Le gouvernement prévoit de doubler les plafonds annuels des franchises médicales, qui passeraient de 100 à 200 euros. Une hausse qui pourrait particulièrement pénaliser les personnes âgées et les patients atteints de maladies chroniques.
Le gouvernement, pour freiner la croissance des dépenses de santé, va doubler de 100 à 200 euros par an le montant maximum des franchises payées par les assurés sociaux sur les boîtes de médicaments, actes paramédicaux, transports et consultations médicales.
"Nous doublons ce plafond qui n'a pas évolué depuis 20 ans", a annoncé jeudi la ministre de la Santé sur RMC, ajoutant qu'un décret était en préparation sans préciser quand elle entrerait en vigueur.
"Si vous êtes quelqu'un qui a une maladie chronique, en moyenne, c'est 78 euros par an actuellement" payé par l'assuré, "donc si on double, on peut estimer qu'il sera plutôt à 150 qu'à 200 euros", a précisé Stéphanie Rist.
Elle a justifié le choix du gouvernement par la nécessité de trouver des ressources pour "continuer à investir dans notre hôpital", pour "l'accès aux soins" et pour pouvoir toujours développer "les médicaments les plus efficaces".
Elle n'a pas indiqué le montant d'économies escompté pour l'Assurance maladie. Selon le journal économique Les Echos, la mesure, déjà envisagée par le gouvernement Bayrou avant d'être rejetée, rapporterait 750 millions d'euros.
Dans la pratique, le doublement annoncé concerne deux plafonds différents.
Le gouvernement veut désormais limiter à 100 euros, contre 50 actuellement, les franchises payées par les patients sur les boîtes de médicament (1 euro par boîte), les actes paramédicaux (1 euro par acte) et les transports (4 euros par transport).
Il veut également limiter à 100 euros, contre 50 actuellement, les "participations forfaitaires" réglées par les assurés sur les consultations médicales (2 euros à chaque consultation, examen de radiologie ou analyse de biologie médicale).
"Il y a 18 millions de Français qui ne payent pas ces plafonds puisqu'ils sont soit fragiles financièrement, ils ont la complémentaire santé solidaire, soit ce sont des femmes enceintes, soit ce sont des mineurs", a indiqué Mme Rist pour prévenir les critiques devant cette majoration.
Pour les syndicats c'est un "impôt sur la maladie"
Mais les réactions des syndicats n'ont pas tardé.
"On s'attendait à des sales coups pendant l'été, c'était implicite dans (...) l'annonce de chercher un milliard de coupes sur la +Sécu+ dès 2026" faite par le gouvernement en juillet, a dénoncé Denis Gravouil, de la CGT. "Ce sont des restes à charge pour les plus fragiles, on continue le déshabillage de la Sécurité sociale".
"Il aurait été plus sage, de la part du gouvernement, d'attendre le prochain budget de la Sécurité sociale (NDLR : à l'automne) pour tout mettre sur la table" et mettre également à contribution "les entreprises", les "industries du médicament" ou "les professionnels de santé", selon le secrétaire général adjoint de l'Unsa Dominique Corona, qui dénonce une mesure "scandaleuse".
Les plus touchés "seront les personne polypathologiques", souvent âgées, par exemple "une personne atteinte à la fois de diabète, d'une difficulté cardiaque, un peu d'obésité...", s'est inquiété auprès de l'AFP Gérard Raymond, président de la principale fédération de patients, France Assos Santé.
Les patients dialysés par exemple vont "tous devoir payer plus pour leurs soins", a abondé Yvanie Caillé, la présidente de l'association de malades du rein Renaloo. "C'est un véritable impôt sur la maladie qui est prélevé."
Pour la Mutualité Française, qui représente près de 500 mutuelles, la mesure "pèsera avant tout sur les personnes âgées et les patients atteints de pathologies chroniques, sans traiter les causes profondes des difficultés de financement du système de santé".
Son président Eric Chenut déplore dans un communiqué "une hausse de la contribution des ménages" et des "transferts de charges" au 1er janvier 2027 entre 1,5 et 1,7 milliard d'euros de dépenses de l'Assurance maladie vers les complémentaires santé qui concerneront "les soins dentaires, les dispositifs médicaux, les transports sanitaires et certains médicaments", qui "ne permettront pas de répartir équitablement les efforts".
A l'automne dernier, le gouvernement Lecornu avait prévu de doubler le montant des franchises elles-mêmes dans le budget de la Sécurité sociale pour 2026. Mais faute de compromis, le projet avait finalement été abandonné pendant les débats parlementaires.
Le budget de la Sécurité sociale 2026 prévoit une augmentation des dépenses de santé (Ondam) de 3,1%, soit 8,2 milliards d'euros en 2026, mais des signes de dérapages des soins de ville apparaissent déjà.



