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Troubles du neuro développement

Les syndicats et l’école inclusive : mais pourquoi sont-ils si méchants ?

Publié le
06.07.2026

Le 16 juin c’est par une dépêche AFP que l’on découvrait les résultats d’une étude du syndicat SE-UNSA : "Dans les écoles où plus de 20% des élèves ont des besoins particuliers, 47% des directeurs seulement décrivent un climat scolaire excellent/bon contre 68% lorsque le taux" de ces élèves "est égal ou inférieur à 5%", résume dans un communiqué le syndicat, qui a interrogé en ligne 2.810 directeurs d'écoles primaires publiques entre mai et décembre 2025. "Plus il y a d'enfants à besoins éducatifs particuliers dans une école, moins le climat scolaire est bon, moins la qualité des relations est bonne", a assuré en conférence de presse Georges Fotinos, auteur de l'étude, qui y voit une "corrélation". Si le syndicat assure ne pas remettre en cause le principe de l’école inclusive, nous avons demandé à Claudine Casavecchia, présidente de l’association HyperSupers TDAH France, ça perception des résultats et son analyse de la situation.

Corrélation n’est pas causalité


Cortex Média : Quant vous lisez les résultats et les conclusions de cette étude. Quel est votre sentiment ?

Claudine Casavecchia : J’ai le sentiment que l’on mélange beaucoup de choses dans cette étude. Corrélation n’est pas causalité. Il y a pour moi un parti pris. Ces chiffres ne veulent rien dire pour moi : on n'a pas les données, on n'a pas les questions qui ont été posées, on ne sait pas comment ce questionnaire a été construit. C'est une conclusion très brutale et très violente pour les familles des enfants en situation de handicap.


Cortex média : Le syndicat assure pourtant ne pas s’opposer au principe de l’école inclusive ?

Claudine Casavecchia : Quand un syndicat publie un tel document de façon aussi abrupte, on est en droit de s'interroger sur ses intentions. L'objectif affiché, c'est d'obtenir plus de moyens humains, autrement dit, recruter encore davantage d'assistants de vie scolaire. Mais tous les élèves à besoins particuliers ne nécessitent pas une AESH à leurs côtés. À l'association, nous avons toujours conseillé le dialogue.


Cortex média : Vous n'êtes donc pas d'accord avec l'idée que la réponse aux problèmes d'accueil à l'école passe par davantage de recrutements ?

Claudine Casavecchia : Absolument pas. À l'association (Hypersupers TDAH France ndlr), la grande majorité des plaintes que nous recevons des parents concerne des aménagements demandés et jamais ou peu mis en place. Quand un élève qui a besoin d'adaptations spécifiques ne bénéficie pas de l'environnement qui lui permettrait d'apprendre sereinement, c'est évident qu'un accompagnant à ses côtés l'aiderait. Mais ce n'est pas toujours nécessaire. Quelques aménagements peuvent suffire à le mettre à l'aise, à lui éviter d'être stigmatisé, à lui permettre de se sentir en sécurité, respecté et donc à réduire les manifestations de son trouble en classe.
Si, malgré des aménagements mis en place, un enfant continue de manifester des troubles importants, alors oui, un accompagnement humain dédié peut se justifier. Mais il faut rappeler ce que doit être le rôle d'une AESH : rendre l'enfant autonome, lui enseigner des méthodes de travail, veiller à ce qu'il ait bien compris et noté les consignes, et non faire à sa place, et pas non plus assurer une forme de gardiennage. Une enseignante m'a confié récemment avoir six AESH dans sa classe. Ce n'est pas une solution. Et je doute que les enseignants eux-mêmes le souhaitent.


Cortex : Comment expliquez-vous les tensions qui peuvent s'installer entre les parents et les équipes éducatives ?

