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7 questions à… Nicolas Janaud, psychiatre et coordinateur des Journées Cinéma et Psychiatrie

Nicolas Janaud, psychiatre de profession (à la Clinique Lyon Lumière à Meyzieu), anime les Journées Cinéma et Psychiatrie depuis leur création en 2011. Il s’est intéressé à la réalisation de documentaires en 2017, pour montrer son milieu de l’intérieur, un milieu souvent fermé et sujet à de nombreux clichés. Rencontre.


une photo en couleur montre Nicolas Janaud

Cortex : Pouvez-vous nous présenter les Journées Cinéma et Psychiatrie ?


Nicolas Janaud : Les Journées Cinéma et Psychiatrie sont des journées qui sont ouvertes à tout public, aussi bien aux professionnels qu’aux curieux de tout âge.

Ces journées sont l’occasion d’organiser un lieu de rencontres, d’échanges autour des thématiques de santé mentale, et de s’appuyer sur ces productions cinématographiques – principalement des documentaires - autour de la question de la santé mentale au sens large. L’idée, c’est de se rencontrer autour de ces films, de discuter lors des tables rondes, où participent à la fois des soignants et d’autres professionnels du social et du médico-social car ils peuvent être concernés par ces sujets. Il y a également des personnes concernées (1), des associations, et toute autre personne est la bienvenue.

(1) : Les personnes concernées sont des personnes qui sont directement affectées par un trouble psychiatrique en particulier, y compris leur famille.


Cortex : Pourquoi avoir organisé ces journées ?


Nicolas Janaud :  En inaugurant nos journées, on s’est beaucoup intéressés à cette idée qu’on peut utiliser la médiation cinéma pour œuvrer sur la promotion de la santé mentale pour sensibiliser sur le fait que ça existe et donner des informations, lever certains tabous. Et par ce biais-là, pouvoir participer aussi à déstigmatiser à la fois les personnes concernées par les soins, mais aussi l’univers psychiatrique. On peut avoir très peur d’arriver en psychiatrie parce qu’on a des représentations sociales très résistantes, comme celle de l’aliénation, qu’il n’y a que des fous dans les centres psychiatriques. Donc on a voulu lors de cette journée que les gens puissent se rencontrer, qu’ils s’ouvrent et découvrent de nouveaux sujets, en partageant une interaction sociale.


Cortex : Quels films sont présentés lors de ces journées ?


Nicolas Janaud : Pour notre douzième édition cette année, nous avons une journée thématique consacrée au Festival Psy de Lorquin avec lequel nous sommes partenaires et dont nous reprenons les films de l’année dernière principalement, et une autre journée de notre sélection personnelle de films.

La thématique de cette année est « Retour vers le futur : c’était mieux après ». L'idée, c’est de faire un pont entre les anciennes pratiques de soins, et celles qui se pratiquent aujourd’hui, afin de voir la transformation entre les deux. Depuis ce qui concernait une psychiatrie plutôt relationnelle, socio-thérapeutique, qui a évolué depuis l’après-guerre jusqu’au début des années 2000, avec une nouvelle ère aujourd’hui qui est davantage une psychiatrie catégorielle, neurobiologique, mais aussi portée sur le rétablissement. C'est-à-dire l'idée que des personnes ne puissent pas être simplement résumées à leur maladie, mais puissent exister aussi en tant que citoyens.


Cortex : Comment avez-vous choisi les films à mettre en avant par rapport à cette thématique ?


Nicolas Janaud : Certains films se sont imposés à nous comme « Les oubliés de la Belle étoile » (C. Davigo, 2023), qu’on a trouvé très beau et le sujet de l’inceste était assez important pour être mis au grand jour. Tous les autres films parlent d’une psychiatrie d’avant, de maintenant et un peu d’après aussi, mais notre thématique cherche véritablement à mettre en lien des films qui parlent de l’histoire. Et je trouve que c’est très intéressant pour ces professionnels de voir ces films qui parlent d’histoire pour ne pas dire que « c’était mieux avant », parce que la nostalgie poussiéreuse ne fait pas avancer les choses, mais pour voir ce qui avait été pensé et ce qui peut être transformé pour l’après.


Cortex : Votre documentaire « Tu es le centre social » (N. Janaud, 2022) est aussi présenté lors de ces journées, qu’est-ce qui vous a donné envie de le réaliser ?


