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Littérature et Bande dessinée

Rentrée litéraire : Alexandrine Descotes publie son premier roman : Le Nénuphar

Publié le
21.09.2026

En refermant le livre d'Alexandrine Descotes, je suis bien en peine de le qualifier. Est-ce que je tiens dans mes mains un documentaire, une investigation familiale, un roman de fiction ou bien une œuvre de non-fiction, comme aiment les appeler les Américains ? Cette difficulté de classement, besoin impérieux de l'esprit, est ce qui fait tout le charme de ce livre. Les ovnis, chez Cortex Média, c'est un peu notre tasse de thé.

Pendant 190 pages, l'autrice déroule trois histoires. Il y a tout d'abord la grande, celle dont tout va découler : l'histoire de la médecine et de ses erreurs, pour ne pas dire de ses errements. Nous sommes dans les années 1950, et les médecins français prescrivent un œstrogène de synthèse, commercialisé sous le nom de Distilbène. La molécule sera par la suite fortement soupçonnée de créer des malformations et sera interdite en France en 1977, six ans après les Américains. Il paraît que l'erreur est humaine.

La molécule et les malformations

La grand-mère d'Alexandrine Descotes fait partie de ces femmes à qui l'on prescrira le médicament. Hasard ou non, son enfant naîtra avec une malformation de la vessie : une exstrophie vésicale. En clair, la vessie s'est formée à l'extérieur de l'abdomen. C'est la seconde histoire du livre : celle d'une famille qui va courageusement affronter les difficultés et tout faire pour que son enfant vive. Une maman qui prend l'avion pour rencontrer le seul chirurgien capable d'opérer son fils, à une époque où le téléphone portable n'existe pas. Un enfant qui, une fois devenu adulte, ne saura pas s'il est capable ou non d'avoir à son tour des enfants. C'est une véritable autopsie d'une vie de famille transpercée par un handicap que nous livre l'autrice. Au passage on rencontre un chirurgien collectionneur de vestiges nazis. Il y a dans ce livre une galerie de personnages telle que l'on se demande si, parfois, la réalité n'est pas meilleure que la fiction.

Et l'autrice dans tout ça ?

La dernière histoire qui nous est livrée est la sienne : celle d'une enfant née par fécondation in vitro en 1988. Retour à l'histoire de la médecine, la boucle est bouclée. Je ne sais pas si autant d'histoires se sont un jour mêlées dans une famille, dans un livre.

Quoi qu'il en soit, cette histoire est celle d'Alexandrine Descotes, et elle nous fournit un témoignage d'une justesse et d'une tendresse à faire pâlir Proust. On sent à chaque page l'admiration qui guide l'autrice et qui nous pousse à la suivre. Ce livre n'est pas un témoignage, c'est un hommage. Un hommage à trois générations qui se sont battues pour survivre, puis s'aimer, puis enfin briser un silence trop pesant. Comme elle le dit : « J'écris pour écraser la honte. Écraser la honte et faire jaillir la fierté. J'écris parce que je suis fière de mon père. »

Un livre à lire absolument.

Benjamin Laurent
2min

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