Le doublement du plafond annuel des franchises médicales, qui doit passer de 100 à 200 euros, suscite l’inquiétude des représentants de patients. France Assos Santé redoute une hausse du reste à charge et des renoncements aux soins, notamment parmi les personnes âgées, atteintes de maladies chroniques ou de plusieurs pathologies.
Le doublement du plafond des franchises sur les consultations et les médicaments, annoncé jeudi par l'exécutif, est une "erreur monumentale", qui "va culpabiliser" et frapper les personnes vulnérables et polypathologiques, déplore la principale fédération de patients France Assos Santé.
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé le doublement, de 100 à 200 euros, du montant maximum annuel, pour chaque patient, des franchises médicales et participations forfaitaires, soit les restes à charge qui ne sont remboursés ni par l'Assurance maladie, ni par les complémentaires santé, sur chaque consultation, boîte de médicaments, acte paramédical, examen radiologique, biologique, ou transport sanitaire.
"Pour les plus malades, c’est la double, triple, quadruple peine", juge le président de France Assos Santé, Gérard Raymond: ils vont mal, ont déjà des restes à charge importants (dépassements d'honoraires notamment), peinent à trouver des médecins, et "sont montrés du doigt" au prétexte qu'ils coûtent cher.
"La façon dont c'est présenté, c'est extrêmement culpabilisant", regrette-t-il auprès de l'AFP, y voyant une "erreur monumentale".
France Assos Santé regroupe une centaine d’associations qui représentent essentiellement des malades, mais aussi des personnes âgées, handicapées, précaires...
Les plus éprouvés par cette mesure "seront les personnes polypathologiques", souvent âgées, par exemple "une personne atteinte à la fois de diabète, d'une difficulté cardiaque, d'obésité...", explique-t-il.
Il suggère de "réfléchir au pourquoi de leur consommation de soins": "Pourquoi certains nécessitent 50 boîtes de médicaments par an, plus de 25 consultations par an ? Il y a peut-être une autre manière d'accompagner ces personnes que de multiplier les actes", observe-t-il, en proposant aussi de "regarder les prescriptions de médicaments dans les Ehpad", pas forcément toutes "justifiées".
"Ces mesures créent de la défiance. On va avoir des renoncements aux soins, une incompréhension, des patients qui vont se dire +on paye de plus en plus cher, (mais) la qualité n'est pas là", anticipe M. Raymond.
"Quand le Premier ministre dit vouloir +demander un effort à ceux qui achètent plus de 50 boîtes par an+, c'est aberrant, c'est une méconnaissance totale des maladies chroniques", estime aussi Ghislaine Sicre, présidente du syndicat Convergence infirmière.
Elle calcule par exemple les besoins d'un patient victime d'infarctus: entre le "médicament pour la régulation du cœur, vendu par boîte de 28 pilules", les anticoagulants, les anti-cholestérol et celui qui "protège l'estomac", le patient se voit prescrire plus de 60 boîtes par an, pour "une seule pathologie". "Imaginez si vous en avez trois", soupire-t-elle.
"Les personnes en affection longue durée (malades chroniques) ne sont pas exonérées des franchises", souligne Agnès Giannotti, présidente du syndicat de médecins MG France.
"Ce sont les plus malades. Ils ont souvent le tiers payant" (prise en charge directe des soins, sans paiement du patient au comptoir) donc l'Assurance maladie récupère les franchises sur de futurs remboursements, et "un jour s'ils vont chez le dentiste ou changent de lunettes, ils ne seront pas remboursés du tout".
Selon une étude de la Drees de février, "augmenter le plafond des franchises médicales coûte davantage aux ménages âgés ou en mauvaise santé qu’une hausse de leur montant unitaire".



