top of page

Interview de Christiane Mordelet « Partages entre ciel et terre »

Dernière mise à jour : 22 févr.




En octobre 2016, sept jeunes adolescents présentant un trouble du développement intellectuel et leurs deux éducatrices, Anne Marillet et Florence Toinard, partent à la rencontre d’une association de personnes en situation de handicap au Ladakh, dans l’Himalaya.


A l’origine de ce projet, Christiane Mordelet, enseignante à la retraite, devenue réalisatrice de documentaires.


Nous rencontrons Christiane pour nous parler du film « Partages entre ciel et terre » tiré de cette expérience hors du commun. Un film à voir sur Cortex, évidemment.


Interview de Christiane Mordelet par Sandrine Brotons


Sandrine Brotons : Christiane Mordelet, bonjour. Vous avez réalisé 40 films documentaires, comment êtes-vous devenue cinéaste ?


CM : J’ai commencé ma carrière comme enseignante. Ce sont mes nombreux échanges scolaires que j’ai fait avec mes élèves qui m’ont amenée à faire des films. Au départ, c’était pour montrer aux parents ce que faisaient leurs enfants durant les voyages. Par la suite, comme on me l’a beaucoup suggéré, j’en suis venue à en faire des films documentaires.


SB : « Partages entre ciel et terre » occupe une place à part dans votre filmographie. Quel est son point de départ ?


CM : « Tout est parti d’une très belle rencontre, fruit du hasard, dans un centre d’accueil en bord de mer dans le sud de la France. Je séjournais dans ce centre avec 4 adultes Ladakhis. Je les avais fait venir en France pour leur faire découvrir le monde occidental. Dans ce centre, il y avait un groupe d’adolescents et leurs deux accompagnatrices. Ces ados regardaient mes amis du Ladakh assez bizarrement et les Ladakhis ont eu envie de faire leur connaissance. Ces premiers contacts ont donné envie aux deux groupes de rester en relation. Avec Anne et Florence, nous avons imaginé un échange scolaire entre l’Institut Médico-Educatif de Péronnas et l’association P.A.G.I.R du Ladakh. Cette association a été créée en 2007 par Mohammed Iqbal, amputé des 4 membres. P.A.G.I.R travaille pour une société inclusive et équitable entre les personnes en situation de handicap et les personnes valides.


SB : L’idée de partir en voyage au Ladakh avec des adolescents ayant une déficience intellectuelle ne vous a pas fait peur ?


CM : J’avais des appréhensions à aller vers le monde du handicap. Filmer des personnes en situation de handicap me paraissait complexe. Mais ces ados étaient tellement motivés à l’idée de faire ce voyage que je n’ai pas hésité très longtemps.


SB : Avez-vous rencontré des difficultés pour l'organisation de ce voyage ?


CM : Non pas du tout. Parents, enfants, éducateurs et la direction de l’IME étaient tous très enthousiastes. Les enfants étaient également très moteur pour le projet. Ils ont d’ailleurs participé à un spectacle-concert dont les bénéfices ont servi en partie au financement de ce voyage.

Sur place, nous avons logé dans une petite auberge appartenant à une famille que je connais depuis mon premier voyage au Ladakh. Les membres de cette famille sont devenus des amis. Cette auberge se trouve dans un quartier de Leh, un endroit calme à l'écart de la grande ville.


SB : Comment avez-vous préparé ce voyage ? Une préparation physique particulière a-t-elle été nécessaire aux enfants pour s’acclimater à l’altitude ?

CM : J’ai fait comme pour tous mes voyages. Je demande à toutes les personnes qui m’accompagnent de suivre une stratégie que j’ai moi-même développée pour l'adaptation à l’altitude.

En altitude, le corps humain digère beaucoup plus lentement, ce qui peut entrainer des problèmes au niveau du foie. Il faut donc le ménager !


Je recommande de boire beaucoup d’eau et de prendre de l’ Euphytose* à forte dose juste avant le départ. Il est très important de dormir 12 heures d'affilées les 2 premières nuits pour laisser le corps se reposer suffisamment. De cette manière, le corps pourra vite se remettre de ses émotions. Sur place, je fais en sorte que les repas soient essentiellement à base de soupes de légumes pour avoir un apport suffisant en sels minéraux et je recommande encore de boire beaucoup d'eau.

*Euphytose est un médicament à base de plantes, à visée sédative. Il est donc recommandé d’en parler avec son médecin traitant avant toute utilisation.


Avant chaque voyage, sur le plan pratique, j'explique à tous les participants que tout doit être parfait. On ne peut pas se permettre de prendre des risques. Pour l'anecdote, j'amène avec moi des musiciens pour rendre l'atmosphère plus légère en cas de panne de voitures. Les véhicules ne sont en général pas très fiables.


SB : Vous vous êtes rendus sur les lieux d’accueil de l’association PAGIR, comment s’est passée la rencontre avec les ladakhis ?


