Députée du Nord et ancienne ministre chargée du Handicap, Charlotte Parmentier-Lecocq est doublement concernée par les insultes proférées par le youtubeur Teddyboy RSA. Pour celle qui a été à l’origine du renforcement de l’arsenal législatif contre la haine en ligne envers les personnes en situation de handicap, l’affaire est particulièrement grave.
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Est-ce que, pour vous, Éléonore Laloux est insultée en raison de son handicap ou parce qu’elle est une élue de la République ?
En fait, clairement, elle est insultée au regard de son handicap. Mais le fait qu’elle soit élue de la République, comme beaucoup d’élus, attire aussi la haine, les propos violents, agressifs sur les réseaux sociaux. Ça la rend aussi beaucoup plus médiatique. C’est quelqu’un qui est visible, donc je pense que c’est la haine envers les personnes en situation de handicap qui est décuplée par le statut d’Éléonore en tant qu’élue.
Quelle est votre réaction lorsque vous découvrez les images ?
Les propos qui sont tenus sont extrêmement graves, c’est un délit. Et il y a des circonstances aggravantes. Être injurieux comme ça envers une personne élue, envers une élue de la République, est une circonstance aggravante. Je tiens à rappeler que la haine en ligne est tout à fait condamnable pour n’importe quelle personne, bien évidemment. N’importe quel citoyen. Mais elle est d’autant plus inadmissible et écœurante lorsqu’elle est orientée vers une personne en situation de handicap.
Mais au-delà de ça, le fait qu’Éléonore soit une élue de la République, c’est une insulte pour l’ensemble des citoyens français, et en particulier pour les Arrageois, qui ne manquent pas d’être insultés — les Arrageois, et les Nordistes, au passage. Donc ce sont vraiment des propos injurieux envers une personne, mais aussi envers les citoyens.
Que répondez-vous à ceux qui parlent de liberté d’expression ?
Non, parce qu’injurier les gens ne relève pas de la liberté d’expression. Ça relève d’une agression, en fait. Et juridiquement, ça constitue un délit. Propager la haine est un délit. Prononcer une injure publique envers une élue de la République est un délit.
Je ne suis pas une experte, mais je pense qu’il y a plusieurs délits, ne serait-ce que dans les phrases que vous relevez dans votre article. Puisque plusieurs personnes sont visées : Éléonore en tant que telle, Éléonore en tant que personne en situation de handicap. Donc les personnes en situation de handicap et les personnes porteuses de trisomie 21 sont attaquées. C’est aussi une insulte envers les gens du Nord.
Il n’y a pas de liberté d’expression qui consiste à avoir le droit d’injurier les gens publiquement. Ça n’existe pas du tout dans la liberté d’expression. Tout ce qui est insultant, humiliant, dégradant ne relève pas de la liberté d’expression. Donc on ne peut pas se prévaloir de tout dire. Et je pense que cette personne a besoin d’une leçon de civisme et de droit, pour bien faire la différence. Et donc je pense que ça doit passer par un dépôt de plainte et un passage devant le tribunal.
Est-ce qu’aujourd’hui vous diriez que l’on a tous les moyens pour agir ? Les procédures de dépôt de plainte peuvent être longues…
Non, pas toujours. Les parcours ne sont pas toujours si longs que ça, et ce n’est pas forcément si compliqué que ça. Et en plus, en tant qu’élue, à partir du moment où elle dépose plainte, il y aura tout de suite une interpellation du procureur pour qu’il se détermine sur la nécessité ou non d’agir.
Je n’ai aucun doute que, vu le niveau de haine qui est porté dans ces quelques phrases, ça fera l’objet très vite d’un lancement de procédure. En fait, votre question est importante parce qu’il ne faut vraiment pas se dire qu’on est désarmés par rapport à ce genre de cas. On a tout l’arsenal juridique, il faut porter plainte. Nos forces de l’ordre sont de plus en plus formées également pour accompagner et entendre ce type de plainte. Ça fait aussi partie des travaux que j’ai pu conduire avec le ministre de l’Intérieur et le ministre de la Justice.
