C’est devenu un triste marronnier de la rentrée scolaire. Année après année, malgré les annonces en faveur de l’école inclusive, des milliers d’enfants en situation de handicap restent confrontés à des temps de scolarisation réduits, à l’absence d’accompagnement adapté ou à des années d’attente avant d’obtenir une place en établissement médico-social. En 2023 déjà, une enquête de l’Unapei menée auprès de 2 103 enfants accompagnés par son réseau révélait que 23 % n’avaient aucune heure de scolarisation, tandis que seulement 27 % bénéficiaient de plus de douze heures de cours par semaine. À la rentrée 2024, le Défenseur des droits alertait encore sur des enfants privés d’école ou d’aménagements adaptés ; un constat renouvelé en 2025.
Une dynamique positive... sur le papier
Sur le papier, la dynamique semble pourtant positive : à la rentrée 2024, 563 345 élèves en situation de handicap étaient scolarisés en France, dont près de 497 000 en milieu ordinaire, un chiffre en hausse de 6,1 % en un an. Mais ces statistiques ne disent ni combien d’heures chaque enfant passe réellement à l’école, ni si l’accompagnement proposé correspond à ses besoins — une faiblesse des données françaises également pointée par le Défenseur des droits.
Et ailleurs en Europe ? Les modèles diffèrent fortement. Selon les dernières données comparables de l’Agence européenne pour l’éducation inclusive, portant sur 2022-2023, l’Italie déclare 100 % des élèves ayant des besoins éducatifs particuliers scolarisés en classe ordinaire. Au Portugal, 99,5 % des élèves concernés du primaire et 97,5 % de ceux du premier cycle du secondaire sont scolarisés dans l’enseignement ordinaire ; respectivement 89 % et 84 % passent au moins 80 % de leur temps scolaire avec leurs camarades. Ces chiffres doivent être comparés avec prudence, les définitions et systèmes d’accompagnement variant d’un pays à l’autre, mais ils montrent que l’inclusion scolaire ne se résume pas au seul fait d’être inscrit à l’école.
À quelques jours de la rentrée 2026, l’alerte lancée par l’Unapei montre ainsi combien le chemin reste long : 76 % des quelque 5 000 enfants étudiés par l’association sont scolarisés moins de douze heures par semaine, tandis que l’attente pour accéder à un accompagnement adapté en institut médico-éducatif atteint désormais près de trois ans en moyenne.
Le point sur la rentrée 2026
Listes d'attente, scolarisation partielle ou inexistante: cette année encore des milliers d'enfants en situation de handicap ne bénéficieront pas de l'accompagnement dont ils ont besoin, dénonce mardi l'Unapei, réseau d'associations qui représente les personnes avec des handicaps intellectuels et cognitifs.
À quelques jours de la rentrée scolaire, l'Unapei alerte sur les difficultés persistantes rencontrées par les familles d'enfants en situation de handicap. Selon une enquête menée auprès de 38 associations de son réseau, représentant près de 5.000 enfants, 76% des enfants accompagnés sont scolarisés moins de douze heures par semaine.
Seuls 24% bénéficient de plus de douze heures hebdomadaires.
L'Unapei insiste également sur le délai d'attente qui atteint "près de trois ans en moyenne avant d'accéder à une solution d'accompagnement adaptée pour bénéficier de l'accompagnement par un institut médico-éducatif". Pour certaines familles, cette attente est encore bien plus longue.
"Que ce soit une attente de trois ans ou de sept ans, pendant ce temps, l'âge de développement continue. Il y a plein de lacunes que l'enfant va cumuler au fur et à mesure", déplore Sonia Ahehehinnou, présidente adjointe de l'Unapei à l'AFP.
L'enquête note toutefois une évolution notable: l’accès au numéro INE (identifiant national élève), qui permet le suivi des élèves.
En un an, la proportion d’enfants accompagnés ne disposant pas d’un numéro INE est passée de 65% à 45%.
Grâce à ce numéro les élèves en situation de handicap "apparaissent dans les statistiques de la base éducation nationale et ça leur confère le statut d'élève. Ils vont donc faire partie de la communauté de l'école", analyse Sonia Ahehehinnou, tout en reconnaissant que "le simple fait d'être inscrit ne suffit pas à garantir un accompagnement correct".
C'est ce qui inquiète Yasmina Gaulard. Sa fille Anissa, atteinte d'un trouble du spectre de l'autisme et d'un trouble du déficit de l'attention, doit faire sa rentrée au collège en septembre, faute de place en IME et sans affectation en classe de sixième ULIS (unité localisée pour l'inclusion scolaire).
"Je crains qu'elle soit complètement perdue. Le collège c'est une nouvelle organisation, c'est plusieurs enseignants, c'est des changements de salles, c'est des permanences, c'est des profs absents", rappelle sa mère à l'AFP.
A 13 ans, "elle a un niveau fin de CP, début de CE1. Donc le décalage est énorme avec les autres élèves. Elle a peur d'y aller et nous ça nous stresse", reconnaît Yasmina Gaulard.
"Il faut passer d'un système qui subit les ruptures à un système qui les anticipe. Cela suppose, pour chaque enfant, une réponse suivie, coordonnée et évolutive, sans attendre que la situation se dégrade pour agir", explique la présidente adjointe de l'Unapei.



