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Se reconstruire après un AVC : le témoignage de Cécile Dulowski, paragolfeuse

Publié le
11.10.2026

Victime d'un accident vasculaire cérébral (AVC) à l’âge de 31 ans, Cécile Dulowski entame un nouveau chapitre de sa vie. Aujourd'hui engagée dans le paragolf et ambassadrice du sport-santé, elle raconte comment la discipline du golf lui a permis de se reconstruire.

En août 2021, Cécile Dulowski est victime d’un AVC après un accident de plongée sous-marine. Atteinte d’une hémiplégie droite, son AVC touche son lobe frontal : elle a le sentiment de « passer d'un cerveau d'adulte à un cerveau d'enfant ». Elle doit tout réapprendre : faire face à ses nouvelles peurs, gérer ses émotions, apprendre à être patiente.

C'est par le golf qu'elle entame sa reconstruction, un an plus tard. Elle récupère peu à peu une grande partie de ses capacités du côté droit mais garde de nombreuses séquelles, notamment une fatigabilité importante qui l’empêche de reprendre son ancien métier de commerciale dans la publicité. Elle est licenciée pour inaptitude et mise en invalidité catégorie 2.

Passionnée par la discipline du golf qui devient sienne, Cécile s'engage bénévolement dans plusieurs instances ; elle fait partie du comité départemental de golf des Hauts-de-Seine sur les questions de handicap, de la commission Paragolf de la Ligue de Paris et est également ambassadrice FFGreen pour promouvoir le sport-santé et l'écoresponsabilité dans les golfs en France.

Désormais, Cécile espère intégrer l’équipe de France de paragolf. Entretien.

© Cécile Dulowski

Cortex Média : Pourquoi avez-vous choisi le golf comme discipline ? 

Cécile Dulowski : À l'hôpital, au bout de six mois, on m'a expliqué que ma vie serait différente et qu'elle ne redeviendrait jamais comme avant. Les premiers mois, on nous dit souvent qu'on va tout récupérer, puis arrive cette étape où il faut accepter que certaines choses ne seront plus possibles. J’étais droitière et je suis devenue gauchère à cause de l’accident. Les médecins m'ont donc conseillé de faire une croix sur certaines de mes anciennes activités comme la randonnée, l’escalade et le tennis.

Pendant mon hospitalisation, on m'a remis une liste de sports que je pouvais pratiquer avec un seul bras et le golf en faisait partie. Un an et demi après, j'ai intégré un programme à l'Institut de Sport Santé de Garches, qui permettait à des patients présentant des séquelles similaires aux miennes de découvrir différents sports adaptés. Nous avons testé la marche nordique, la boxe, le crossfit adapté, le golf… J'acceptais toutes les propositions qu'on me faisait. J'aime dire que j'étais une « Yes Woman » ; j'avais envie d'essayer un maximum de choses pour retrouver une vie active.

J'ai donc choisi de pousser les portes du golf du Haras de Jardy. Par la suite, j'ai été la première patiente à bénéficier d'un dispositif de golf sur ordonnance, sans reste à charge. À l'époque, ce type de programme était très rare, mais il se développe aujourd'hui de plus en plus. C'est aussi pour cette raison que je suis devenue ambassadrice FFGreen. À l'origine, le programme était centré sur l'écoresponsabilité des golfs, mais il développe aujourd'hui un important volet sport-santé. Mon objectif est de faire de mon parcours un outil de sensibilisation, pour montrer les bienfaits du sport sur ordonnance et encourager davantage de personnes touchées par la maladie ou un accident de la vie à reprendre une activité physique.

Cortex Média : Quels ont été les premiers défis lorsque vous avez démarré le golf ?

CD : Je partais vraiment de zéro. Le premier défi a été de trouver une façon de tenir le club. Comme je suis devenue gauchère après mon AVC, j'ai dû réapprendre tous mes automatismes du côté gauche.

Le deuxième défi a été de réussir à intégrer mon bras droit dans le mouvement. Au début, l'objectif était simplement de faire partir la balle. Puis de l'envoyer à cinq mètres, dix mètres, quinze mètres… Chaque petit progrès comptait.