Ce qui s’est amorcé et qui continue d’être mené, c’est de permettre que des personnes en situation de handicap, et même des personnes qui pourraient avoir des difficultés à s’exprimer, puissent déposer plainte en tant que victimes qu’elles sont. Donc c’est important de dire qu’on a les outils aujourd’hui, les outils de justice pour pouvoir sanctionner assez fortement ce type de comportement. Et moi, je pense qu’il faut le faire. Je suis vraiment dans une démarche où il ne faut absolument rien laisser passer. Parce que laisser passer, ça tendrait à laisser dire que ce n’est pas si grave. C’est très grave, en réalité. Je pense que beaucoup de personnes doivent comprendre que tenir de tels propos peut entraîner des conséquences dramatiques.
Aujourd’hui, est-ce que vous observez une montée de la haine en ligne envers les personnes en situation de handicap ?
Alors, il y en a toujours eu. Moi, je n’ai pas de chiffres là-dessus, mais ce que j’ai pu entendre des associations, du CNCPH, c’est que certains publics sont particulièrement victimes de harcèlement en ligne, et notamment les personnes de petite taille, qui peuvent être prises en photo à leur insu, avec en plus des ricanements dans la rue, et dont les vidéos peuvent être diffusées sur les réseaux sociaux accompagnées de moqueries.
Heureusement, il n’y a quand même pas beaucoup de gens qui sont assez haineux pour faire ce genre de choses, mais il en existe. Et le plus grave, c’est que pour certains handicaps, comme pour ceux qui concernent les personnes de petite taille, beaucoup de gens ne se rendent même pas compte de la gravité, et il y a vraiment lieu, là aussi, d’être vigilant.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui est fait pour lutter contre cette haine en ligne, en dehors des plateformes, de Pharos ?
Alors, ce sont des politiques globales de sensibilisation. Et comme je vous le disais, il y a tout l’arsenal juridique. Moi, je l’ai complété avec un décret pour autoriser le président du CNCPH — vous l’avez expliqué, je crois, dans votre article — notamment à s’opposer aux manifestations et aux spectacles qui mettent en dérision des personnes en situation de handicap.
Il faudra continuer d’avancer et de compléter ça. Le CNCPH a un rôle très important dans ce domaine, parce qu’il peut aider les autorités à identifier les failles dans le dispositif et à identifier aussi les actions à conduire. Il y a un travail à faire aussi auprès des plateformes pour continuer d’exiger qu’elles retirent le plus vite possible les contenus illicites, et qu’on puisse toujours rendre plus fluides les dispositifs de signalement et leur traitement.
Est-ce qu’il y a un travail à faire pour valoriser aussi et permettre à plus de personnes comme Éléonore d’arriver à être élues sur des listes ?
Ah oui, bien sûr. D’ailleurs, à l’occasion des élections municipales, j’avais pu travailler en amont avec le CNCPH et avec le ministère de l’Intérieur pour valoriser la place des personnes en situation de handicap et la possibilité d’être intégrées dans des listes aux élections municipales.
J’ai souhaité aussi créer une boîte à outils dédiée aux élus municipaux et élus locaux autour de l’accessibilité. Plutôt dans l’idée de donner aux élus toutes les bonnes pratiques et les projets facilitateurs d’inclusion qui existent un peu partout en France, et faire en sorte qu’ils puissent les partager entre eux. Donc ça concourt au fait de toujours prendre de plus en plus en compte la place des personnes en situation de handicap dans notre société.
Maintenant, pour moi, on n’est clairement pas encore au rendez-vous. On a encore besoin d’aller beaucoup plus loin. Ça doit passer notamment par l’école, par le fait que, finalement, dans la société, les personnes en situation de handicap trouvent toujours leur place, et qu’on se donne les capacités de le faire.
Il y a beaucoup de travail qui continue, beaucoup à faire, notamment pour l’école inclusive. Dans l’emploi aussi, il y a un développement très fort de l’emploi des personnes en situation de handicap, y compris en milieu ordinaire. Donc c’est toute cette dynamique qu’il faut continuer de soutenir et d’amplifier. Pour que, quel que soit son handicap, quelles que soient les caractéristiques que peut avoir chaque citoyen, eh bien, on ait toute notre place. Et moi, je crois que continuer à œuvrer pour une société inclusive, c’est aussi continuer à œuvrer pour une société bienveillante, qui prend en compte chaque citoyen, quelle que soit sa situation, son état de santé, son origine ou ses croyances.
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