Nicolas Janaud : « Tu es le centre social » est un témoignage historique d’une époque qui démarre dans les années 60 et qui s’arrête à la fin des années 90 et de tout ce qui s’est passé à l’intérieur du centre social de Vinatier. Les années 90 marquent une nouvelle ère pour la psychiatrie et ce lieu est le témoin de l’histoire de la psychiatrie. Avant on parlait de « rétablissement », aujourd’hui on parle de « réadaptation ». La réadaptation, c’est de pouvoir sortir du centre et d’être réintégré socialement. Pas d’être projeté dehors et de devoir retrouver cette capacité, mais de le préparer en amont dans le centre, de s’entraîner dès l’intérieur pour se préparer à l’extérieur. C’est devenu ensuite la réhabilitation psycho-sociale, avec des programmes conjugués aux soins qui permettent d’effectuer cette passerelle en douceur, et que ça puisse aussi fonctionner de l’autre côté du mur. Accompagner en laissant le temps de s’émanciper.

Je voulais aussi montrer un milieu qui habituellement est très fermé. Quand l’hôpital psychiatrique a progressivement ouvert ses portes, seulement à la fin des années 60, et bien le monde extérieur est aussi rentré progressivement à l’intérieur. Les méthodes pratiquées en interne ont fait parler d’elles et le milieu s’est mis à changer.


Cortex : Comment avez-vous eu l’envie de faire des films sur la psychiatrie ?


Nicolas Janaud : Par l’idée qu’en tant que praticien, je voulais sortir de l’hôpital déjà figurativement, ne pas avoir une pratique centrée que sur ça. Je voulais rencontrer des gens, avoir une méditation artistique et parler au grand public du corps de mon métier.

Je trouve aussi que le regard documentaire permet d’aiguiser sa curiosité et de pouvoir œuvrer – en tant que réalisateur – et de participer à un petit niveau à quelque chose de citoyen, qui a pour visée de toucher tout le monde.


Cortex : Quelle est la vision actuelle de la psychiatrie dans les médias et par extension, dans la société ?


Nicolas Janaud : Un des stigmates qui concerne le plus la psychiatrie, c’est la dangerosité. Si on regarde la télévision, on a l’impression que c’est 100% des schizophrènes qui peuvent être des meurtriers, en réalité ce sont des gens qui sont bien plus victimes de violences. Ce sont des choses concrètes qui permettent d’étayer un discours de prévention parce qu’on sensibilise à une réalité, et c’est ce qu’on veut faire avec nos journées. En les ouvrant au plus de gens possibles, et pas uniquement aux spécialistes, pour que le plus de gens s’y intéressent, et qu’ils se rencontrent entre eux. On veut montrer que la profession de psy n’est pas fermée et qu’elle est en continuel apprentissage sur ses méthodes. On peut parler de ces choses grâce au regard documentaire, qui nous renvoie en miroir ce qui doit être discutable ou plus acceptable. On dit souvent que la force documentaire c’est la force du « réel » ; Le « cinéma vérité ». Et c’est pour ça que nous avons choisi des documentaires, là où ça nous renvoie quelque chose sur nos pratiques, où on peut voir l’avant et l’après de notre profession.

La psychiatrie c'est une émanation du contrôle social. J’appelle ça le syndrome du couvercle, certains temps sont propices pour l’évolution et l’amélioration de la prise en considération de ces personnes, puis quand ça se referme, quand il y a un fait divers, les médias s’emballent et on retombe sur les vieux clichés du milieu dangereux et impénétrable.


Cortex : Pensez-vous déjà à votre prochain documentaire ?


Nicolas Janaud : J'avais deux idées qui ont du mal à prendre forme pour l'instant. Une sur la précarité, parce que j'ai travaillé avec une équipe mobile jusqu’à septembre dernier. Et j’avais cette idée de représenter les personnes issues de la migration comme un problème politique et économique, avec cette idée qu’on puisse mettre en images des personnes et des histoires pour humaniser ce problème.

Une deuxième sur les addictions aux substances psychédéliques dans le traitement psychiatrique et notamment sur le manque de recherches sur le sujet. Le but étant toujours de montrer des personnes qui ne correspondent pas aux clichés du baba cool et du mec défoncé, mais qui peuvent être des personnes auxquelles on ne s’attend pas du tout, des pères de famille, des dirigeants…

 

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Si ce festival vous intéresse, vous pouvez également retrouver le récit de ces deux journées Cinéma & psychiatrie sur cortex-media.fr.

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