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Repérer les Troubles des Conduites Alimentaires (TCA) à l'école

Dernière mise à jour : 17 mai

En France, plus de 600 000 jeunes adolescents sont concernés par les Troubles des Conduites Alimentaires (TCA) à l'école. Et plus de la moitié n’est pas diagnostiquée et accompagnée. Entre souffrance cachée et déni des parents, il peut être difficile d’y voir clair pour repérer les premiers signes. Explications avec Maryline Le Toumelin, infirmière en collège.


Cours de récréation d'un collège.

Cortex : Comment se déroule un diagnostic d’un adolescent qui montrerait des signes d’un TCA au collège ?


Maryline Le Toumelin : « Généralement, je suis prévenue en premier par le personnel enseignant, le professeur de sport plus particulièrement. Ensuite, je reçois l’élève en question, on discute de tout : du sommeil, de comment ça se passe au collège, à la maison, comment ça se passe l’alimentation… Puis j’effectue un examen médical : je les mesure et je les pèse, puis en fonction, je propose un suivi et j’accompagne toutes les semaines.


Il m’est arrivé d’avoir des cas beaucoup plus graves où il fallait réagir immédiatement. En 5ème, j’ai reçu une fille qui avait fait de nombreux malaises dans la journée, quand je l’ai eu j’ai immédiatement appelé le 15, et même si les parents ne veulent pas, on la fait hospitaliser, sinon c’était arrêt cardiaque de la jeune ».


Est-ce que les élèves acceptent facilement de se faire accompagner ?


« Non absolument pas. Ils me fuient la plupart du temps. Pour eux tout va bien, ils ne veulent pas en parler à leur parents, ils ne veulent surtout pas être hospitalisés, ils veulent être très discrets et se cacher. Ils ne voient pas le problème, pour eux il y a toujours une explication. Quand on va leur montrer que c’est anormal, ils vont croire qu’on est l’ennemi, qu’on va contre eux, et qu’il y a toujours une explication qui n’est pas leur trouble alimentaire ».


Comment est-ce que vous faites pour contourner ce blocage alors ?


« Nous les infirmières scolaires, on est formées à l’écoute active. Le but du jeu, c’est d’instaurer un climat de confiance. On doit montrer aux enfants qu’on peut garder le secret médical, parler, alerter, en étant le plus transparent possible. C’est très important de construire ce lien dès le départ, parce qu’après on va être le lien entre l’enfant et la famille dans le diagnostic et l’accompagnement jusqu’à l’hôpital. On va préparer le départ de l’élève, puis son retour, pour qu’il soit toujours accompagné. On est le pilier de tout ça ».


Et les parents ? Comment réagissent-ils quand vous leur annoncez ?


« Les parents eux-mêmes dès fois se voilent la face pour protéger leur enfant. Quand je les appelle pour les prévenir que leur enfant souffre d’un TCA, il y a souvent beaucoup de réticence et d’incompréhension, donc je dois trouver les bons arguments pour leur faire comprendre l’urgence de la situation et que ça ne va pas s’améliorer, même s’ils sont persuadés de l’inverse. Mais ils ne sont pas à incriminer pour autant, car c’est un choc pour eux. Ils ne l’ont pas vu car leur enfant leur a caché en leur disant ‘je n’ai pas faim’, "les repas à la cantine ne sont pas bons"... et ils arrivent toujours à trouver des mécanismes pour le cacher, et pour dire que tout va bien. Puis vu qu’ils ont de très bonnes notes souvent, il n’y a pas de raison de s’inquiéter pour eux ».


Quels conseils donneriez-vous aux parents ?


« Déjà, dès qu’ils repèrent des premiers signes, même si leur enfant leur dit ‘non tout va bien, je n’ai juste pas très faim’, et que c’est répétitif, il faut aller se renseigner. Aller voir un médecin en qui ils ont confiance, demander des conseils, pour se faire guider et savoir si d’autres signes pourraient indiquer un TCA.

En tout cas, il ne faut pas refuser l’aide médicale et l’accompagnement qui ne peut qu’être bénéfique ».


Comment se passe le retour au collège ?


« Quand l’enfant est de retour au collège, je m’assure que les demandes de repas sont respectées par la cantine. On a des contrats repas que l’hôpital nous a transmis et je m’assure que l’élève respecte bien ses quantités. Au niveau social, j’ai souvent un lien avec les amis de l’élève qui viennent me prévenir en cas de problème. Et je fais en sorte de rester la plus discrète possible. Pour les parents, il faut accompagner son enfant à remanger correctement, il faut l’écouter et surtout ne pas le forcer »


Et après le collège ? Y-a-t-il toujours un suivi ?


« Quand l’enfant passe au lycée, je n’ai plus de suivi direct, mais on communique toujours entre infirmières pour se tenir au courant et assurer la transition. On a donné toutes les armes à l’enfant pour que le suivi se fasse au mieux. Et généralement il n’abandonne pas. Je sais que j’ai fait de mon mieux pour accompagner cet élève, je n’ai pas de frustration à les voir grandir. Dès fois je vois leurs frères et/ou leurs sœurs dans le même collège quelques années plus tard et ils me donnent des nouvelles, donc c’est positif de les savoir guérir peu à peu de la maladie ».


Retrouvez nos contenus sur les troubles des conduites alimentaires sur www.cortex-media.tv



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