Scarlet Street / Fritz Lang
Scarlet Street (« La Rue rouge ») s’inscrit dans la période américaine de Fritz Lang.
Le célèbre réalisateur a débuté sa carrière hollywoodienne en 1934. Il a expérimenté tous les genres cinématographiques et à partir des années 1940, il s’est lancé également dans le film noir, comme ce film, un an après avoir fait « La Femme au portrait » (plus connu et plus abouti) où jouent déjà Edward G. Robinson et Joan Bennett.
Auparavant, lors de sa première première période allemande, Fritz Lang a réalisé ses chefs d’œuvre du cinéma expressionniste : « Docteur Mabuse le joueur » (1922), « Métropolis » (1926), « M le maudit » (1931, son premier film parlant), « Le Testament du Docteur Mabuse » (1932)…
En 1945, Fritz Lang fonde sa propre société de production avec Walter Wanger et Joan Bennett, la Diana Prod.Inc., qui produit Scarlet Street.
Adaptation du roman « La Chienne de Georges de la Fouchardière (1929), le film est un remake de « La Chienne », film de Jean Renoir de 1931.
Difficile à résumer, l’intrigue se révèle un engrenage de plusieurs manipulations. Avec un suspense qui ne faiblit pas et de nombreux rebondissements, la surenchère des machinations ne peut que conduire à la tragédie. Comme toujours dans les films de Fritz Lang, le scénario nerveux, les jeux d’éclairage et la photographie très travaillée (de Milton R. Krasner, qui a accompagné les plus grands réalisateurs de films noirs) façonnent un film captivant et inquiétant, où la caricature des personnages sert un propos plus général.
Le personnage de Christopher Cross (joué par Edward G. Robinson), modeste notable et peintre du dimanche, à la fois touchant de sincérité et affligeant de crédulité, court à sa perte du début à la fin du film.
La « femme fatale » interprétée par Joan Bennett déploie son double jeu aguicheur tout en étant elle-même victime de ses propres penchants et de l’emprise de son amant. Celui-ci (joué par Dan Duryea) affiche sa gouaille et sa malhonnêteté, entre gigolo et maquereau, pour finir par être le plus berné de tous.
Scarlet Street est bien un film noir à tous les sens du terme. Déroulant une vision pessimiste du monde, de l’espèce humaine, il ne laisse aucune issue : les « méchants » sont punis, et les « bons », qui sont faibles, le sont aussi.
On retrouve les thèmes chers à Fritz Lang : le destin, le bien et le mal, la folie…
Le personnage de Christopher, seul survivant de cette sombre histoire, finit hanté par le dilemme moral, par ses fantômes, par la culpabilité. De brave type, un peu naïf (comme sa peinture), il est devenu un pauvre type, un « raté » (tel qu’il se considère lui-même dès le début du film) car comme le dit le cinéaste à travers un personnage de journaliste - une sorte de présage avant le dénouement dramatique - « nous avons tous un tribunal intérieur » et « personne ne peut échapper à son crime ».


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