Première Française et première personne autiste candidate au Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU, Marie Rabatel entendait porter la voix des femmes handicapées et des personnes autistes au sein de cette instance internationale. Mais, le 9 juin 2026, elle n'a finalement pas été élue. Réaction à chaud.

"En tant que femme, personne autiste et survivante d'un crime sexuel commis en raison de mon handicap, j'ai été réduite au silence et internée pendant bien trop longtemps. Il m'a fallu du temps pour trouver ma voix. Aujourd'hui, je veux qu'elle soit entendue." Marie Rabatel traverse les rues de New York, fascinée et submergée par l’énergie débordante de la Big Apple, pour se rendre au siège de l’ONU. Elle serre fort contre elle une petite biche, son inséparable peluche. Besoin d'être rassurée. Marie est autiste.
Le moment est unique. Marie Rabatel est candidate au Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies, à l’issue de la 19e Conférence des États parties à la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées, qui se tient du 9 au 11 juin 2026. C'est une première à double titre : la France n'a encore jamais présenté de candidat, et aucune personne autiste n’y a siégé.
Française et autiste : une première !
Le verdict est tombé le 9 juin. Malgré les 97 pays qui lui ont apporté leur voix, Marie Rabatel n'est pas été élue. C'est la représentante du Kazakhstan (Asie centrale) qui arrive en tête des votes, avec l'entrée de petits pays comme Palau (Océanie), à peine 21 000 habitants.
Neuf nouveaux membres sur 15 candidats doivent intégrer ce comité composé de 18 experts indépendants issus du monde entier, définis par l'ONU comme des "personnes d’une grande intégrité morale et aux compétences reconnues dans le domaine des droits de l’Homme". Ils sont chargés de surveiller la mise en œuvre de la Convention par les États. Concrètement, ils examinent les politiques publiques, interpellent les gouvernements et produisent des recommandations qui pèsent dans le droit international.
Soutien officiel de la France
"Je ne vais pas mentir, je suis déçue, explique Marie la Française après cette annonce. J'ai consacré deux ans de ma vie à cette candidature, j'ai voyagé à New York, un environnement très sollicitant pour une personne autiste. Je suis vraiment sortie de ma zone de confort pour ce projet. Mais c'est le jeu." Dans les couloirs du siège, certains lui confient regretter son absence, dont une ancienne membre du comité : "Tu n'as pas besoin du comité mais le comité a besoin de toi".
Sa candidature a été appuyée par l’Élysée "avec une réelle volonté", selon elle. "J'ai parfois le syndrome de l'imposteur, et je ne me sentais pas forcément à la hauteur d'une telle responsabilité, poursuit Marie Rabatel. Mais on m'a assuré que j'avais toute légitimité." Camille Galliard-Minier, ministre dédiée aux Personnes handicapées, a elle aussi fait le déplacement outre-Atlantique à la tête de la délégation française.
Si sa déception est grande, Marie Rabatel y voit néanmoins un point positif. "Ce soutien officiel de la France l'engageait, un peu plus, dans la mise en œuvre de cette convention qu'elle a ratifiée en 2010." Et en tant qu’État partie, elle autorise en effet l'ONU à mener des enquêtes un peu plus poussées sur la politique nationale en faveur du respect des droits des personnes handicapées. "Même s'il ne change leur quotidien rapidement, cet engagement est un investissement à plus long terme et un nouvel élan pour que notre pays se saisisse vraiment de cet enjeu", poursuit la quinquagénaire.
Violée à 12 ans
Ancienne athlète de haut niveau, pionnière de l’inclusion par le sport et éducatrice spécialisée durant quinze ans, Marie a forgé son expertise au contact d'enfants handicapés et à travers sa propre expérience. A 12 ans, elle est victime d'un viol. Comme tant d'autres... 88 % des femmes autistes déclarent avoir subi une agression sexuelle. Plus d’une sur deux un viol. Près d’une sur deux avant 14 ans.
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Depuis plus de vingt ans, cette militante discrète brise bruyamment le silence. "J'ai développé la capacité de transformer mon expérience personnelle en un catalyseur d'action collective, en alliant expertise pratique et cadre juridique international", explique-t-elle dans son dossier de candidature au Comité de l'ONU.
Ses combats
En 2016, elle co-fonde l'AFFA, l’Association francophone des femmes autistes, dédiée à la défense des droits des enfants et des femmes en situation de handicap. Le mouvement MeToo agit comme un accélérateur. Les témoignages affluent. Et, avec eux, une réalité systémique que plus personne ne peut ignorer. Elle siège comme membre permanente de la CIIVISE (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) en tant qu'experte sur les questions de handicap. Elle forme les policiers, les gendarmes, les professionnels des secteurs social, médical et judiciaire à l'écoute des victimes.
Participant au développement d'outils de prévention et de plaidoyers, elle est à la genèse de Réglo'sport, l'outil officiel des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 qui permet de dénoncer les violences sexistes et sexuelles.
Fin 2025, à Bruxelles, elle est l’invitée d’honneur du 6ᵉ Congrès de la Chaire internationale de Denis Mukwege, qui met en lumière le parcours de reconstruction des femmes victimes de mutilations sexuelles et de viols de guerre.
Son engagement est à l'honneur dans le documentaire Cassée debout, réalisé par Franck Seuret et Yann Rineau, diffusé sur France 2 en 2023. Il était d'ailleurs diffusé à New York dans le cadre d'un évènement parrallèle organisé par la France mettant en lumière les violences sexuelles sur les personnes handicapées, surtout les femmes et les enfants. "La salle était presque pleine, ce qui est rare", se félicite Marie, qui a répondu aux questions du public.
Le 10 juin, elle a également l'honneur d'intervenir sur la table ronde officielle de l'ONU "Créer un monde exempt d'exploitation, d'abus et de violences pour toutes les personnes handicapées dans le monde".
Sport, la pierre angulaire
À New York, Marie Rabatel ne venait pas seulement occuper un siège. Elle souhaitait lever le voile sur cet angle mort.
Celui des femmes autistes, longtemps absentes des politiques publiques, des statistiques, et même des combats féministes.
Celui des enfants dont on n’écoute pas le "non".
Celui des victimes que l’on ne croit pas.
Dans sa candidature au Comité, elle entendait aussi "faire du sport une pierre angulaire des stratégies d'inclusion, en encourageant les États à intégrer cette dimension dans leurs plans d'action". C'est, selon elle, un "puissant outil d'inclusion, d'émancipation, de guérison et de changement des mentalités".
Son livre, paru en mai 2025, Le temps que germent les graines (Michalon), était-il prémonitoire ? "On m'a proposé de me représenter lors de la prochaine élection, dans deux ans. Je ne dis pas oui, ni non. Je verrai.", conclut Marie Rabatel.
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