L'agression récente d'une enseignante par un élève en situation de handicap ravive les débats sur les limites de l'école inclusive, les syndicats dénonçant des moyens humains et médico-sociaux insuffisants pour accompagner certains élèves aux besoins complexes.
Le 11 septembre, un élève de 8 ans d'une école primaire d'Évry-Courcouronnes (Essonne) a menacé puis frappé son enseignante, qui a porté plainte et bénéficié d'une interruption temporaire de travail.
Atteint d'un "handicap très lourd", l'enfant était en attente d'une place dans un institut thérapeutique, éducatif et pédagogique (ITEP), a précisé jeudi le ministre de l'Education Edouard Geffray, assurant qu'une solution d'accueil devait être trouvée "dans les heures ou jours qui viennent".
"Ce type de phénomène, ce n'est malheureusement pas une nouveauté", déplore auprès de l'AFP Aurélie Gagnier, secrétaire générale du Snuipp-FSU, premier syndicat du premier degré. "Ça pose la question à nouveau des moyens de l'école inclusive, de comment on accueille tout le monde sans mettre en souffrance les autres élèves et les personnels", souligne-t-elle.
Depuis la mise en œuvre de la loi de 2005 en faveur de l'école inclusive, le nombre d'élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire a plus que triplé, passant d'environ 155.000 en 2006 à plus de 500.000 aujourd'hui.
L'Etat a consacré en 2026 4,7 milliards d'euros à cette politique, dont 3,2 milliards pour les accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH), qui sont désormais le deuxième métier de l'Education nationale avec près de 140.000 personnels qui interviennent auprès d'environ 300.000 à 320.000 élèves.
Le ministre s'est félicité jeudi d'une amélioration du recrutement, avec un taux de couverture des postes d'AESH atteignant près de 90 % à cette rentrée contre 86% l'an dernier.
"Ce n'est pas uniquement une histoire de manque d'AESH", estime Elisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du SE-Unsa. Infirmières, médecins, assistantes sociales, psychologues... "C'est vraiment une pluralité de personnels qui manque cruellement sur les écoles. Quand ça relève d'un accompagnement médico-social, ce n'est pas de la compétence d'un AESH", estime la responsable syndicale.
"Pas outillés"
Un constat partagé par Aurélie Gagnier, qui déplore également le manque de formation des personnels. "Si on n'est pas enseignant spécialisé, on n'a pas de formation", relève la responsable syndicale. "Il faut que tous les enseignants soient formés, parce qu'on est très loin du compte aujourd'hui."
"Il existe des profils d'élèves pour lesquels les accompagnements pédagogiques ne sont pas suffisants", assure de son côté Jean-Marc Marx, secrétaire national de la CFDT Éducation. Certains enfants nécessitent, selon lui, "un suivi thérapeutique ou éducatif qu'à l'école, on n'est pas en mesure d'apporter".
Une réalité que constate au quotidien Benoît, enseignant en maternelle dans la Sarthe ne souhaitant pas donner son patronyme. Favorable au principe de l'inclusion, il accueille notamment une élève autiste dans sa classe mais estime que l'école ne peut se substituer aux structures spécialisées.
"Avant, dans les IME (instituts médico-éducatifs), il y avait des orthophonistes, des psychologues, tout un tas de personnels. Aujourd'hui, les enfants vont à l'école, mais ils sont sans doute moins suivis", observe-t-il.
Selon les chiffres avancés par Edouard Geffray, l'an dernier près de 20.000 enfants en attente d'une place dans le secteur médico-social, qu'il s'agisse d'IME ou d'ITEP, "étaient pris en charge soit dans des classes ULIS (unités localisées pour l'inclusion scolaire, ndlr) spécialisées, soit en classe ordinaire."
"On n'est pas allé au bout du système", juge l'enseignant Benoît. "Il ne faudrait surtout pas que l'inclusion scolaire cache un retrait de la prise en charge spécialisée. Il faut les deux."
S'il souligne le rôle essentiel de l'école dans la socialisation des enfants handicapés, il décrit aussi des équipes souvent "démunies" face à certains troubles. "On n'est pas outillés. Tous les ans, on a des enfants avec des troubles différents. On ne peut pas faire ce qui se faisait en établissement spécialisé."
Une situation dont le ministre reconnaît lui-même la complexité. "Il faut trouver le juste chemin entre ce qui relève d'une prise en charge spécialisée et ce qui relève de l'école", a déclaré Edouard Geffray, reconnaissant une situation "collectivement très difficile".



