Vie quotidienne
Vivre-ensemble

CNH : les grandes annonces tiennent-elles leurs promesses ?

Publié le
03.09.2026

Tous les trois ans, la Conférence nationale du handicap promet des réformes majeures : fauteuils roulants sans reste à charge, 50 000 solutions médico-sociales, déconjugalisation de l’AAH… Mais que reste-t-il de ces engagements une fois les projecteurs éteints ? Entre bilans chiffrés de l’Élysée, méthode renforcée revendiquée par la ministre et critiques sur l’absence de caps clairs et de suivi interministériel, enquête sur l’efficacité réelle des CNH.

La revalorisation de 25 % de l’Allocation aux adultes handicapés (AAH) en 2008 sous le mandat Sarkozy. La création du statut d’AESH en 2014 puis, en 2016, du dispositif « Zéro sans solution » sous l’égide de François Hollande. Le remboursement des fauteuils roulants sans reste à charge en 2023 porté par Emmanuel Macron.

Les Conférences nationales du handicap sont toujours très attendues puisque c’est l’occasion pour le président de la République de faire des annonces parfois tonitruantes. Mais sont-elles toujours suivies d’effet ou la CNH n’est-elle qu’une simple opération de communication ?

Repoussée en raison de la canicule, la grand-messe politique du handicap fait sa rentrée le 4 septembre 2026 au Prisme de Bobigny (93), un lieu symbolique. Ce vaste complexe sportif, conçu autour de l’accessibilité et héritage de Paris 2024, permet à des personnes handicapées et valides de pratiquer ensemble de nombreuses disciplines.

L’édition 2026, septième du nom, doit marquer une nouvelle étape autour du thème : « Passer d’une société inclusive à une société pleinement accessible ». Quinze engagements et 65 mesures sont dévoilés le jour J, engageant, selon la ministre en charge du Handicap, Camille Galliard-Minier, la puissance publique dans les trois ans à venir.

Des résultats concrets ?

Pour défendre l’utilité de la CNH, l’Élysée met en avant plusieurs résultats concrets obtenus depuis 2017. Huit mois après l’entrée en vigueur de la réforme des fauteuils en décembre 2025, 280 000 personnes en ont bénéficié, pour un montant de 70 millions d’euros.

Le gouvernement mentionne également une avancée historique, la déconjugalisation de l’Allocation aux adultes handicapés — annoncée un peu avant ! — ainsi que la création annoncée de 50 000 solutions médico-sociales d’ici à 2030.

Jérémie Boroy, président du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH), reconnaît que l’impulsion de 2023 a été réelle.

« Objectivement, même quand on compare avec celle de 2020, cette CNH a vraiment de la gueule », estime-t-il.

Même si tout n’est pas achevé, le bilan des 70 mesures est présenté dans un document « très transparent », avec ce qui a été réalisé, engagé ou laissé en suspens.

Il cite la désinstitutionnalisation, un changement de discours sur l’école et une prise de parole présidentielle plus forte sur l’accessibilité, ce vieux serpent de mer qui file entre les doigts de nos dirigeants CNH après CNH.

« Cela n’a pas forcément changé grand-chose, nuance-t-il, mais cela a peut-être contribué à relégitimer le caractère contraignant » de la politique publique dans ce domaine.

Une vision à trois ans… et plus !

Pour autant, la CNH n’est pas conçue comme une simple succession de mesures, selon l’Élysée, mais davantage comme un « grand rendez-vous de mobilisation collective », auquel « le président de la République tient particulièrement ».

Pour Arnaud de Broca, président du Collectif handicaps, qui réunit une cinquantaine d’associations, c’est précisément là que réside l’intérêt d’un tel événement : permettre au président de la République d’exprimer « une vision politique » de l’évolution des droits des personnes handicapées.

« Les mesures, c’est très bien parce qu’elles vont améliorer la vie des personnes », explique-t-il, mais l’essentiel est de « se mettre d’accord sur la situation à telle date » et de disposer d’une vision à trois ans et plus. Car une politique ne se juge pas seulement au lendemain de la conférence mais à long terme.

Parfois même 21 ans plus tard. Le gouvernement vient tout juste d’achever la mise en œuvre de l’ensemble des articles de la loi de… 2005 !

Les deux derniers décrets doivent entrer en vigueur cet automne : l’un sur l’accessibilité des bâtiments à usage professionnel, l’autre sur la généralisation des équipements dédiés aux personnes sourdes et malentendantes dans les lieux publics.

Pour Jérémie Boroy, cet exemple illustre la nécessité d’un suivi accru dans la durée.