Claudine Casavecchia : Il faut d'abord comprendre ce que vivent ces parents au quotidien. Élever un enfant (voire 2) présentant un ou plusieurs troubles du neurodéveloppement représente une charge mentale et émotionnelle considérable. Ces familles font face à des regards, des remarques, des incompréhensions, dans les transports, en société, dans leur propre entourage. Ce sont des parents épuisés, souvent sur la défensive, avant même de pousser la porte de l'école. Lorsqu'ils ont le sentiment, fondé ou non, que l'établissement ne prend pas en compte les besoins de leur enfant, l'escalade peut être rapide. Je l'ai vécu personnellement.
À l'association, nous avons toujours conseillé le dialogue. La confrontation ne résout rien. Mais quand par exemple, un enfant est systématiquement écarté des sorties scolaires, quand les parents sont prévenus la veille pour qu'il leur soit impossible d'organiser une alternative, on comprend que la situation devienne explosive. Ce sont des pratiques que nous relatent régulièrement les familles. Ce n'est pas acceptable.


« Si demain on retire ces enfants de l'école, qui pointera-t-on du doigt ensuite ? »


Cortex Média : C'est donc avant tout une rupture du dialogue ?

Claudine Casavecchia : Dans de nombreux établissements, oui, le dialogue est rompu autour de la question des troubles du neurodéveloppement. On entend « tout le monde est TDAH maintenant ! » comme si c’était une mode. Je comprends que les enseignants soient sous pression, avec 25 ou 30 élèves aux profils très divers. Mais ce que je ne peux pas admettre, c'est que les enfants à besoins particuliers soient désignés comme responsables du mauvais climat scolaire. C'est une conclusion arbitraire, infondée, et aucun des éléments rendus publics ne permet de l'étayer.
Si demain on retire ces enfants de l'école, qui pointera-t-on du doigt ensuite ? On ne peut pas publier un document officiel qui ne prouve rien et qui dresse les uns contre les autres. C'est irresponsable et cela fracture notre société.


Cortex Média : Vous disiez qu’il y a également des aménagements qui ne sont pas mis en place. Quelles sont les conséquences selon vous ?

Claudine Casavecchia : La cause fréquente des difficultés, c'est la non-mise en place des aménagements scolaires préconisés par le médecin et/ou l’équipe qui suit l’enfant, et la souffrance d'un enfant qui se sent rejeté par l'école et qui n'y trouve pas sa place. C'est ce qui se passe très souvent.
Il y a également un autre problème de fond : de nombreux établissements, notamment autour du TDAH, conditionnent la mise en place des aménagements à l'obtention d'un diagnostic (ou d’un bilan neuropsychologique onéreux). Or les délais d'attente pour consulter un spécialiste peuvent atteindre seize à vingt-quatre mois selon les régions. Pendant ce temps, à l'échelle de la vie d'un enfant, il se passe énormément de choses à l'école.
Les tensions dans les établissements scolaires existaient avant l'arrivée des enfants à besoins particuliers. Ce ne sont pas eux qui les ont créées. Je comprends que leur présence puisse parfois désorganiser l'enseignement, mais il suffit d'adapter sa pédagogie, d'y mettre de la compréhension, de procéder à quelques aménagements. Souvent, des aménagements mis pour les enfants à besoins particuliers servent aussi à toute la classe. Cela évite la stigmatisation. Pour les enfants qui présentent des difficultés plus importantes, des structures (ULIS, SESSAD) et des dispositifs d'autorégulation existent. La solution ne saurait être de placer un adulte derrière chaque enfant, sinon, à quoi sert l'enseignant ?


Cortex média: Pour finir, cette étude remet-elle selon vous en cause l'inclusion à l'école ?

Claudine Casavecchia : C'est en tout cas l'impression qu'elle donne. Ce qu'elle pointe en réalité, c'est l'échec d'une inclusion mal accompagnée. Nous n'avons pas accès aux questionnaires, nous ne savons pas comment les questions ont été formulées ; or nous savons tous qu'une question peut orienter une réponse. On nous demande de croire ces conclusions sur parole. C'est une posture très orientée.
Ces familles et ces enfants ont déjà suffisamment de difficultés dans leur vie quotidienne. Arrêtons de tirer sur l’ambulance ! Un peu de bienveillance et d'humanisme seraient bienvenus. Quant à la baisse de confiance envers les directeurs d'école, 81 % des parents leur font confiance aujourd'hui, contre 96 % en 2013. L’étude s'inscrit dans un mouvement de défiance généralisée envers les institutions : les médecins, les politiques, les experts…etc. L’éducation nationale semble ne pas échapper à cette tendance.

Benjamin Laurent
5 min

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