Médecin de santé publique, Étienne Pot pilote depuis 2023 la stratégie nationale consacrée à l’autisme et aux autres troubles du neurodéveloppement. À la tête de la délégation interministérielle, il défend une politique fondée sur les connaissances scientifiques et mène une offensive particulièrement ferme contre les approches psychanalytiques dans l’accompagnement des personnes autistes.
Nommé délégué interministériel à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement, en novembre 2023, Étienne Pot hérite d’une mission particulièrement ambitieuse. Il doit coordonner l’action de l’État concernant l’autisme, les troubles Dys, le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, et le trouble du développement intellectuel.
Son rôle consiste notamment à faire travailler ensemble les différents ministères, à accompagner le déploiement des mesures dans les territoires et à améliorer les parcours des enfants comme des adultes concernés. La stratégie nationale 2023-2027 qu’il pilote comprend 81 mesures autour de la recherche, du repérage précoce, de la scolarisation, de l’emploi, de la formation des professionnels et de l’accès à des accompagnements adaptés.
Un médecin familier du secteur médico-social
Étienne Pot n’est pas un haut fonctionnaire au parcours exclusivement administratif. Médecin de santé publique et addictologue, il a exercé dans plusieurs structures sanitaires et médico-sociales.
Il a notamment travaillé au sein de la Fondation des Amis de l’Atelier, qui accompagne des personnes en situation de handicap, puis à la Fondation John Bost, dont il est devenu directeur médical. Il a également apporté son expertise au Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie et à la Haute Autorité de santé.
Une opposition frontale à la psychanalyse
C’est principalement sur la question de l’autisme qu’Étienne Pot se distingue par la fermeté de ses prises de position. Le médecin s’attaque ouvertement à la place qu’occupe encore la psychanalyse dans certains établissements sanitaires et médico-sociaux.
Pendant des décennies, plusieurs théories psychanalytiques ont présenté l’autisme comme la conséquence d’une relation défaillante entre l’enfant et ses parents, en particulier avec sa mère. Ces conceptions ont notamment contribué à culpabiliser de nombreuses familles.
Étienne Pot défend une vision radicalement différente. L’autisme est un trouble du neurodéveloppement, présent dès les premières étapes du développement de l’enfant. Il ne résulte ni d’un manque d’affection, ni d’une mauvaise éducation, ni d’une défaillance parentale.
En août 2024, le délégué interministériel alertait ainsi sur le retour de la psychanalyse dans le champ de l’autisme « sous des habits neufs ». Selon lui, certaines structures continuent à utiliser des pratiques inspirées de ces théories sans toujours les présenter clairement comme telles.
Sa critique ne porte pas seulement sur une opposition intellectuelle entre différentes écoles de pensée. Étienne Pot considère que l’utilisation de méthodes non validées peut représenter une véritable perte de chance pour les enfants autistes. Le temps consacré à interpréter leur comportement à travers des concepts psychanalytiques peut retarder la mise en place d’interventions destinées à favoriser la communication, les apprentissages et l’autonomie.
La science comme ligne directrice
À la tête de la délégation, Étienne Pot défend des interventions fondées sur les connaissances scientifiques et conformes aux recommandations de la Haute Autorité de santé. Il insiste notamment sur les approches développementales, éducatives et comportementales, ainsi que sur la nécessité d’évaluer régulièrement les progrès de chaque personne.
Il soutient également le repérage précoce des signes de développement inhabituel. Pour lui, identifier rapidement les difficultés d’un enfant ne doit pas conduire à l’enfermer dans une étiquette. Le diagnostic doit au contraire permettre aux familles d’obtenir plus tôt un accompagnement adapté.
Cette politique passe aussi par une meilleure formation des professionnels de santé, de l’éducation et du secteur médico-social. Étienne Pot critique régulièrement la persistance, dans certaines formations universitaires, de conceptions de l’autisme qui ne correspondent plus à l’état actuel des connaissances scientifiques.
Il souhaite également renforcer la place des personnes concernées et de leurs familles dans les décisions. Leur expérience doit, selon lui, être davantage prise en compte dans la construction et l’évaluation des politiques publiques.
Faire appliquer les recommandations
Étienne Pot ne veut plus que les recommandations restent de simples documents consultatifs. Il demande que les établissements financés par l’argent public proposent des accompagnements conformes aux bonnes pratiques.
Il a ainsi évoqué la possibilité de renforcer les contrôles dans les structures accueillant des enfants autistes. Lorsque des pratiques non recommandées sont utilisées au détriment des personnes accompagnées, des inspections peuvent être déclenchées avec les agences régionales de santé. Des mesures correctives, voire des sanctions, peuvent alors être envisagées.
Cette fermeté suscite naturellement des oppositions dans certains milieux psychiatriques et psychanalytiques. Elle répond cependant à une revendication ancienne de nombreuses associations de familles, qui dénoncent depuis plusieurs années le retard français dans l’accompagnement de l’autisme.
Une délégation confrontée à la réalité du terrain
L’action d’Étienne Pot ne se résume pas à son combat contre la psychanalyse. La délégation interministérielle doit également répondre au manque de professionnels formés, aux difficultés d’accès au diagnostic, à la saturation de certaines structures et à l’insuffisance des solutions pour les adolescents et les adultes.
L’écart entre les annonces nationales et leur application locale demeure considérable. La délégation peut produire des guides, financer des dispositifs, former les professionnels et coordonner les administrations. Mais elle dépend ensuite des ministères, des agences régionales de santé, de l’Éducation nationale et des établissements pour transformer concrètement les pratiques.
Le passage d’Étienne Pot à la tête de la stratégie nationale restera néanmoins marqué par une ligne claire : replacer les troubles du neurodéveloppement dans le champ de la santé publique et de la recherche scientifique. Son offensive contre la psychanalyse illustre cette volonté de rupture. Pour lui, l’enjeu n’est plus de faire cohabiter toutes les approches, mais de garantir aux personnes autistes des accompagnements dont l’efficacité peut être démontrée

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