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Santé

Arnaud Denis, comédien et metteur en scène, est mort à 43 ans après avoir eu recours à l’euthanasie en Belgique

Publié le
22.09.2026

Le comédien et metteur en scène français Arnaud Denis est mort mardi 22 septembre en Belgique, à l’âge de 43 ans, après avoir eu recours à l’euthanasie. Depuis une opération pour une hernie inguinale en 2023, l’artiste disait vivre avec de lourdes douleurs et une dégradation importante de son état de santé. Il était également devenu l’une des principales voix françaises alertant sur les complications associées aux implants anti-hernie.

Arnaud Denis est mort mardi 22 septembre en Belgique, à l’âge de 43 ans. Le comédien et metteur en scène français a eu recours à une euthanasie afin de mettre fin aux souffrances qu’il disait endurer depuis plusieurs années. Son décès a été annoncé à l’AFP par son avocat, Me Philippe Courtois.

Depuis 2023, son nom était devenu indissociable d’un combat contre les complications liées à certaines prothèses utilisées dans la chirurgie des hernies.

Tout commence le 17 juillet 2023. Arnaud Denis est opéré d’une hernie inguinale droite et reçoit un implant en polypropylène. Dans les semaines et les mois qui suivent l’intervention, il rapporte une succession de problèmes de santé : douleurs intenses, troubles digestifs et neurologiques, fatigue extrême ou encore importante perte de poids.

Face à la persistance de ses symptômes, il finit par se rendre aux États-Unis en avril 2024 pour faire retirer la prothèse. Selon les éléments rapportés dans sa plainte et ses différents témoignages, son état de santé ne s’améliore toutefois pas durablement après cette nouvelle intervention.

Un acteur avant tout marqué par le théâtre

Si son histoire médicale l’avait placé sous les projecteurs ces derniers mois, Arnaud Denis était avant tout un homme de théâtre.

Né à Paris le 31 mai 1983, il s’était formé notamment auprès de Jean-Laurent Cochet avant de passer par le Conservatoire national supérieur d’art dramatique. En 2003, il avait fondé sa propre compagnie, Les Compagnons de la Chimère, et développé au fil des années une activité de comédien, auteur et metteur en scène.

Il avait notamment monté Les Fourberies de Scapin de Molière, L’Importance d’être Constant d’Oscar Wilde, Une vie, adaptée de Maupassant, ou encore Marie des Poules, gouvernante chez George Sand.

L’un de ses derniers grands projets avait été son adaptation des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, présentée à la Comédie des Champs-Élysées. Alors qu’il devait lui-même interpréter Valmont, son état de santé l’avait obligé à renoncer au rôle. La mise en scène lui avait néanmoins valu le prix Laurent-Terzieff du Syndicat de la critique en 2025.

Au cours de sa carrière, Arnaud Denis avait également été nommé à trois reprises aux Molières.

Plus discret au cinéma, il avait notamment joué dans Vivre !, réalisé par Yvon Marciano en 2009, puis dans Yves Saint Laurent de Jalil Lespert en 2014. Il était aussi apparu à la télévision, notamment dans Elles et moi et dans la série Candice Renoir.

Un collectif pour les victimes d’implants anti-hernie

Au fil de son parcours médical, le comédien avait progressivement transformé son cas personnel en combat collectif.

Il avait créé sur les réseaux sociaux le groupe « Victimes françaises des prothèses de hernie », où des centaines de personnes sont venues témoigner de douleurs ou de complications qu’elles associent à leur implant.

Arnaud Denis encourageait notamment les patients à déclarer les effets indésirables auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et réclamait une meilleure prise en charge des personnes présentant des complications après la pose de ces dispositifs.

Les prothèses utilisées pour certaines opérations de hernie restent des dispositifs très largement employés. La survenue de complications ne signifie donc pas que ces implants provoquent systématiquement des problèmes graves.

L’Assurance maladie reconnaît néanmoins parmi les complications possibles des douleurs persistantes plusieurs mois après l’intervention, des inflammations locales, des infections ou encore une récidive de la hernie. Certaines douleurs chroniques peuvent avoir des conséquences importantes sur la vie quotidienne des patients.

Arnaud Denis estimait pour sa part que l’ensemble de ses troubles était lié à l’implant qu’il avait reçu. Le fabricant de sa prothèse, Medtronic, avait indiqué que les données dont il disposait continuaient de montrer un rapport bénéfice-risque positif pour le dispositif concerné. Par ailleurs, certaines hypothèses avancées pour expliquer les symptômes généraux rapportés par le comédien, notamment celle d'un syndrome inflammatoire dit « ASIA », demeurent controversées dans la littérature médicale.

Une procédure judiciaire toujours contestée

En parallèle de son combat public, Arnaud Denis avait déposé le 5 janvier 2026 une plainte contre X pour « blessures involontaires » auprès du pôle de santé publique du parquet de Paris.

Cette plainte a finalement été classée sans suite pour « infraction insuffisamment caractérisée », une décision rendue publique quelques jours seulement avant sa mort. Son avocat avait alors annoncé avoir saisi le doyen des juges d’instruction afin de tenter d’obtenir l’ouverture d’une enquête judiciaire.

Une démarche collective regroupant d’autres patients était également évoquée.

L’euthanasie autorisée sous conditions en Belgique

Dès le début de l’année 2026, Arnaud Denis avait publiquement annoncé avoir engagé une procédure en Belgique pour demander l’euthanasie.

Hospitalisé en Belgique au printemps, il expliquait avoir fait ce choix après plusieurs années de traitements et de démarches médicales sans amélioration suffisante de son état.

Contrairement à la France, la Belgique autorise l’euthanasie depuis 2002 dans un cadre légal strict.

La demande doit notamment être volontaire, réfléchie et répétée, sans pression extérieure. Le patient doit se trouver dans une situation médicale sans issue, souffrir d’une affection grave et incurable et connaître une souffrance constante, insupportable et qui ne peut être apaisée. La décision d’accepter et de pratiquer l’euthanasie appartient au médecin, après le respect d’une procédure et la consultation d’autres professionnels de santé.

À 43 ans, la mort d’Arnaud Denis met brutalement un terme à une carrière essentiellement consacrée au théâtre. Ces dernières années, le comédien avait aussi voulu que son expérience personnelle serve à rendre visibles les patients confrontés à des douleurs persistantes après une chirurgie de hernie.

De l’acteur et du metteur en scène, il restera notamment ses adaptations de grands textes du répertoire et ses trois nominations aux Molières. Mais Arnaud Denis souhaitait également laisser derrière lui le combat qu’il avait engagé pour que les complications rapportées par certains porteurs d’implants anti-hernie soient davantage étudiées et prises en charge.

Benjamin Laurent
5 min

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