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Le rouge et le noir Le chef d’oeuvre de Claude Autant Lara en SME

Publié le
02.10.2025

Le Rouge et le noir / Claude Autant-Lara

Le célèbre roman de Stendhal de 1830, Le Rouge et le Noir, a fait l’objet de plusieurs adaptations cinématographiques. Le film réalisé par Claude Autant-Lara date de 1954, il obtient le Prix SFCC de la Critique (Syndicat Français de la Critique de Cinéma). D’une durée de plus de trois heures, il réunit les acteurs prestigieux que sont alors Gérard Philipe et Danielle Darrieux.

Tout comme le roman, le film est divisé en deux parties, mais il commence par la fin de l’histoire : la condamnation à mort de Julien Sorel, dont le parcours se déroule ensuite dans un long flash-back. La première partie se passe en Franche-Comté. Fils de charpentier, séminariste, Julien Sorel entre dans la famille de Rênal pour être précepteur des enfants. Il vit une passion cachée avec l’épouse. La seconde partie porte sur la vie de Julien Sorel à Paris où il est le secrétaire du marquis de La Mole et vit de nouveau une passion avec la fille de son employeur.

D’emblée, le vrai sujet est donné, au-delà du romanesque : d’origine pauvre, protégé par un abbé, tiraillé entre son goût pour l’armée et son entrée en séminaire, Julien a voulu monter dans l’échelle sociale et il déclare que c’est cela le vrai motif de sa condamnation par « des bourgeois indignés » (et non la tentative de meurtre de Mme de Rênal). Car il ne faut pas oublier que le sous-titre du roman stendhalien est « Chronique du XIXe siècle ».

Tout au long de sa vie, Julien a rencontré des personnalités influentes qui, séduites par son esprit brillant et son charme fier, ont voulu lui ouvrir la voie vers une carrière, tout en le contrôlant. Mais c’était compter sans l’impatience, la maladresse et le tempérament révolté du personnage. Le film prend son temps (peut-être un peu trop parfois) et déploie les ruses, mensonges et aventures de Julien Sorel, qui n’est pas seulement pris à son propre piège de séducteur romantique, mais aussi dépassé par la bienséance, les conventions et les barrières sociales. Julien Sorel a failli réussir son ascension sociale et devenir ce que l’on appellerait aujourd’hui un « transfuge de classe », mais il s’est laissé perdre par les désordres amoureux, à l’époque très cloisonnée de la Restauration.

Claude Autant-Lara, qui était un inconditionnel de Stendhal, a introduit tout au long du film une voix off restituant par des extraits du livre les pensées du personnage. Il a d’autre part inséré, entre les scènes, des cartouches qui reproduisent des citations de l’auteur. Très long et ultra classique, le film a été particulièrement critiqué à sa sortie par les futurs cinéastes de la Nouvelle Vague, qui lui reprochaient l’académisme du cinéma français d’après-guerre. On peut en effet trouver que le film ne fait pas vraiment dans l’ellipse ni dans la mise en scène audacieuse, mais au contraire dans l’application presque littérale du scénario littéraire. Il se regarde néanmoins sans déplaisir, grâce au jeu des acteurs (même si celui-ci reste théâtral) et au quasi-suspense créé par l’intrigue qui réunit des personnages ambivalents et torturés : Julien Sorel, jeune homme dévoré d’ambition mais qui ne résiste pas à son talent de séduction ; Louise de Rênal, épouse chrétienne rongée à la fois de passion interdite et de culpabilité ; Mathilde de La Mole, jeune aristocrate manipulatrice. 

L’intérêt du film (qui est d’abord celui du livre) réside surtout dans la peinture acide qu’il fait de la société de l’époque, muselée par le pouvoir monarchique aussi bien que religieux. Cette période de l’histoire, bien que post-révolutionnaire et post-napoléonienne, est caractéristique d’un retour à l’ordre, avec l’autorité, nobiliaire et cléricale, propre à l’Ancien Régime – ce que montre très bien le film.

Corinne Guerci
5min. de lecture

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