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Troubles du neuro développement

Claude Halmos, une voix familière qui a trop longtemps donné à la psychanalyse les apparences de la science

Publié le
17.07.2026

La psychanalyste Claude Halmos est décédée le 9 juillet 2026, à l’âge de 80 ans. Pendant plus de trente ans, elle a rendu les questions psychologiques accessibles au grand public et défendu la parole des enfants. Mais sa disparition ne doit pas conduire à effacer l’autre versant de son héritage : celui d’une parole médiatique qui a souvent présenté les interprétations psychanalytiques comme des connaissances établies, au risque d’entretenir la confusion autour de l’autisme, du TDAH, de la dyslexie et des troubles psychiques.

Claude Halmos, une voix familière de la psychologie

Formée auprès de Jacques Lacan et de Françoise Dolto, Claude Halmos est entrée dans les foyers français à partir des années 1990. Chroniqueuse dans La Grande Famille sur Canal+, collaboratrice de Psychologies Magazine et du Monde, elle est également devenue, à partir de 2002, une voix régulière de France Info.

Elle répondait aux inquiétudes des parents, aux souffrances des enfants et aux interrogations intimes des auditeurs.

Ses nombreux ouvrages, parmi lesquels Parler, c’est vivre, Pourquoi l’amour ne suffit pas, Grandir ou Savoir être, ont prolongé cette présence dans les bibliothèques du grand public.

Claude Halmos aura eu le mérite de rappeler qu’un enfant n’est pas un objet que l’on éduque mécaniquement. Elle a défendu l’importance des mots, dénoncé les violences éducatives et insisté sur les conséquences psychologiques de la précarité, du chômage ou de l’exclusion.

Dans un paysage médiatique souvent pressé de distribuer des conseils simplistes, elle invitait à écouter les histoires individuelles et à prendre les souffrances au sérieux.

Une psychanalyse rarement soumise au doute

Cette écoute s’accompagnait toutefois d’un cadre théorique qu’elle soumettait rarement au doute : celui de la psychanalyse lacanienne et doltoïenne.

Alors que les connaissances scientifiques progressaient, Claude Halmos a continué à présenter ce cadre comme un outil capable d’accéder aux causes profondes des difficultés humaines. Les hypothèses psychanalytiques étaient ainsi fréquemment exposées sans que leurs limites scientifiques soient clairement rappelées.

Dans une tribune publiée dans Le Monde en 2010, elle s’opposait à « une certaine psychiatrie venue des Amériques ». Les diagnostics de TDAH, d’autisme ou de troubles dys n’étaient, selon elle, qu’une manière de catégoriser les enfants.

Ces propos ont contribué à entretenir la méconnaissance de troubles aujourd’hui reconnus comme des troubles du neurodéveloppement. Ceux-ci nécessitent une évaluation clinique structurée et, selon les situations, des interventions éducatives, psychologiques, rééducatives ou médicamenteuses.

La Haute Autorité de santé souligne par ailleurs qu’un retard de diagnostic peut aggraver les conséquences scolaires, sociales et psychologiques de ces troubles. Des retards auxquels le discours de certains psychanalystes, dont Claude Halmos, a pu contribuer.

Dyslexie : une déclaration controversée en 2010

En 2010, Claude Halmos a suscité une polémique révélatrice de son manque de remise en question face aux avancées scientifiques.

Alors que la communauté scientifique internationale reconnaissait déjà la dyslexie comme un trouble spécifique des apprentissages nécessitant notamment une prise en charge orthophonique adaptée, Claude Halmos déclarait dans Psychologies Magazine, sans présenter d’élément scientifique à l’appui :

« Est-ce que la dyslexie existe vraiment ? Autrefois, lorsque je travaillais à l’hôpital, il était absolument rarissime que l’on parle de dyslexie. C’est une épidémie qui a émergé au fur et à mesure que l’Éducation nationale a échoué à apprendre à lire aux enfants… »

Cette déclaration ne constituait pas une simple interrogation théorique. Prononcée par une professionnelle bénéficiant d’une forte visibilité médiatique, elle risquait de remettre en cause la réalité des difficultés vécues par les enfants dyslexiques et leurs familles.

Elle pouvait également renforcer l’idée que la dyslexie serait essentiellement la conséquence d’un échec de l’enseignement, plutôt qu’un trouble nécessitant une identification et des aménagements adaptés.

Dès 2012, la Haute Autorité de santé constatait l’absence de données permettant de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques dans l’accompagnement de l’autisme.

Cette mise au point aurait dû conduire les grandes voix médiatiques de la psychanalyse à davantage de prudence. Claude Halmos n’a pourtant jamais véritablement opéré de rupture publique avec l’univers théorique dont elle était issue.

Pendant des décennies, les antennes nationales ont confié à des psychanalystes le soin d’expliquer les comportements, l’éducation, les troubles psychiques et le développement des enfants.

Le prestige de la radio publique, de la télévision et de la presse a donné à leurs hypothèses la force de vérités médicales. Des concepts impossibles à vérifier devenaient des explications. Des interprétations devenaient des causes.

Le désaccord avec la psychanalyse pouvait alors être présenté comme un refus d’entendre la souffrance ou comme une soumission à la médecine et aux traitements médicamenteux.

Une figure influente de la domination culturelle de la psychanalyse

Claude Halmos ne peut évidemment pas porter seule la responsabilité de cette domination culturelle. Elle en fut cependant l’une des incarnations les plus influentes et les plus rassurantes.

Son ton posé, son talent pédagogique et sa capacité à parler simplement ont précisément rendu ce discours puissant.

La désinformation ne prend pas toujours la forme d’une affirmation spectaculaire. Elle peut aussi naître d’une parole douce qui efface les incertitudes, ne distingue pas suffisamment l’hypothèse de la connaissance et continue d’attribuer à l’inconscient ce que les neurosciences, la génétique, la psychologie cognitive ou la médecine permettent progressivement de mieux comprendre.

Claude Halmos : un héritage à regarder dans sa totalité

Rendre hommage à Claude Halmos impose donc de tenir ensemble deux réalités.

Elle a aidé des personnes à mettre des mots sur leurs souffrances et a contribué à faire reconnaître l’enfant comme un sujet digne d’être écouté. Mais elle a aussi participé au maintien, dans l’espace public, d’une psychanalyse trop sûre d’elle-même, réticente aux diagnostics et insuffisamment confrontée aux preuves scientifiques.

La disparition de Claude Halmos ne commande ni l’oubli ni l’indulgence intellectuelle. Elle invite à regarder son héritage dans sa totalité : celui de paroles qui ont parfois libéré, mais aussi celui d’affirmations qui, sous l’autorité du savoir, ont trop longtemps contribué à désinformer.

Benjamin Laurent
5min

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