Atteinte d’une rectocolite hémorragique, Floriane, 25 ans, traverse la France à vélo avec sa compagne Pauline pour sensibiliser aux maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Un périple de 3000 kilomètres à la rencontre de patients et professionnels de santé pour montrer que le sport, lorsqu’il est adapté, peut aussi devenir un allié face à la maladie.
Depuis ses 9 ans, Floriane est atteinte d’une rectocolite hémorragique, une maladie qui fait partie des MICI, maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Liée à une dérégulation du système immunitaire, cette maladie invisible entraîne une inflammation, des ulcères et une fragilisation de la partie la plus superficielle de la paroi interne du côlon et du rectum.
Avec Pauline, elles partagent une passion commune pour le voyage à vélo. L’année dernière, grâce à une bourse proposée par l’association Cyclo Camping International, elles ont ainsi pu concrétiser leur projet : parcourir 3000 kilomètres en France, à vélo, en explorant le lien entre les MICI et la pratique sportive.
Pour Floriane, “le sport a longtemps représenté une difficulté, avant que je découvre à quel point il pouvait aussi être bénéfique pour les personnes atteintes de ces maladies. Nous avons donc décidé, sur notre chemin, d'aller à la rencontre de patients pratiquant une activité physique, à différents niveaux, ainsi que de professionnels de santé, pour échanger sur ce sujet”. Avec l’aide de l’association AFA Crohn RCH France, que Floriane connaît depuis son diagnostic, les deux cyclistes ont construit leur itinéraire en fonction des personnes qu’elles souhaitaient rencontrer.

Préparer le voyage en amont
Parties le 19 mai 2026 de Saint-Dié-des-Vosges, Pauline et Floriane ont depuis traversé plusieurs villes parmi lesquelles Lyon, Avignon, Nice, Montpellier et Toulouse. Elles ont déjà parcouru 1550 km et envisagent de pédaler 3000 km au total.
Avant de prendre la route, la préparation des deux Villeurbannaises a donc été à la fois organisationnelle et physique. “Pendant les trois mois et demi précédant le départ, nous avons essayé de faire le plus de vélo possible, ainsi que du renforcement musculaire, tout en continuant à travailler. Mais nous avons surtout cherché à construire un projet réaliste.”
En choisissant des étapes d’environ 50 km par jour avec un dénivelé modéré, des journées de repos et la possibilité d’adapter le parcours si nécessaire, toutes les deux souhaitent montrer qu’il est possible de réaliser des projets ambitieux, à condition de les adapter à ses capacités.
D’autant plus pour Floriane, dont la préparation physique était indispensable compte tenu de sa maladie : “j'ai dû notamment anticiper un problème bien précis : je fais régulièrement des abcès, et en particulier dans la pratique du vélo. J'en avais d'ailleurs fait un en février, simplement en allant travailler à vélo. Il fallait donc trouver des solutions pour pouvoir mener ce projet sans renoncer au deux-roues.” Pour limiter les douleurs, Floriane a effectué une étude posturale pour pédaler sur une selle moulée sur mesure. Elle a également opté pour un vélo de voyage, plus qu’un vélo de route.
S’adapter aux effets de la maladie sur la route
Au quotidien, les symptômes de la RCH évoluent par phases, avec des périodes plus ou moins difficiles. “Ces deux dernières années ont d’ailleurs été particulièrement compliquées”, constate Floriane, qui remarque une différence entre son état avant le départ et depuis qu’elle a pris la route.
“Avant le départ, j'ai pris un traitement qui avait amélioré ma situation. Mais j'avais encore des symptômes, surtout le soir et la nuit, ce qui compliquait la récupération. Par contre, depuis le début du voyage, je constate une nette amélioration : je me lève beaucoup moins souvent la nuit et les urgences liées à la maladie sont moins fréquentes en soirée. Le sport y contribue peut-être, même si d'autres facteurs, comme un mode de vie moins stressant, jouent sans doute aussi un rôle.”
Le traitement principal de la jeune cycliste est administré à l’hôpital, toutes les quatre semaines, pendant une demi-journée en fonction des hôpitaux. Cette contrainte a dû être anticipée avant le départ : avec l’aide de son gastro-entérologue et de l’association AFA, Floriane a pu contacter plusieurs hôpitaux en amont. Notamment à Nancy, Nice, Bordeaux et Paris, hôpitaux dans lesquels elle se rendra en fonction des étapes du voyage.

Ne pas renoncer malgré la maladie
Chez les personnes atteintes de MICI, les effets de la maladie peuvent être nombreux : fatigue, douleurs abdominales, articulaires, urgences intestinales, dépression. Selon une étude menée par l’association AFA en 2020, 75 % des patients interrogés ont déclaré au moins un impact positif de l’activité physique.
“Quand j'étais plus jeune, le discours autour du sport dans le cadre des MICI était différent. Comme ces maladies entraînent une fatigue chronique, on me disait de me reposer pour limiter l'inflammation et ne pas épuiser davantage mon corps” se souvient Floriane, qui aujourd’hui ajoute que les recherches indiquent le contraire : une activité physique, même dans le cadre des MICI, peut avoir des effets bénéfiques et n’est pas incompatible.
“Le sport peut réduire la douleur, l'inflammation et peut diminuer le risque de rechute. Les mentalités commencent à évoluer, même si cela dépend encore beaucoup de la vision du médecin et de sa capacité à prendre en compte le bien-être global du patient, au-delà des seuls résultats médicaux.”
Un constat qui renforce le message que Pauline et Floriane veulent transmettre. “Il ne faut pas renoncer à l'activité physique si elle nous fait envie et qu'elle nous apporte du bien-être. Avec une pratique adaptée à sa condition physique, à son état de santé, qui peut évoluer d'un jour à l'autre, il est possible de réaliser des choses qui peuvent sembler impossibles au départ. L'important, c'est d'avancer étape par étape, en s'écoutant et en s'adaptant.”
Donner la parole au fil des kilomètres
Sur la route, Pauline et Floriane recueillent les témoignages de personnes concernées par les MICI. Leur objectif : diffuser, à la fin de l’année 2027, un documentaire retraçant leur aventure et les rencontres qui ont marqué leur parcours.
Récemment, elles ont par exemple rencontré Eddy, atteint d’une RCH comme Floriane, qui a développé d’autres pathologies à la suite d'une opération. Sa capacité respiratoire a été réduite de 55%, mais son regard sur la vie reste “incroyablement positif”. Malgré la maladie, Eddy réalise des défis sportifs impressionnants, a gravi le Mont Blanc et entreprend de grands voyages à vélo.
“Il nous a expliqué que la maladie lui avait appris à mieux se connaître, à accepter ses limites et, surtout, à vivre pleinement. Grâce aux défis sportifs qu'il se lance, il réalise aujourd'hui des rêves qu'il n'aurait jamais imaginés. Il nous a même confié que, sans la maladie, il aurait probablement mené une vie plus routinière, sans vivre les expériences qui le font vibrer aujourd'hui”.

Retrouvez l’aventure de Pauline et Floriane sur leur compte Instagram 3micilometres.



