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Santé mentale

En France, "notre culture de la prévention du suicide est encore à améliorer", Dr Edouard Leaune, psychiatre au centre hospitalier lyonnais le Vinatier

Publié le
10.09.2026

À l’occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide, ce 10 septembre, le psychiatre Edouard Leaune rappelle que la prévention ne s’arrête pas à la crise suicidaire. L’accompagnement des proches après un décès, appelé « postvention », constitue lui aussi un enjeu majeur. Au Centre hospitalier Le Vinatier, à Lyon, son équipe a créé la plateforme Espoir-suicide.fr pour informer, orienter et soutenir les personnes endeuillées.

"Notre culture de la prévention du suicide est encore à améliorer", dit à l'AFP le Dr Edouard Leaune, psychiatre au centre hospitalier lyonnais le Vinatier, où a été créée la plateforme Espoir-suicide.fr, pour aider les proches endeuillés.    

   

Docteur Edouard Leaune (C) Compte X
Q: Comment "Espoir" a-t-il été conçu, en faisant coopérer des professionnels et personnes endeuillées ?

Edouard Leaune :  Nous avons créé ce projet pour accompagner les personnes endeuillées par le suicide d'un proche. Parce qu'elles en parlaient comme d'un tsunami: +Quand c'est arrivé, on était perdus, on ne savait pas où trouver de l'aide....Notre plateforme www.espoir-suicide.fr fait trois choses. D'une part, elle informe sur ce qu'est le deuil après un suicide, les émotions, les difficultés, les problèmes administratifs, matériels, etc. Notre équipe professionnelle répond aux questions.Ensuite, Espoir répertorie sur une carte interactive les dispositifs existants, qu'ils soient associatifs, hospitaliers, libéraux, partout en France. Enfin, nous partageons des témoignages de personnes endeuillées: celles-ci ont tout d'un coup l'impression d'être différentes, elles ont besoin d'être en lien avec des gens qui ont vécu la même chose. S'il n'y a pas d'obligation de voir un psychologue ou un psychiatre, c'est recommandé, comme les groupes de parole.

   

Q: Comment aide-t-on les proches ?

EL : La culpabilité est très forte chez les personnes de l'entourage, qui ont le sentiment de ne pas avoir fait ce qu'il fallait ou d'avoir fait ce qu'il ne fallait pas... Pour les parents endeuillés, la parentalité devient très compliquée, un conjoint va se demander: "Qu'est-ce que j'ai loupé ?" C'est une déflagration qui remet en cause qui vous êtes et votre expérience. La première chose à faire, c'est de ne pas balayer cette culpabilité. Il ne faut pas dire, "Cela n'est pas de ta faute, ne te sens pas coupable+. Ce genre de phrase ne marche pas. Il vaut mieux dire: +Je comprends que tu te dises que tu aurais pu faire plus, ou différemment+. Et entendre des témoignages permet de se dire +cela n'est pas de sa faute à ce monsieur, si sa femme s'est suicidée, ce n'est pas un mauvais mari. Donc ça n'est peut-être pas de la mienne non plus...Vivre ce deuil est si difficile qu'il y a des jours où l'on peut avoir soi-même envie d'en finir: c'est pourquoi la "postvention", l'ensemble des mesures mises en place après un décès par suicide, est aussi de la prévention.

   

Q: La France a-t-elle progressé dans la prévention des suicides, dont on célèbre la Journée internationale jeudi ?

EL : Depuis 30 ans, le nombre de suicides a globalement diminué et depuis 10-15 ans, nous avons largement rattrapé notre retard sur les dispositifs de prévention, avec le numéro national 3114, le dispositif de veille VigilanS pour prévenir la récidive, et des associations à portée nationale.Aussi, les médias parlent du suicide de manière plus juste, grâce au programme (de prévention) Papageno notamment. Au niveau du grand public, le tabou, le stigmate, sont en train de diminuer. Aujourd'hui nous voulons faire entendre la voix des personnes qui ont fait des tentatives de suicide, de celles endeuillées: cela aidera à faire tomber le tabou. Et notre culture globale de la prévention est encore à améliorer.

   

Q: Mais le nombre de suicides augmente chez les jeunes ?

EL : En effet il y a dans les pays à hauts revenus une alerte sur les jeunes, accélérée par le Covid, mais qui a débuté il y a une dizaine d'années, et pour laquelle il ne faut pas blâmer uniquement les réseaux sociaux. Le risque augmente aussi chez les personnes âgées, donc aux deux âges extrêmes de la vie.Or, nos outils de prévention, pensés pour la population active, marchent très bien auprès des 25-65 ans. Il faut des dispositifs dédiés aux personnes âgées, qui ne vont pas aller sur internet, ni appeler un numéro... c'est aussi l'enjeu des inégalités sociales de santé: comment est-ce qu'on touche des populations plus éloignées des dispositifs ? En France, on en parle mais la marge d’action reste encore importante.

Cortex avec AFP

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