À Strasbourg, des travailleurs sociaux appellent chaque jour des personnes âgées ou vulnérables pour prévenir les risques liés à la canicule. Au-delà des conseils essentiels, boire, rester au frais, éviter les sorties, ces appels rappellent combien l’isolement peut aggraver la vulnérabilité face aux fortes chaleurs. "Tout va bien, pas trop chaud ?" Vissés au téléphone dans un local municipal de Strasbourg, trois "veilleurs" contactent des personnes âgées et vulnérables pour s'assurer que la canicule sévère qui étouffe le pays ne les met pas en danger.
Au bout du fil, une octogénaire soupire: "je transpire, j'ai jamais transpiré comme cette fois-ci, c'est l'horreur". Les appels réguliers, "ça me rassure, parce qu'au moins vous parlez et discutez deux, trois minutes", sourit cette dame joviale, inscrite par sa fille à ce dispositif, financé par la ville et lancé en 2020 en réponse à la pandémie de Covid-19. Au total, 700 à 1.000 personnes, inscrites de leur plein gré, sont régulièrement contactées par les travailleurs sociaux de l'association SOS France Victimes 67.
"Vous avez un ventilo, une climatisation peut-être ?", s'enquiert Noé Aouadi, l'un des appelants, auprès d'un Strasbourgeois de 83 ans. Avoir de l'eau à portée de main pour boire suffisamment, bien fermer fenêtres et volets en journée, aérer très tôt le matin et très tard le soir... il égrène les bons gestes pour limiter l'effet des fortes chaleurs - le thermomètre frôlait les 37°C ce jeudi dans la capitale alsacienne. Les températures vont y rester intenables jusqu'à la fin de la semaine.
Puis la discussion vire au bavardage, sur les lectures de l'octogénaire ou la librairie qu'il fréquente.
Il faut réagir rapidement
Dans son fichier répertoriant les personnes à appeler, M. Aouadi va alors rentrer les informations glanées, puis passer à la personne suivante. Parmi les bénéficiaires répertoriés, une centaine, ceux identifiés comme les plus vulnérables, sont appelés tous les jours, explique à l'AFP Faouzia Sahraoui, directrice générale de l'association qui salarie quatre personnes à l'année pour ces appels, et jusqu'à une dizaine l'été.
Si plusieurs tentatives ne permettent pas de joindre la personne, les salariés peuvent contacter son médecin traitant ou se rendre à domicile, une visite dite de "levée de doute". Les personnes âgées sont les plus vulnérables en cas de canicule, du fait d'un organisme moins réactif à la déshydratation mais aussi de contraintes comme l'isolement, la dépendance ou les maladies chroniques. "C'est un vrai problème de santé publique, on l'avait bien vu pendant la dernière vague de chaleur, (avec) le nombre de décès. Le chaud tue plus que le froid et il est important qu'on ait des alertes et des dispositifs" permettant de réagir "rapidement", souligne Françoise Bey, adjointe à la maire chargée des personnes âgées. Avec la canicule, "c'est vraiment des plaintes constantes: il fait trop chaud, on n'arrive pas à dormir, c'est très compliqué, j'essaie de boire...", explique Latifa Bakar, autre "veilleuse".
"L'importance c'est de prendre soin"
"On s'assure que tout va bien, qu'ils s'hydratent bien, qu'ils sont au frais, qu'ils ne sortent pas aux heures de grande chaleur, qu'ils ont quand même une présence au quotidien", détaille Mme Bakar. Mais avec plus d'une centaine de personnes à joindre chaque jour, les "veilleurs" peuvent moins prendre le temps de discuter avec chaque interlocuteur. Et la solitude est ce qui pèse le plus à une septuagénaire contactée par l'équipe. Elle vit dans une résidence séniors climatisée et ne souffre donc pas de la chaleur, mais "ça me handicape beaucoup d'être enfermée. Je le vis très difficilement", confie-t-elle. "Je n'ai pas trop chaud dans mon appartement, mais surtout, je n'ai pas trop de contact avec l'extérieur et là, ça m'ennuie. J'essaie de sortir le matin tôt, mais même en sortant à 8 ou 9 heures, l'atmosphère est encore très lourde, très chaude, le macadam est chaud", déplore-t-elle. Les appels quotidiens lui permettent "de savoir qu'on pense à moi, que je ne suis pas seule au monde". "L'important, c'est de prendre soin" des bénéficiaires, "mais c'est aussi de pouvoir les écouter, et ça leur fait aussi un bien fou, au niveau (de la) santé mentale, c'est ça aussi qui est très important", affirme Françoise Bey.



