En chiffres :
- Près d’1 personne sur 7 dans le monde présente un trouble mental, selon l’OMS ;
- 1 personne sur 4 sera touchée par un trouble psychique à un moment de sa vie.
Lorsqu’un membre de la famille traverse des troubles psychiques ou des difficultés liées à une addiction, cela peut aussi avoir des effets sur l’entourage ; et notamment sur les plus jeunes. C’est à eux que s’adresse Les Funambules, un dispositif porté par la Fondation Falret, qui accompagne les moins de 30 ans confrontés aux troubles psychiques d’un proche (parent ou membre de la fratrie).
Un trouble psychique est une altération majeure des grandes capacités de l’être humain comme la pensée, la mémoire, l’attention, la régulation des émotions ou du comportement. Il existe plusieurs sortes de troubles psychiques comme la dépression, l’anxiété, les troubles du comportement alimentaires, les troubles schizophréniques, bipolaires ou borderlines.
Au sein de la structure des Funambules, Laure Herbert, psychologue clinicienne, reçoit des jeunes en quête d’écoute, de repères et de soutien. L’accompagnement, assuré par des psychologues, prend la forme de consultations individuelles et ponctuelles. Les jeunes peuvent solliciter eux-mêmes ce lieu ressource ou y être orientés, notamment par des professionnels de la protection de l’enfance, de l’éducation nationale, de la psychiatrie adulte ou de la pédopsychiatrie, avec lesquels le dispositif travaille en partenariat.
Pensé aussi comme un soutien aux familles dans leur rôle éducatif, Les Funambules poursuit aujourd’hui son développement. Né dans la capitale, le dispositif a récemment ouvert une antenne à Lyon, première étape d’un projet d’essaimage national.
Quand un nouveau jeune se présente aux Funambules, quels sont généralement ses premiers besoins ?
Laure Herbert : Il n’existe pas de parcours type, les modalités varient selon les situations respectives des personnes que l’on reçoit. Mais chez les jeunes adultes, les premiers questionnements portent fréquemment sur l’autonomisation, la prise de distance et la possibilité de s’autoriser à vivre pour soi, parfois au détriment du soutien apporté au proche atteint d’un trouble psychique. Ces réflexions s’accompagnent souvent d’un grand sentiment de culpabilité.
Les plus jeunes, quant à eux, nous posent des questions concrètes : qu’est-ce qu’un trouble psychique ou somatique ? Le trouble dont est atteint mon proche est-il contagieux ? Que se passe-t-il lorsque mon proche est hospitalisé ? Quels sont ses traitements médicamenteux ?
Chez Les Funambules, nous avons fait le choix d’utiliser le terme de « jeune proche » et pas « d’aidant », que l’on juge inadapté sur le plan éthique. Car tous les jeunes ne souhaitent pas occuper ce rôle-là et n’ont pas forcément envie d’être dans l’aidance. C’est pour cela que notre accompagnement se centre sur le lien affectif et relationnel, ainsi que sur la place de chacun au sein de la famille, même auprès de jeunes qui sont amenés à prendre de la distance avec leur famille, voire à couper les liens.
Les jeunes ont-ils toujours conscience des troubles psychiques vécus par leur proche ?
LH : Oui, la prise de conscience varie selon les situations. Certains enfants disposent de nombreuses connaissances et utilisent un vocabulaire d’adultes, ce qui peut être assez troublant, notamment lorsque l’entourage communique beaucoup sur le trouble psychique. À l’inverse, dans certaines familles, les troubles sont peu évoqués, voire tabous, et le diagnostic peut ne pas être nommé. C’est la raison pour laquelle l’accès à l’accompagnement des Funambules ne nécessite pas de diagnostic préalable du proche en question.
Notre travail, en tant que psychologues, consiste à favoriser l’ouverture de la parole et du dialogue au sein de la famille, afin d’apporter des informations rassurantes qui apaisent les angoisses des jeunes. Après plusieurs entretiens individuels, on propose parfois de recevoir la fratrie, dans l’objectif d’aborder des sujets plus difficiles. Un accompagnement peut également être proposé au parent, dans une perspective de soutien à la parentalité et de conciliation entre le rôle parental et les troubles vécus.
Le fait de recevoir d’autres membres de la famille permet au jeune de disposer d’un espace qui lui est propre, notamment dans des contextes où l’attention familiale est centrée sur la personne qui présente des troubles. Cet espace permet au jeune de se décharger et d’exprimer ses émotions ; la honte, la colère, la tristesse.
Quelles peuvent être les incidences sur la santé mentale et le lien social d’un jeune concerné par la souffrance psychique d’un membre de sa famille ?
LH :Dans ma pratique, j’ai pu observer des phénomènes de parentification : l’attribution de rôles ou de responsabilités non adaptées à l’âge de l’enfant. Cette situation de vie peut avoir des répercussions sur sa scolarité, par exemple. J’ai été amenée à accompagner un adolescent dont la maman souffre de troubles psychotiques, qui ratait l’école pour rester auprès de sa mère.
Dans certaines familles, le proche concerné par un trouble peut couper les ponts avec son entourage et s’isoler. Cet isolement est susceptible de provoquer un isolement de l’enfant à son tour, qui souvent n’évoque pas sa situation à d’autres adultes ou à ses amis.
Il y a vraiment cette distinction entre la vie à domicile et la vie à l’extérieur, qui freine d’ailleurs la création de liens sociaux. La stigmatisation sociale est forte, elle conduit certains jeunes à craindre de parler de ce qu’il se passe à la maison, d’être jugé ou séparé du parent concerné.
Considérez-vous que ces jeunes proches sont invisibilisés par la société ?
LH : Ils ne sont pas uniquement invisibilisés ; leurs représentations varient selon les professionnels et les institutions, ce qui entrave le dialogue entre les structures et la construction de réponses adaptées. L’invisibilisation est déjà présente en psychiatrie adulte, où la question de la parentalité peut ne pas être posée. Certains enfants accompagnent leurs parents en consultation sans être eux-mêmes reçus, ni considérés. Il y a des fratries qui ne reçoivent pas d’explications sur les troubles de leur proche et qui se retrouvent isolées.
Différents regards coexistent sur ces jeunes-là. Celui de l’aidant, qui ouvre certains droits mais peut aussi enfermer dans un rôle non souhaité. Celui de « l’enfant en danger » face aux troubles de son proche, alors que ça n’est pas du tout le cas. Puis celui de « l’enfant à risque », notamment au regard de l’hérédité.
On tombe dans une vision assez déterministe ; Les Funambules ne critique pas le discours des professionnels mais considère qu’il faut penser les choses tous ensemble et reconnaître la spécificité du vécu des jeunes proches pour ne pas les enfermer dans une vision restrictive. C’est notamment pour cela que l’on sensibilise les professionnels, qu’ils puissent porter une attention particulière sur ces jeunes et les orienter correctement.
Si un de vos proches est concerné par un trouble psychique et que vous ressentez le besoin d’être accompagné ou d’obtenir des réponses, rendez-vous sur JEFPsy, une plateforme en lien direct avec le dispositif des Funambules.
Propos recueillis par Ophélie Barbier.
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