Pour assurer la mise en œuvre des mesures de la CNH 2026 et suivre les feuilles de route de chaque ministère, le cabinet de la ministre Galliard-Minier annonce l’installation, fin septembre 2026, d’un comité qui se réunira tous les deux mois.

Il rendra compte à un futur Comité interministériel du handicap (CIH), qui pourrait se réunir au second semestre 2027, en tenant compte du calendrier électoral.

Reste une question très concrète : avec quels moyens ?

« On nous présente parfois des moyens financiers comme nouveaux alors qu’ils étaient déjà engagés auparavant », observe Arnaud de Broca, pour qui les arbitrages financiers et politiques échappent en partie aux organisations associatives. Il s’interroge donc sur ce qui sera effectivement mobilisé.

Co-construction : pas la même réalité !

C’est sur la méthode de préparation de la CNH que le fossé se creuse le plus nettement.

L’Élysée affirme qu’elle a été menée depuis plus de huit mois avec les associations de personnes handicapées, faisant valoir que « la meilleure des réponses, c’est celle qu’on construit avec elles ». Le cabinet de la ministre évoque des réunions régulières, un comité de pilotage et plusieurs groupes de travail.

Arnaud de Broca reconnaît que « c’est l’une des CNH où nous sommes allés le plus loin dans les échanges avec les représentants de l’État », et notamment avec la ministre Camille Galliard-Minier et son cabinet, « très à l’écoute ».

Mais il tient à nuancer : « Réunion ne veut pas dire co-construction. Appelons cela plutôt consultation. »

Les associations ont pu présenter leurs propositions, certaines ayant été retenues. Mais toutes les annonces ne sont pas celles qu’elles ont portées et, selon lui, « il y aura des déceptions ».

Jérémie Boroy refuse à son tour de parler de co-construction, faisant valoir qu’à deux jours de la conférence, le CNCPH ne sait pas encore précisément ce qui serait retenu et annoncé par le président de la République.

Pour autant, le procès de la CNH n’aura pas lieu. S’ils admettent qu’il ne faut pas s’attendre à un bouleversement, ni Jérémie Boroy ni Arnaud de Broca ne considèrent qu’elle ne sert à rien, même si les « associations se sont posé la question, notamment en fin de ce quinquennat », explique ce dernier.

Pour lui, ce rendez-vous, voulu par les auteurs de la loi de 2005, permet de faire le point, de se projeter à plus long terme et de rendre visible une vision politique.

« Il existe très peu de politiques publiques dans lesquelles on trouve un rendez-vous de ce type », ajoute M. de Broca.

Sortir de l’entre-soi

La CNH pourrait même avoir une valeur sociétale.

Jérémie Boroy souhaite qu’elle s’adresse davantage à l’ensemble de la société civile : syndicats, employeurs, organisations de jeunesse, parents d’élèves et étudiants.

L’intérêt grandissant des médias et, pour la première fois en 2026, la retransmission dans les préfectures, qui devraient rassembler 5 000 participants en région, peuvent contribuer à mettre le handicap dans la lumière et à le sortir d’un certain entre-soi.

« Même si ce sont souvent les mêmes qui interviennent, dont moi », consent Arnaud de Broca avec une pointe d’ironie.

Pour le président du Collectif handicaps, cette édition 2026 peut aussi avoir un rôle pédagogique, notamment à l’approche des élections : rappeler aux candidats que le handicap doit pleinement trouver sa place dans le débat public.

Il attend donc, d’une part, des mesures très concrètes que le gouvernement puisse mettre en œuvre dans un délai de six à huit mois ; d’autre part, une vision à plus long terme, qui pourra être discutée et complétée ensuite, notamment avec les associations et un nouveau président.

Car c’est peut-être là que se mesure la réussite d’une CNH : non pas au nombre d’annonces le jour J, mais à leur capacité à survivre aux projecteurs, aux changements de gouvernement et au temps.

Emmanuelle Dal'Secco
7 min

Sommaire

Partager l'article

Autres articles

Publié le
4.9.26
Macron trace une feuille de route pour le handicap, les associations déçues
Emmanuel Macron dévoile 65 mesures pour renforcer l’accessibilité et l’emploi des personnes handicapées d’ici 2030. Les associations restent sceptiques.
Publié le
2.9.26
Jérémie Boroy : « La CNH peut avoir de la gueule, à condition de poser des jalons pour tenir les engagements »
À l’approche de la CNH 2026, Jérémie Boroy salue les avancées mais alerte sur le manque de suivi, de co-construction et d’engagement interministériel.
Publié le
4.9.26
Adolescents : quand les normes deviennent source de violence
Pourquoi certains adolescents sont-ils davantage exposés aux violences ? Margaux Déage, sociologue, décrypte le poids du genre, de l’orientation sexuelle et des rapports de domination.