« C’est chimique » : une expression souvent utilisée, rarement bien comprise.
Dans cet épisode, Étienne Ghys reçoit le chimiste Bruno Chaudret pour interroger ce que l’on met derrière ce mot. Du yaourt industriel aux molécules dites « naturelles », tout est chimie — mais tout n’est pas perçu comme tel. Pourquoi associe-t-on si vite « chimique » à « artificiel » ou « toxique » ? Et comment mieux transmettre ce que la chimie permet de voir, de faire, de comprendre.
Étienne Ghys
Je suis face à Guy Perrin. Guy, vous êtes astronome ou astrophysicien ?
Guy Perrin
Je suis astronome de métier et de fonction, mais aussi astrophysicien de métier.
Étienne Ghys
Quelle est la différence ?
Guy Perrin
La différence est historique. Au départ, il n’y avait que des astronomes. L’arrivée de la décomposition de la lumière — en couleurs par exemple — a permis de faire de la physique à partir de ces observations spectroscopiques. On a alors créé l'astronomie physique, qui est devenue l'astrophysique. Il y a eu une sorte de querelle des anciens et des modernes : les anciens étaient plutôt astronomes et les modernes plutôt astrophysiciens.
Étienne Ghys
Quel mot souhaites-tu qu’on décortique aujourd’hui ?
Guy Perrin
Le mot “couleur”.
Étienne Ghys
Magnifique. Dis-nous d'abord : qu'est-ce qu’une couleur ?
Guy Perrin
Une couleur, c'est relatif à la lumière et la lumière est une onde. En tout cas, on peut en avoir une description ondulatoire. Et à cette onde est associée une fréquence, une période ou une longueur d'ondes. Des ondes à différentes longueurs d'ondes ou différentes fréquences, c'est des ondes à différentes couleurs. Ça, c'est pour des ondes monochromatiques à une seule couleur. Mais on peut faire des ondes polychromatiques qui définiront d'autres couleurs, elles-mêmes composées d'ondes monochromatiques et d'ondes de couleurs parfaitement pures.
Étienne Ghys
Il y a donc une infinité de couleurs différentes, puisqu'il y a une infinité de longueurs d'ondes différentes. En revanche, notre œil ne capte essentiellement que trois couleurs et leurs combinaisons.
Guy Perrin
Absolument, notre sensibilité va du violet au rouge.
Étienne Ghys
Cela veut dire qu'on peut avoir deux lumières totalement différentes mais que nous percevons de la même façon. C’est assez mystérieux. Les autres animaux, par contre, ont plus de sensibilité que nous aux couleurs ?
Guy Perrin
Il est vrai que certains animaux voient des couleurs que nous ne voyons pas.
Étienne Ghys
Les papillons, m'a-t-on dit !
Guy Perrin
Les papillons ou les chats par exemple. Si on prend l’exemple du chat, il peut être plus sensible aux télécommandes, tandis qu’on ne l’est pas.
Étienne Ghys
Et si je peux me permettre une petite critique des astronomes, ils sont vendeurs de très très belles images, aussi surprenantes que magnifiques. C’est le cas des récentes images du James-Webb Telescope par exemple. Ce qui m'agace un petit peu, c'est qu’il prend essentiellement des images dans l’infrarouge, c’est-à-dire que nous ne pouvons pas voir. Et ensuite, elles sont retouchées pour pouvoir rentrer dans notre champ visuel et que nous puissions les admirer. Mais on entend rarement des astronomes dire : “Attention, ces images ne sont pas des réalités.”
Guy Perrin
Ça dépend de ce qu'on entend par astronome. Il y a l'astronome qui fait son travail et qui fait sa publication scientifique. Et il y a l'astronome en lien avec une institution qui doit partager ce travail avec le grand public.
Étienne Ghys
C'est surtout de ce second type d'astronomes que je parlais.
Guy Perrin
Prenons le cas d'images en infrarouge. Nous ne les voyons pas. Il faut bien traduire l'infrarouge en image pour voir avec du vert, du bleu, du rouge et donc il y a une échelle de couleurs qui traduit en fait ce que l'on voit.
Étienne Ghys
Est-ce que la traduction est la même pour toutes les images ? Est-ce qu'on dit ça va être plus beau si je mets du bleu là ou du rouge là ?

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