Le plus difficile, c'était aussi de ne pas me comparer aux autres. Je voyais des débutants ou des enfants progresser beaucoup plus vite que moi. Mais lorsqu'on sort d'une maladie ou d'un accident de la vie, on comprend que chacun avance à son rythme.

Avant mon AVC, j'étais quelqu'un de très actif. Je le suis toujours, mais cette épreuve m'a appris la patience. D'ailleurs, il y a un double sens dans le mot « patient » que je n'avais jamais réalisé auparavant : être patient, c'est aussi apprendre la patience.

© Cécile Dulowski

Cortex Média : Vous diriez que le golf a changé votre vie ? 

CD : Oui. Après mon AVC, j’ai tout perdu : mon emploi, mon conjoint et beaucoup de repères. Le golf m'a redonné un cadre, des objectifs et une vie sociale.

Mon AVC avait touché le lobe frontal, ce qui entraînait une grande instabilité émotionnelle. J'étais en dépression et j'avais beaucoup de difficultés à gérer mes émotions. Le golf m'a aidée à me reconstruire, aussi bien mentalement que physiquement.

J'ai également eu la chance d'être accompagnée par un enseignant formé à l'activité physique adaptée, qui s'est spécialisé dans ce domaine en travaillant avec moi. Grâce au golf, j'ai retrouvé de la concentration, mais aussi une stabilité psychologique.

Sur le plan physique, le golf m'a permis de réapprendre à utiliser mon bras droit et de me réapproprier mon corps. Avec une hémiplégie, on a souvent l'impression que le corps est coupé en deux. Le fait d'intégrer systématiquement mon bras droit dans la pratique m'a permis de retrouver de l'amplitude, une meilleure perception de mon corps dans l'espace et davantage d'autonomie au quotidien.

Il m'a fallu près de quatre ans avant de pouvoir effectuer un parcours en autonomie, en gérant seule mon sac, mes clubs et la fatigue. 

Cortex Média : Comment a évolué votre sens de la vie, depuis votre accident ?

CD : Je pense que lorsqu'on est en situation de handicap ou confronté à une maladie, on oscille en permanence entre la force et la vulnérabilité. Il faut énormément d'énergie, physique et mentale, pour avancer au quotidien. On vit constamment avec ces deux dimensions.

Cette expérience m'a changée puisque j'ai changé de regard sur la vie. J'ai aussi changé plusieurs fois de personnalité au fil de ma reconstruction en raison de mon AVC. Certaines personnes ne comprenaient plus mes réactions, j’ai donc perdu des proches, mais j'ai appris à accepter cette évolution.

Quand je suis sortie du coma après l'AVC, je me suis promis de faire « de petites choses avec grandeur ». Aujourd'hui, j'ai envie que mon expérience dépasse mon histoire personnelle et qu'elle puisse être utile aux autres.

C'est dans cette optique que j'ai repris mes études à la Sorbonne, au sein de l'Université des Patients. J'y ai obtenu un diplôme en démocratie en santé afin de mieux comprendre le système de soins et de contribuer au dialogue entre les patients, les soignants et les pouvoirs publics. Au fond, le golf a été le point de départ de tout cela. Il m'a permis de me reconstruire, puis de trouver un nouveau sens à mon engagement.

© Cécile Dulowski

Cortex Média : Quels sont vos prochains défis sportifs ?

CD : La première étape consistait à participer à des compétitions et à me classer, ce qui est désormais fait. Mon objectif est maintenant de continuer à progresser, d’arriver à faire baisser mon index et de multiplier les compétitions internationales.

Mon prochain grand rendez-vous aura lieu les 12 et 13 septembre 2025, avec le Grand Prix EDGA de Périgueux. Ce sera ma première compétition internationale de paragolf. À cette occasion, je donnerai également ma première conférence sur la résilience.

À plus long terme, mon ambition est d'intégrer l'équipe de France de paragolf en 2028.

Ces propos ont été recueillis par Ophélie Barbier, journaliste pour Cortex Média.

Ophélie Barbier
5 minutes

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