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7 questions à… Benjamin Laurent, réalisateur de « La classe des coccinelles »

À l’occasion de la sortie de « La classe des coccinelles » le 9 février 2024, son réalisateur Benjamin Laurent revient sur le tournage de ce documentaire en immersion dans l’Unité d’Enseignement Maternelle Autisme (UEMA) de Grigny. Interview.





Cortex : Pouvez-vous nous présenter votre documentaire ?

 

Benjamin Laurent : « La classe des coccinelles » c'est un documentaire d'immersion, j'ai passé trois mois dans l’Unité d'Enseignement Maternelle Autisme (UEMA) de Grigny. J'y allais régulièrement pour filmer ce qui se passait dans cette classe spécialisée. La particularité de cette classe c’est de mélanger des enfants qui ont des troubles du spectre autistique et des enfants qui n'en ont pas. L'idée c'était vraiment de rendre compte de ce qui se passait dans ces classes et de montrer aussi comment les enfants évoluaient.

 

Cortex : Pourquoi est-ce que vous avez voulu réaliser ce documentaire ?

 

BL : À la base c'était une demande de la mairie de Grigny qui souhaitait documenter ce qui se passait dans son école. Et moi ce que je voulais c'était de comprendre et de montrer aussi comment ces enfants peuvent évoluer. Plus le TSA (Trouble du Spectre Autistique) est pris en charge tôt, plus on a des chances de les aider à acquérir une autonomie. Et pourquoi pas les amener après, à faire une scolarité dans une école ordinaire. Ensuite, c'était aussi important de montrer aux parents ce qu’il se passe à l’intérieur, parce que quand on connaît ce qu’il se passe dans un dispositif, on en a moins peur, on n'en a pas honte. C'était vraiment l'objectif de ce film.

 

Cortex : Comment se déroule une journée dans une UEMA ?

 

BL : Alors, il faut savoir que dans une UEMA, les journées sont toujours un peu les mêmes. Il y a besoin de beaucoup ritualiser pour les enfants. C'est d’ailleurs ce que dit l'enseignante Odile : « une des particularités dans une UEMA pour les enfants c’est le fait de devoir beaucoup ritualiser. Ça les rassure que les activités se retrouvent d‘une journée à l’autre. Que le déroulement de la journée soit assez similaire. On va commencer par un accueil comme dans une classe ordinaire. L’idée c’est aussi de se rapprocher au maximum de ce qui est fait dans une classe ordinaire puisque l’objectif c‘est d’aller dans ces classes ». L’objectif c’est de les amener progressivement à réaliser des tâches collectives ensemble, ce qu'on appelle les temps d'inclusion.

 

Cortex : Est-ce que ce dispositif d’intégration des élèves a réellement fait ses preuves ?

 

BL : Tout ce qui est fait dans les UEMA sont en lien avec les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) sur le repérage et la prise en charge précoce des enfants autistes. Et on le voit bien dans le film que c'est clairement bénéfique. L'enseignante Odile donne plusieurs exemples d'enfants, notamment moi je pense à Médine.  Quand il est arrivé, les enseignantes disaient que c'était un petit oiseau, il bougeait de partout, il avait qu'une envie, c'était de fuir. Et petit à petit, on le voit évoluer. Au début quand j'ai filmé Médine, il ne parlait pas encore très bien. Et puis, je l’ai revu il y a très peu de temps pour la présentation du film aux parents, et la première chose qu'il m'a dit c'est « au revoir ». On voit tout de suite qu'il y a eu une évolution incroyable chez lui. Et c’est là qu’on voit que ça a vraiment un impact bénéfique sur eux. L’objectif de ces classes c'est qu'ils puissent suivre une scolarité « quasi-normale », qu’ils puissent être le plus autonome possible.

 

Cortex : Comment sont formés les professionnels de l’éducation pour accueillir ces enfants ?

 

BL : En fait, il y a deux types de professionnels. Il y a des professionnels qui sont rattachés à l'Éducation nationale. C'est le cas d’Odile qui est une enseignante spécialisée sur les TSA. Ça fait 10 ans à peu près qu'elle travaille avec ces enfants-là.

D'autres professionnels l’accompagnent dans son travail. Il y a des neuropsychologues, des psychomotriciens, des orthophonistes… tout un ensemble de professionnels qui ont des spécialités différentes. Odile reste la représentante de l'Éducation nationale, la maîtresse et c’est elle qui gère l’ensemble de la classe pour recréer au maximum l’ambiance d’une salle de classe ordinaire avec des professionnels qui interviennent de temps à autres.

 

Cortex : Dans votre documentaire, vous donnez la parole à la fois aux enseignantes, en même temps vous montrez le quotidien de ces élèves-là, est-ce que les parents rentrent aussi en jeu ?

 

BL : Oui, toujours, c'est hyper important. Les parents sont vraiment les experts de leurs enfants. C'est-à-dire que vous pouvez avoir le meilleur psychiatre du monde, le meilleur psychomotricien du monde, la meilleure enseignante du monde, les meilleurs spécialistes de ces troubles au monde, l'amour d'une maman ou l'amour d'un papa, ça ne sera jamais remplacé. Une maman, elle côtoie son enfant au quotidien, elle connaît tous ces petits signaux. Et chaque matin, j'ai filmé des moments où on voit vraiment l'échange entre les parents et les enseignantes, « comment il était hier soir ? Ah bah c’était dur, il a fait une crise, il a très mal dormi ». Donc ça indique aux enseignantes qu’aujourd’hui si l’enfant est un peu fatigué, c’est normal. C’est une question d’adaptation, il faut toujours s’adapter en fait. Et donc moi, ça me paraissait évident dans le documentaire qu'il fallait que les parents donnent aussi leur point de vue. Et je suis très content parce qu'il y a un papa qui témoigne. Et je dois dire que c'est quand même super rare que les papas acceptent de témoigner sur ces sujets-là.

 

Cortex : Qu'est-ce qui vous a le plus marqué dans la réalisation de votre documentaire ?

 

BL : Moi ce qui me marque, c'est l'effort que ces enfants font, l'envie de vivre qu'ils ont, qui est absolument incroyable. Parce que pour obtenir la même chose que des enfants qui n'ont pas de TSA, ils doivent faire deux, trois, voire quatre fois plus d'efforts. Et on sent cette envie, on sent qu'ils veulent y arriver, ils veulent faire plaisir… Médine j’ai presque filmé l'apparition du langage chez lui. C'est quand même assez incroyable de se dire qu'on a réussi à capter ça et c'est hyper émouvant. Et aussi la force des professionnels, parce qu'on voit qu'ils travaillent sur quelque chose, dès fois ils n'obtiennent pas de résultat pendant des mois, et puis au bout d'un moment, ça se débloque.

 

 


Infos :

Vous pouvez également retrouver notre série « Raconte-moi une photo » avec Benjamin Laurent, réalisateur, qui nous présente une sélection de clichés qu’il a réalisés sur le tournage de « La Classe des Coccinelles ».

 

Les UEMA ont été créées en 2018 à la suite du troisième plan autisme. L'objectif de ce plan était de rattraper le retard de la France pour accueillir ces enfants. En 2022, il y avait 307 classes UEMA en France. La classe de Grigny était la 5ème à ouvrir dans le Rhône.

 

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