La République démocratique du Congo fait face à une flambée d’Ebola d’une ampleur exceptionnelle. Plus de 3 500 contaminations et 1 556 décès ont été confirmés depuis le mois de mai. L’épidémie, provoquée par une forme rare du virus contre laquelle aucun vaccin n’est encore homologué, progresse dans des régions fragilisées par les conflits et le manque de moyens sanitaires.
La deuxième plus importante épidémie d’Ebola au monde
La République démocratique du Congo (RDC) a recensé 3 532 cas confirmés d’Ebola et 1 556 décès au 31 juillet 2026, selon les dernières données communiquées par les autorités sanitaires congolaises. En moins de trois mois, cette flambée est devenue la deuxième plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée dans le monde en nombre de contaminations.
Seule l’épidémie survenue entre 2014 et 2016 en Afrique de l’Ouest a atteint une plus grande ampleur. Elle avait provoqué plus de 28 000 contaminations et 11 310 décès, principalement en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.
L’épidémie actuelle dépasse également, en nombre de cas, celle qui avait touché l’est de la RDC entre 2018 et 2020. Cette précédente flambée, jusqu’alors la plus grave de l’histoire du pays, avait concerné environ 3 500 personnes et causé près de 2 300 morts. L’épisode de 2026 compte donc davantage de contaminations, mais demeure pour le moment moins meurtrier.
La 17e épidémie recensée en RDC
Le virus Ebola a été identifié pour la première fois en 1976, lors de deux épidémies simultanées au Soudan du Sud et dans l’actuelle République démocratique du Congo. Le nom de la maladie provient de la rivière Ebola, située dans le nord du pays.
Depuis cette découverte, la RDC a connu des flambées régulières. Celle déclarée officiellement le 15 mai 2026 est la 17e épidémie d’Ebola recensée dans le pays. L’Organisation mondiale de la santé l’a rapidement qualifiée d’urgence de santé publique de portée internationale.
La maladie se transmet principalement par contact direct avec le sang ou les fluides corporels d’une personne malade ou décédée, ainsi que par des objets contaminés. Elle peut provoquer une forte fièvre, une fatigue intense, des douleurs musculaires, des vomissements, des diarrhées et, dans certains cas, des saignements internes ou externes.
Les cérémonies funéraires constituent un moment particulièrement sensible. Le contact avec le corps d’une personne décédée peut favoriser la transmission lorsque les mesures de protection ne sont pas respectées. Les équipes sanitaires tentent donc d’organiser des enterrements sécurisés, tout en tenant compte des pratiques culturelles et de la défiance d’une partie de la population.
Une forme rare du virus sans vaccin homologué
La flambée actuelle est provoquée par le virus Bundibugyo, une forme plus rare du virus Ebola. Contrairement à la souche Zaïre, responsable de plusieurs épidémies précédentes, aucun vaccin ni traitement spécifique n’est actuellement homologué contre Bundibugyo. Les patients reçoivent principalement des soins destinés à traiter leurs symptômes et à prévenir les complications.
Cette absence de vaccin complique fortement la riposte. Lors des précédentes épidémies provoquées par la souche Zaïre, la vaccination des personnes ayant été en contact avec un malade avait permis de former des « ceintures sanitaires » autour des foyers de contamination. Cette stratégie ne peut pas encore être utilisée contre Bundibugyo.
Plusieurs traitements expérimentaux sont néanmoins évalués en RDC. Des essais portent notamment sur des antiviraux et des anticorps capables d’agir contre différentes formes du virus Ebola.
L’Ituri concentre la majorité des cas
Le principal foyer se situe dans la province de l’Ituri, dans le nord-est de la RDC, à proximité des frontières avec l’Ouganda et le Soudan du Sud. La maladie s’est également propagée dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, du Haut-Uélé et de la Tshopo.
Ces territoires sont confrontés depuis plusieurs décennies aux violences de groupes armés, aux déplacements massifs de population et à une forte fragilité des services publics. Les routes sont souvent difficiles d’accès et certains centres de santé manquent de personnel, de véhicules, de matériel de protection ou de capacités de dépistage.
L’insécurité empêche également les équipes sanitaires d’atteindre rapidement certaines communautés. À ces difficultés s’ajoutent la circulation importante des habitants entre les différentes provinces, les activités minières et les échanges transfrontaliers.
Les organisations engagées dans la riposte estiment que les moyens disponibles restent très inférieurs aux besoins. Les capacités de surveillance et de recherche des personnes ayant été en contact avec un malade sont notamment insuffisantes, ce qui laisse craindre que le nombre réel de contaminations soit supérieur au bilan officiel.
L’Ouganda a mis fin à son épidémie
Le virus avait également franchi la frontière avec l’Ouganda, où 20 cas et deux décès ont été recensés. Les autorités ougandaises ont déclaré la fin de l’épidémie le 28 juillet, après 42 jours de surveillance sans nouvelle transmission locale.
Le risque d’importation demeure toutefois élevé en raison de la poursuite de l’épidémie en RDC et des nombreux déplacements entre les deux pays.
Plusieurs vaccins expérimentaux en préparation
Des recherches sont en cours pour accélérer la mise au point d’un vaccin contre le virus Bundibugyo. Le 24 juillet, un premier volontaire a reçu une dose d’un vaccin expérimental développé par l’université d’Oxford. Ce produit utilise la technologie ChAdOx1, déjà employée pour le vaccin contre le Covid-19 conçu avec AstraZeneca.
Un autre candidat, considéré par l’OMS comme particulièrement prometteur, doit être fabriqué par Hilleman Laboratories, une entreprise basée à Singapour. Plusieurs dizaines de milliers de doses pourraient être produites afin d’organiser des essais cliniques, mais aucun de ces vaccins ne pourra être déployé à grande échelle avant d’avoir démontré sa sécurité et son efficacité.
Dans l’immédiat, la maîtrise de l’épidémie repose donc sur le dépistage rapide, l’isolement des malades, le suivi des contacts, la protection du personnel soignant et la coopération des populations locales.



