent ensuite.
Deuxième niveau : un enfant a parlé, ou le professionnel a constaté des choses très concrètes, par exemple des hématomes. Là, on ne fait pas uniquement un signalement à la CRIP : on fait un article 40 auprès du procureur de la République, et on envoie copie de ce signalement à la CRIP de son département.
Troisième niveau : l'enfant révèle des choses et dit, par exemple : « C'est mon papa, il vient me chercher tout à l'heure à la sortie de l'école. » Là, vous faites le 17. C'est une notion d'urgence extrême.
Voilà les trois niveaux. La rédaction du signalement et les éléments que vous allez y mettre seront les mêmes dans les trois cas. Évidemment, quand vous faites le 17, vous le faites à l'oral. Mais à l'écrit, que ce soit pour la CRIP ou pour le procureur de la République, ce sont les mêmes informations à faire figurer.
Cortex Média : Et un enseignant peut-il signaler seul ?
VB : Quand vous êtes enseignant, vous n'êtes pas soumis à votre hiérarchie. Un signalement, c'est intuitu personae. Vous pouvez le dire à votre direction, mais vous n'avez pas besoin d'autorisation. Il y a un moment où il faut arrêter. C'est vous, en tant que citoyen : je suis enseignant, un enfant vient me signaler des choses, ou j'estime que cet enfant ne se comporte pas comme il le devrait à son âge, je fais un signalement.
En revanche, et c’est normal dans un schéma de fonctionnement institutionnel, il faut informer les personnes dont on dépend. Au sein de l’Education nationale, vous avez les RIMS qui sont les formulaires de recueil d’incident en milieu scolaire. , C’est un canal d’information interne qui ne préjuge pas d’un signalement aux autorités
Cortex Média : Parfois des enseignants sont confrontés à une hiérarchie qui refuse de signaler.
VB : Il y a beaucoup de situations où des enseignants veulent absolument qu'il y ait un signalement et où leur direction dit : « Non, non, on ne va pas signaler ça. » C'est malheureux, mais il y a encore cette problématique du « qu'est-ce qu'on va penser ? qu'est-ce qu'on va dire ? », et notamment : est-ce que cela ne va pas entacher la qualité des relations entre professeurs, avec les parents, la réputation de l'école ? Il faut penser différemment. Il faut se dire : nous, on est une école qui fait des signalements, parce qu'on est là pour protéger les enfants. Il faut vraiment changer de paradigme. Et il faut l'expliquer comme tel : oui, on a fait un signalement, c'était une nécessité, il était impérieux que cet enfant soit protégé. Peut-être qu'il ne se passe rien. Peut-être que ce ne sont pas des violences sexuelles, peut-être que l'enfant vit mal une situation à la maison, un conflit, une séparation. Mais si un enseignant a repéré quelque chose, c'est que l'enfant est en mal-être. Et encore une fois, la première chose à avoir à l’esprit, c'est le bien-être de l'enfant. Cela peut soulever une tout autre situation, qui n'aurait jamais été connue, un mal-être que l'enfant n'aurait peut-être jamais pu exprimer autrement que par ces signaux faibles. Maintenant elle est connue, et peut-être qu'elle peut être traitée d'une manière ou d'une autre., Je rappelle régulièrement aux enseignants qu'on ne pourra jamais leur tenir rigueur d'avoir signalé quelque chose qui, au final, fait pschitt, ou n'est pas aussi grave qu'ils avaient pu l'imaginer. L'inverse, en revanche, est vrai : s'ils sont au courant d'une situation de violence, notamment de violence sexuelle sur un mineur, et qu'ils ne font pas de signalement, cela peut leur être reproché.
Cortex Média : C'est vraiment important à dire aux enseignants.
VB : Qu'ils n'aient pas peur de faire des signalements. C'est important. Mais comme les voisins, comme tout le monde : que personne ne craigne de signaler. C'était la dynamique de la campagne du ministère de la Santé il y a deux ou trois ans, où l'on voyait cette petite fille, où l'on entendait des coups, et où personne ne signalait. Il ne faut pas avoir peur de le faire. C'est normal de signaler. Vous avez des numéros dédiés. Quand vous appartenez à une institution, vous avez des canaux spécifiques : la CRIP, le procureur. Mais quand vous êtes un particulier, vous passez par le 119, le numéro dédié aux violences physiques. Et pour les violences numériques — si vous savez qu'un enfant subit de la corruption, de l’extorsion sexuelle, du cyberharcèlement ou toutes autres violences en ligne, faites le 3018.
Cortex Média : Peut-on protéger nos enfants ? J'entends souvent dire : « De toute façon, on ne peut pas protéger nos enfants, c'est impossible. »
VB : Le risque zéro n'existera jamais, c'est une certitude, d'autant plus maintenant avec le numérique, puisqu'il y a de la prédation en ligne et que c'est encore plus facile d’avoir un accès aux mineurs qui sont actuellement hyperconnectés sans mise en place de paramètres de sécurité. Mais « on ne peut pas protéger nos enfants, on ne peut pas être derrière eux en permanence », c'est surtout un discours. La protection ne s’opère pas par la surveillance de chaque instant mais par l’éducation grâce à la sensibilisation et la prévention. Et cela dès le plus jeune âge, avec un discours et des informations adaptés à l'âge.
Liens utiles
E-Enfance : Association de protection des enfants sur internet
CIIVISE : Commission Indépendante sur l'Inceste et les Violences Sexuelles faites aux enfants