CM : Il est vrai que nous rencontrons de nombreuses personnes amputées dans cette association, mais il n’y a eu aucun problème avec cela. Nous avons eu de beaux moments d’échanges toujours avec beaucoup de gentillesse et de confiance les uns envers les autres. Les ados sont restés très respectueux envers toutes les personnes rencontrées.


SB : Avez-vous une petite anecdote, un fait qui vous a vraiment marqué lors des échanges avec les Ladakhis de cette association ?


CM : Au début du voyage un adolescent du groupe, Nicolas, s’est plaint des conditions de vie. Il voulait repartir en France. Durant cette rencontre, son comportement a complétement changé. Il ne s’est plus jamais plaint et étonnamment, il désirait leur rendre service durant tout le reste du séjour. Je n’oublierai jamais ce moment durant lequel Nicolas me confie tout ému « Nous on a des jambes, eux ils n’en ont pas. Nous on a la chance de travailler, eux non »


SB : Avez-vous eu plus de contraintes pour réaliser ce film ?


CM : Franchement non, je dirais même que tout s’est très bien passé. Les enfants ont pu faire beaucoup d’activités qui correspondaient aux attentes de tous. Un coup de foudre réciproque avec les Ladakhis !


Le plus difficile pour les ados étaient de rester immobiles pendant les cérémonies. Mais comme ils étaient fascinés par ce qu’ils voyaient, surtout lors de la cérémonie Bouddhiste, « la grande Puja », il n’y avait jamais de colère, jamais de négatif. Nous avons vraiment vécu tous ensemble de grands moments de communion. Des amitiés se sont créées.


SB : Que vous a apporté la réalisation dece film centré sur une rencontre entre personnes en situation de handicap.


CM : Tourner ce film m’a apporté beaucoup de bonheur. La bonne humeur nous a accompagnée tout le long du voyage. On a vraiment beaucoup ri. Peut-être que j’étais plus détendue lors du tournage, mes responsabilités étaient partagées avec la direction de l’IME lors de ce périple.

J’ai vraiment été frappée par ces ados qui se sont adaptés si facilement à tous les changements de conditions de vie, climat, alimentation différente de la nôtre, la langue étrangère... Tout était simple à réaliser avec eux, ils se trompaient souvent mais ce n’était pas grave, on recommençait. J’ai été impressionnée par la facilité d’adaptation de ces jeunes durant tout ce voyage !


Lors de ces voyages, l’altitude est le problème qu’on appréhende le plus. J’en sais quelque chose, j’ai accompagné beaucoup de personnes à 4000-5000m d’altitude. Ces enfants n’ont eu aucun souci pour s’adapter à l’altitude. J’ai remarqué que plus les personnes stressaient avant le départ, plus elles rencontraient des problèmes pour s’adapter à l’altitude. Je suis persuadée que l’altitude c’est dans la tête avant d’être dans le corps. Ces ados , porteurs d'un handicap important ne s’attardent pas sur ce genre de problème. C’est tellement simple et agréable de voyager avec eux.


Je n’ai pas eu l’occasion de revoir ce groupe d’adolescents, j’espère les revoir lors d’une diffusion du film.


SB : Un dernier mot pour conclure ?


Les personnes handicapées dans les pays où je me suis rendue, sont cachées. Lors de mon dernier tournage, j’ai filmé une famille dont une des filles était handicapée. Les parents m’ont demandée de ne pas la filmer. Cette jeune fille ne parlait pas. Elle était toujours en retrait dans son lit. Sa petite sœur m’a dit : "elle est née comme ça". Je vous avoue que je pense très souvent à cette jeune fille et j’ai très envie de retourner la voir et de faire quelque chose pour elle. Quoi je ne sais pas encore, je suis convaincue que je ou nous pouvons lui venir en aide…

La réponse surement dans quelques années avec un documentaire de Christiane Mordelet……




« Partages entre ciel et terre » est dédié aux personnes en situation de handicap du monde entier. A travers ce film, Christiane Mordelet souhaite faire découvrir leurs incroyables aptitudes à ouvrir les champs du possible ».


Christiane Mordelet, professeur de physique à la retraite de l’académie Lyonnaise est réalisatrice de films documentaires (Grandir au Ladakh, La bergère des glaces, Regards polaires, Ce que nous avons perdu…). Son combat pour protéger l’environnement l’a amenée à enseigner l’énergie et l’architecture solaire aux 4 coins du monde. Mordue de l’Himalaya, Christiane rêvait de s’y rendre dès son plus jeune âge. Son premier voyage remonte en 1977. Pendant 35 ans, elle a emmené un millier d’élèves du Groenland à la Mongolie, du Ladakh au grand nord canadien. Depuis 2007, elle vit 5 mois par an au Ladakh où elle enseigne le français







48 vues0 commentaire

Comments


bottom of page