Intouchables, ou l'alibi du handicap
Adaptation de la vie de tétraplégique de l'aristocrate Philippe Pozzo di Borgo, dirigeant d'entreprises devenu à l'âge de 42 ans tétraplégique C1-C2 du fait d'un accident de parapente, Intouchables est le film français le plus populaire du 21e siècle, avec plus de 52 millions d'entrées dont 20 millions en France. Ce succès réalisé en 2011 par le duo Olivier Nakache et Éric Toledano repose sur la performance de l'acteur Omar Sy, jouant l'aide humaine du riche paralysé en déployant tous les stéréotypes du black de banlieue : ex-taulard vivant dans le HLM familial, marrant et ambianceur, profiteur et voleur, mais quand même sensible et bienveillant. Portant le film par son bagout et des formules choc (son « pas de bras, pas de chocolat » est passé dans le langage courant), il écrase le personnage incarné par un François Cluzet au jeu réduit à des expressions faciales. En dehors de cette contrainte, le handicap ne constitue guère qu'un argument, le comique de situation pouvant fonctionner dans d'autres contextes. Et finalement, Intouchables n'apprend pas grand chose aux spectateurs sur la vie des adultes tétraplégiques, en tous cas moins que L'homme de chevet (Alain Monne, 2009) dans lequel Sophie Marceau est autrement crédible dans un rôle de grande bourgeoise paralysée des suites d’un accident qui a construit autour de son corps une prison dont elle ne veut pas sortir, face à un Christophe Lambert incarnant un aidant alcoolique en déshérence jusqu'à sa rédemption finale. Un film vu en France par seulement 250.000 spectateurs...


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